2006, l'année de tous les défis ? Le clash des nouvelles consoles, les mirages technologiques ont-ils un sens sans la passion créatrice du jeu vidéo derrière ? Non bien sûr. Alors, en direct du cœur et de la raison, les jeux, rien que les jeux…
Overgame se jette à son tour dans l'arène du subjectif vs objectif en livrant son best of des jeux 2006. Premier handicap, l'impossibilité pour une seule personne de jouer tous les jeux sortis, y compris les plus importants. Difficile dans ces conditions d'être sûr de retenir le meilleur du meilleur ou de comparer toutes les innovations ou tous les plaisirs. D'où l'intérêt sans doute d'un commentaire pour accompagner la sélection de chacun. Ultime moment pour préciser s'il s'agit d'un choix du cœur, de la raison ou des deux. Précisons qu'Overgame a choisi de retenir une sélection internationale, essentiellement pour inclure Okami sorti aux USA et les jeux PlayStation 3 (mais pas de titres japonais). La chronologie de sortie des jeux, quand on a accès à tous les marchés, a son importance d'un point de vue créatif et commercial et un impact culturel notable sur le joueur. La perception de Zelda et Okami, justement, est bien différente quand on a joué aux deux. Gears of War et Resistance Fall of Man se comparent instinctivement sur Xbox 360 et PS3. Précision encore, nous avons bien commencé à jouer à Final Fantasy XII sorti aux USA mais pas assez longtemps pour se permettre de l'évaluer par rapport aux autres titres. Vos commentaires sont les bienvenus.

Le top 10 d'Eric |Dr Woof] Simonovici
(classement alphabétique)

Dragon Quest VIII (Playstation 2)
Les fans y ont probablement vu le dernier épisode d'une saga immensément populaire au Japon, une grande aventure manga conçue en partie par l'un des maîtres du genre (Akira Toriyama, créateur de Dragon Ball). D'autres y ont retrouvé un genre qui n'a désormais quasiment plus droit de cité sur les étalages occidentaux : le pur jeu de rôle "à l'ancienne", tel que le pratiquaient les Bard's Tale, les Wizardry et les Pool of Radiance à la fin des années 80. En ce sens, c'est la rigueur exhibée par Dragon Quest VIII qui impressionne, casant 90 heures d'aventure avec multiples donjons, sous-quêtes et mini-jeux sans jamais compromettre la formule de base. Un véritable exercice d'équilibriste que Level 5 et Square Enix réussissent avec brio.

Guitar Hero I & II (Playstation 2)
Il ne s'agit peut-être pas du premier "simulateur" du genre (Guitar Freaks, de Konami, a la préférence historique) mais si le titre remporte un tel succès, c'est en partie parce qu'il a compris que la guitare était aussi affaire d'attitude. Avec un vibrato dont il faut abuser sans modération et la nécessité de pivoter l'instrument à la verticale pour activer son star power, placer les bonnes notes au bon moment n'est que la première étape. C'est à genoux sur la moquette du salon – et dans des positions parfois embarrassantes – que les vraies rock stars, forcément imbibées d'alcools divers, jouent à Guitar Hero.

Locoroco (PSP)
La réussite du titre est d'autant plus notable qu'elle est inattendue : entre dix ou vingt remixes plus ou moins dispensables de choses existant déjà ailleurs, la PSP accueille un vrai jeu inédit dont l'originalité insensée éclipse la quasi-intégralité de sa logithèque. Non seulement Locoroco propose une lecture unique du genre plateforme, jonglant joyeusement avec la gravité, les formes et les matières, son utilisation ingénieuse des gâchettes et ses niveaux courts – mais remplis de secrets – le rendent parfaitement adapté à l'expérience portable. Exceptionnel en tous points.

