Les revenus monstrueux générés par le MMORPG Blizzard n'ayant laissé personne indifférent, le premier éditeur tiers mondial s'est engagé à racheter Mythic Entertainment, développeur de Dark Age of Camelot et du prochain Warhammer Online. Les deux sociétés sont ravies, les joueurs un peu inquiets ; reste à voir s'il reste encore de la place sur le marché du jeu de rôle médiéval-fantastique pour une histoire d'orques et d'elfes qui ne fait pas zug zug.

Mythic Entertainment fait partie de ces noms un peu descendus sous le radar depuis que Blizzard monopolise l'attention d'une majorité de fans du massivement multijoueur. Pourtant, le studio est le créateur de Dark Age of Camelot, un titre ayant connu un succès plus que raisonnable durant l'histoire pré-Warcraft du genre. Et actuellement, Mythic travaille sur l'adaptation online de l'univers Warhammer, dont les promesses semblent particulièrement séduire les amateurs de PvP. Le titre a d'ores et déjà été signé pour l'Europe par GOA, qui s'occupait également de Dark Age of Camelot sur le territoire.

Aux Etats-Unis, par contre, Mythic cherchait toujours son partenaire. Et la quête a fini par porter ses fruits puisque le studio a trouvé plus qu'un éditeur. Electronic Arts a ainsi annoncé aujourd'hui son intention d'acquérir le développeur pour une somme indéterminée, confirmant une rumeur datant du mois de février. A condition que l'opération soit approuvée par les organismes officiels (ce qui est plus que probable), Mythic deviendra EA Mythic, un studio interne entièrement consacré au développement de titres massivement multijoueurs. Le mariage devrait être consommé durant le second trimestre fiscal 2007 de l'éditeur, c'est-à-dire d'ici l'automne.

Les responsables des deux sociétés sont évidemment ravis, les seconds, en particuliers, parce qu'ils vont disposer "de ressources au-delà de ce que nous pouvions imaginer par le passé". Les joueurs, en revanche, accueillent la nouvelle avec une bonne dose de prudence, voire de cynisme. Pointés du doigt : la carrière décevante d'Electronic Arts en ce qui concerne le massivement réseau (Sims Online, Earth & Beyond, Motor City Online...), la tendance "vache à lait" pro-suite et pro-addon de l'éditeur (Sims, Battlefield, etc.) et le spectre d'un démantèlement complet du studio si Warhammer peine à décoller.

D'un autre côté, quel intérêt aurait Electronic Arts à saboter le titre, surtout lorsque l'acquisition est présentée comme le reflet de "notre engagement sur le marché du jeu en ligne" ? Car il ne faut pas être dans les petits secrets de l'éditeur pour voir dans cette affaire une volonté de manger une part du gâteau Warcraft. "Tout le monde salive en voyant les profits que Vivendi Universal Games gènère [grâce à World of Warcraft]," confirme un analyste interrogé par le magazine Gamespot, avant d'ajouter qu'il pourrait également s'agir d'une stratégie pour pénétrer le marché asiatique, friand du genre massivement multijoueur. Justement, certains joueurs semblent avoir déjà noté (voire lamenté) les ressemblances visuelles entre Warhammer Online et le titre de Blizzard, sans même parler des similarités dans les races jouables (orcs, nains et elfes). Electronic Arts semble donc paré à attaquer l'empire Warcraft de plein front ; la question est de savoir s'il reste encore de la place sur le créneau du jeu de rôle médiéval-fantastique pour accueillir qui que ce soit d'autre. "Nous pensons qu'il y a un temps pour ce genre de produits, expliquait hier Brian Farrell, PDG de THQ. Actuellement, le titre-phare est World of Warcraft, et donc l'idée serait d'attendre que la popularité du jeu commence à décliner. Lancer une offre concurrente à l'heure actuelle serait, je pense, peu judicieux."