Le jeu vidéo est-il destiné au confinement dans son petit monde de consoles, de téléviseurs et de moniteurs ? Absurde, répond l'étudiant hollandais qui grâce à Collectic, son projet de fin d'études sur PSP, a transformé un réseau abstrait de points d'accès Wi-Fi en bonus à collectionner. Ou comment le jeu vidéo, dans un futur potentiel, pourrait redéfinir la relation du joueur à son environnement réel pour mieux encourager son exploration. Passionnant.

L'une des caractéristiques centrales du jeu vidéo semble être sa capacité à nous plonger dans toutes sortes de rôles et de mondes fantastiques, qu'il s'agisse de la Grèce Antique revisitée par Titan Quest, des terres de Kalimdor créées par World of Warcraft, ou du gigantesque vaisseau alien de Prey. Les joueurs ont cependant rarement l'occasion de redéfinir et de mettre en scène leur univers propre, si ce n'est au travers d'exercices artistiques purement fantasmatiques. Réel et virtuel sont-ils incompatibles ? Apparemment non, puisque des tentatives de cohabitation existent ou ont été tentées. La plate-forme Gizmondo, qui a terminé sa malheureuse carrière en début d'année, aurait dû accueillir Colors, un titre utilisant les capacités GPS de la machine pour recréer des guerres des gangs virtuelles dans son propre voisinage. Et en 2004, un groupe d'étudiants de l'université de New-York avait mis sur pied ? avec succès, apparemment ? un Pac-Manhattan, une version "analogue" de l'archi-classique de Namco jouée dans la rue, à l'aide de téléphones cellulaires.

La dernière expérience en date a été développée par un autre étudiant, de l'université de Leiden cette fois, dans les Pays-Bas. Pour son projet de fin d'études, Jonas Hielscher a imaginé Collectic, un jeu PSP faisant usage des fonctionnalités Wi-Fi de la machine ainsi que de la présence de nombreux points d'accès au réseau sans fil dans toutes les grandes villes. Le fonctionnement est simple : le programme étudie les caractéristiques des points d'accès (puissance du signal et adresse) et assigne à chacun un son, une couleur et une forme. Le joueur, en marchant, doit "ramasser" ces formes de manière à remplir une grille de trois cases par trois. Une fois celle-ci remplie, des points sont attribués selon les combinaisons et l'arrangement obtenus. Les points d'accès libres ou non sécurisés apportent un élément de hasard, pouvant effacer l'intégralité de la grille ou bien jouer le rôle de joker.

Collectic rappelle, dans le principe, les barcode games qui avaient envahi le Japon et, dans une moindre mesure, le reste du monde au tout début des années 90. En scannant le code barre de ce paquet de nouilles ou de ce tube de dentifrice antitartre, les joueurs créaient un guerrier aux attributs uniques (Mr. Propre ?), lequel pouvait ensuite combattre contre l'intelligence artificielle ou les créatures d'un autre joueur. On imagine donc aisément le potentiel que pourrait révéler une version PSP du concept. Imaginez un Pokemon ou un Monster Rancher dans lequel les créatures devraient être physiquement traquées dans les rues, à la recherche du point d'accès Wi-Fi aux attributs les plus généreux. C'est peut-être là l'aspect le plus intéressant de Collectic : comment le jeu vidéo, pour une fois, invite à l'exploration de son environnement réel. Histoire de prouver qu'il y a des univers tout aussi passionnants à quelques kilomètres seulement de chez soi.