Okami (Playstation 2)
L'exploit du désormais regretté Clover Studios n'aura pas été que de parvenir, événement rarissime, à tutoyer Zelda. En mélangeant pinceaux, dieux devenus loups et mythologie japonaise, le développeur a également composé une œuvre au style unique, une aquarelle 3D que le joueur transforme par petites touches impressionnistes. Et a créé, du coup, une aventure écolo à multiples degrés de jeu, un chant du cygne fabuleux qui marche sans complexe sur les traces de Link pour, finalement, trouver son propre chemin.

Shadow of the Colossus (Playstation 2)
Faisant écho aux vastes étendues solitaires qu'il affiche dès l'introduction, le titre se pose en explorateur, défrichant pour les joueurs de nouveaux territoires graphiques, émotionnels et ludiques. C'est un concept original (un niveau = un boss gigantesque) qui est à la fois un exploit technique. C'est un trouble inhabituel quand la victoire enfin attendue se teinte de tristesse. C'est également l'un des rares jeux osant utiliser le gameplay comme un langage, une histoire de persévérance et de détermination qui, plus d'un an après sa sortie aux Etats-Unis, ne dispose toujours pas d'égal.

Coups de cœur, mentions (très) honorables, close seconds, et autres

Castlevania : Curse of Darkness (Xbox)
Loin d'être parfait, c'est vrai, et assez répétitif. Mais la gestion des familiers, les pouvoirs acquis tout au long de l'aventure, la création d'armes et d'armures et les multiples secrets introduisent une richesse que les niveaux plutôt monotones ne laissaient pas soupçonner.

Gears of War (Xbox 360)
Même si des graphismes spectaculaires ne transformeront jamais une daube en bon jeu, que les choses soient claires, ils suffisent en revanche à transformer un titre déjà très efficace en un must have. C'est en cela que la dynamique excitante du jeu de couverture proposé par Gears of War, même si elle n'est pas fondamentalement révolutionnaire, a déjà mérité deux passages complets sur la campagne principal en coopératif. Et puis un jeu dont le niveau de basses a démoli l'une de mes enceintes (véridique) ne peut pas être fondamentalement mauvais.

Resistance : Fall of Man (Playstation 3)
Certes, le fer-de-lance du line-up de lancement Playstation 3 n'est pas vraiment la killer app dont Sony aurait besoin. Mais malgré ses nombreux emprunts, ce FPS se révèle néanmoins très attachant, en partie grâce à la présence d'un arsenal solide, offrant, osons même le dire, quelques variations intéressantes sur la formule bien éprouvée du shooter.

The Legend of Zelda : Twilight Princess (Wii)
Peut être pas aussi frais qu'on l'attendait, surtout après le fabuleux Okami, le dernier épisode de la série n'en reste pas moins une expérience hautement recommandable, multipliant les idées avec une facilité insolente (pour 90% de la production jeu).

World of Warcraft (PC)
La relation que j'entretiens au jeu est à l'image d'une conversation entre ex-addicts qui avait eu lieu il y a deux ou trois mois. Quatre amis réunis autour d'une table thaïlandaise, discutant les raisons qui les ont amenés à décrocher : jeu de haut niveau un peu barbant (raids et instances à longueur de temps), classe "bousillée" après la sortie de tel ou tel patch, etc. Et puis très vite, les souvenirs remontent. "Avec mon prêtre, je me postais à l'entrée de Blackrock Depths et j'envoyais tout le monde dans la lave avec mon sort de possession !" lance l'un. "Et tu te rappelles la bataille pas possible sur les toits de Gadgetzan ?" réplique l'autre. Addicts, oui, mais jamais vraiment tout à fait ex, en somme. Conclusion : 2006, encore une fois, a été un peu l'année de World of Warcraft, au même titre que les autres jeux de ce classement. Une tendance qui, sortie prochaine de l'add-on Burning Crusade oblige, devrait se confirmer en 2007.

Le Top 15 de François [Bliss] de la Boissière

1/ Okami (PS2, Clover Studio, Capcom, import US, sortie Europe février 2007)
Un triple choc esthétique, culturel et sensoriel. Comment réagir quand un projet usé d'avoir été trop attendu et déjà trop complimenté s'arrache sans effort à la pesanteur imposée pour entraîner le joueur, médusé, dans un monde qu'il n'a jamais visité ? La structure globale et une partie des mécaniques de jeu copient celles des Zelda (la complexité des donjons en moins) mais ne sont qu'hommages et prétextes à développer un imaginaire propre. Le contrôle du loup continue de réjouir après des dizaines d'heures de courses ventre à terre, de nage, de combats malins en temps réels magnifiquement mis en scène. Détouré de coups de fusain instables et colorié à l'encre, à la peinture à l'eau ou aux crayon de couleurs (dérivation "beaux-arts" de l'esthétique papier Canson de Yoshi Island), le monde d'Okami semble en perpétuelle auto création. Capital au jeu et à l'expérience interactive, le méta pinceau mis entre les mains du joueur le fait participer au jaillissement permanent du monde. Les plus beaux coups de brosse refont fleurir dans un feu d'artifices de couleurs sols, fleurs et arbres morts. L'expérience est tellement surprenante que décrire à autrui ne serait-ce qu'un petit élément de gameplay serait lui gâcher un futur plaisir. Les dialogues à l'humour mordant contribuent avec un dégagement fascinant à l'édification du mythe Okami et, n'en doutons guère, à la future panthéonisation de Hideki Kamiya (le responsable des premiers et uniques Devil May Cry, Viewtiful Joe, de Resident Evil 2 et… Okami). Tout en se trouvant une identité unique, Okami réussit l'impensable : transcender la PS2 dans son couloir de la mort, capter l'essence des Zelda, provoquer un émerveillement similaire avant d'emmener le joueur incrédule, plus loin peut-être, ailleurs sûrement.

2/ Shadow of The Colossus (PS2, SCEJ)
Comme il est rare dans le jeu vidéo d'assister en direct à la naissance d'un artiste ! Après son premier jeu Ico, Fumito Ueda, toujours associé à son proche producteur Kenji Kaido, continue d'éclore à la face du monde avec une deuxième œuvre toute aussi troublante. Presque anti-thèse à la générosité orgiaque colorée d'Okami, Shadow of The Colossus fonctionne sur une rigueur conceptuelle et esthétique minérale et prouve que le jeu vidéo peut aussi se suffire de murmures et de bruissements. Tout en donnant à jouer et à ressentir, Shadow s'offre, en plus, le luxe de dialoguer en creux avec les gamers (qui s'étaient plaints de l'absence de Boss dans Ico, ils sont ici servis) et avec la constitution même du jeu vidéo traditionnel sans ménagement tourneboulé et mis face à lui-même. Dans un fascinant étirement du temps, de l'espace et de la matière, la succession de petits riens - un mouvement de tête du cheval, un lézard au milieu d'une plaine, une faille dans la roche, une ruine anodine, un rayon de lumière, des silences habités - conduit à des confrontations concentrant, pendant un bref instant, les derniers soubresauts d'énergie d'un monde en faillite. A peine descriptible, le trouble ambivalent provoqué par l'ultime souffle des géants abattus vaillamment, confirme, après Ico, qu'entre les mains d'un artiste créateur, le jeu vidéo est un vecteur d'émotion et d'éveil tout aussi honorable que les 9 arts officiels le précédant.

3/ Zelda : Twilight Princess (Wii, Nintendo)
Hyrule, Lanayru Province, à la recherche de l'alphabet perdu de l'Ancient Sky Book… 70h13mn
Le jeu bilan, compile, l'étoile noire effondrée sur elle-même comme il a été bien écrit ailleurs, Twilight Princess est techniquement irréprochable et ne manque de rien, sauf de magie. Ciblant ouvertement le public occidental, ce Zelda perd beaucoup de ses origines asiatiques, dont le personnage de Tingle et un grand nombre de bizarreries habituellement hilarantes, et transforme Link en garçon vachette bien sérieux. Malgré les mutations en loup et le monde parallèle crépusculaire, ce Zelda western est en effet terriblement rationnel et son design assagi proche des RPG occidentaux et même de celui, interchangeable, des MMORPG à la D&D du monde PC. C'est évidemment conçu pour ne pas brusquer une deuxième fois un public (ancien et nouveau) déconcerté par le cell-shading de Wind Waker. Mais au-delà de l'aspect visuel prémédité, où sont les surprises fondamentales après la transformation en loup comme ont toujours contenu les autres jeux ?
Scénario alternatif : Pour créer véritablement un choc à la hauteur de ses prédécesseurs, Twilight aurait probablement dû sortir fin 2005 comme prévu (avant le débarquement HD de la Xbox 360, avant Okami au Japon et aux USA), se laisser jouer normalement sur GameCube puis, quelques heures de jeu plus tard, demander au joueur de laisser tomber la manette GameCube pour attraper le couple Wiimote-Nunchuk alors inédit et d'obliger à continuer l'aventure ainsi équipé. Voilà un des chocs rêvés qui vaudrait celui du voyage surprise dans le temps d'Ocarina of Time, de l'affrontement de la mer dans Wind Waker alors que l'on croyait dompter le vent, de la révélation de la deuxième quête sombre et globale de A Link to The Past alors que l'on croyait l'aventure complétée. Malgré ou à cause de l'utilisation de la déconcertante (au début) Wiimote qui suffira à déstabiliser les joueurs, Twilight Princess se veut sans doute le jeu de la réconciliation avec tous les publics, surtout en tant qu'ambassadeur d'une nouvelle console à vocation universelle. Mais qui dit réconciliation, dit compromis.

4/ Prey (Xbox 360, Human Head Studios,Take Two)
Ce FPS ne fait l'unanimité ni critique ni des joueurs ni des spécialistes aguerris du genre FPS. Son scénario (humains enlevés par des aliens dans un vilain vaisseau spatial boucherie) n'est en effet guère nouveau et le jeu n'offre pas, paraît-il, assez de résistance. Des critères insuffisants à définir un jeu ayant d'autres ambitions. Grâce à un rythme sophistiqué entre exploration, action et des morceaux de bravoure scénographiques (le crash d'un avion de ligne, le cœur de la sphère alien, le school bus jaune à l'abandon, la zone neutre de résurrection astrale, la conduite d'engins volants…) le voyage cauchemardesque se transforme en véritable trip. Le jeu bouscule les sens avec ses retournements de perspectives gravitationnels et ses portails zapping, précurseurs d'une nouvelle tendance (bientôt Half-Life 2 Portal). Malgré les facilités du gore inévitable, il s'agit là d'un jeu mature jonglant assez finement, vu le contexte, avec des thèmes inhabituels en jeu vidéo : choc de cultures, euthanasie, chamanisme, N.D.E. et sortie de corps (désormais vendu à petit prix, plus d'excuse pour ne pas aller voir).

5/ Locoroco (PSP, SCE)
S'il faut une seule bonne raison d'acquérir une PSP au-delà de l'éclat high-tech vite éteint, Locoroco fait l'affaire. La PSP "futuriste" réussit donc le tour de force de se trouver enfin un emblème avec un jeu au design 2D simpliste et un gameplay rétro à souhait. Sarcasme facile évacué, Locoroco est un concentré de bonne humeur, une bombe à confettis prête à éclabousser tous les témoins. Non seulement les développeurs ont conçu un jeu de plate-forme inédit où il faut incliner le décor vers la gauche ou vers la droite pour faire avancer les personnages, mais ils ont réussi à donner vie, personnalité et charme à des boules molles à l'existence inimaginables en dehors du Japon. Musiques entêtantes, plasticité des décors, comportement fascinant des matières molles et design ingénieux des parcours, renvoient au joueur tout un tas de signaux de plaisir irrésistibles.

6/ Tomb Raider Legend (Xbox 360, Crystal Dynamics, Eidos)
Quoi de plus réjouissant que de retomber légitimement amoureux d'une aventurière que l'on a aimé détester depuis sa longue déchéance interactive ? L'exil américain aura dont été profitable à l'anglaise. Sans être original, le régime imposé par Crystal Dynamics redonne un goût de victoire et de revanche à des acrobaties qu'on croyait ne plus apprécier. Comme chez les rock stars ou les stars du cinéma sombrant dans l'alcool, la drogue et l'oubli avant, pour certains, de ressusciter artistiquement, Lara Croft démontre que le parcours d'une icône virtuelle peut partager celui d'une idole humaine. Juste avant de fêter ses dix ans, Lara Croft a eu droit à une rédemption miraculeuse. Nulle doute que cela mérite respect.

7/ Dreamfall : The Longest Journey (PC, Xbox 360, Funcom Micro Application)
Suspecté d'ambiguïté en introduisant un peu d'action dans un contexte de jeu d'aventure refusant les énigmes absconses old school, ce deuxième Dreamfall réussit là où échoue les Siberia et Paradise du médiatisé Benoît Sokal et s'enlise le pourtant classieux Runaway 2. Malgré quelques maladresses, le joueur n'est jamais déçu par les contrôles et, surtout, au fil des moments passés avec l'héroïne dans l'intimité de son appartement ou en plein mystère, celle-ci acquiert une humanité qui rend attachant tout ce qu'elle entreprend. Décors futuristes proches, enchaînements des séquences et dialogues soulignent les dons de raconteur d'histoires de l'auteur norvégien Ragnar Tornquist. Pour donner une idée de la filiation qualitative, Dreamfall descend d'avantage de Another World et Blade Runner que des jeux d'aventure LucasArts.

8/ Mario & Luigi : Partners in Time (DS, Alphadream, Nintendo)
Il faut être clair, le contact avec la DS ne s'est jamais arrêté, ne serait-ce que pour essayer tous les trucs bizarres venant du passé (42 jeux indémodables ?) ou visant un grand public dont on fait partie de temps en temps tout de même (Cérébrale Académie ?). Ou parce que les puzzles games de 2005 sont toujours à portée de main ou le Nintendog encore vivant. Mais quid de jeux vraiment passionnants ou neufs ? New Super Mario Bros ? Yoshi's Island DS ? Oui bien sûr, mais quel classicisme ! Avec son titre clin d'œil, Les Frères du Temps regardent davantage vers l'avenir. Sans stylet, mais avec les deux écrans, Nintendo remet en jeu les deux frangins plombiers avec une duplicité toute pertinente. Car au vieux couple Mario et Luigi ayant déjà joué sur l'écran de la Game Boy Advance vient se joindre sur DS la paire de jeunots Mario et Luigi babies. Et, évidemment, toute la différence se joue sur la multiplication des possibles, notamment grâce au 2e écran de la DS. Le tour par tour passif des RPG ne faisant pas partie des habitudes Nintendo, tout le plaisir découle ici de la découverte des trouvailles ingénieuses, comme dans Papier Mario, qui injectent de l'action temps réel et de l'humour dans les combats façon RPG.

9/ The Elder Scrolls IV : Oblivion (Xbox 360, Bethesda Softworks, 2K Games)
L'échelle du monde moyenâgeux restitué ici n'a d'égal, sans doute, que dans les MMO, sauf que la surenchère de détails graphiques et sonores (végétation, architecture, vêtements, dialogues…) ne peuvent exister que dans un jeu solo. Malgré le nombre surprenant de défauts techniques (pop-ups grossiers des éléments de décor, collisions, coups d'épée approximatifs, ralentissements sensibles (par exemple à cheval), dialogues invariant lors de changements flagrants de contexte…) Oblivion hypnotise jusqu'au vertige. Aux frontières du photo réalisme, la quantité effroyable de quêtes annexes de ce RPG majestueux détourne sans ennuyer du but principal parce que l'envie de voir ce qu'il y a derrière cet horizon que l'on sait accessible est plus fort. Oblivion réveille probablement l'explorateur qui sommeille en nous.

10/ Kingdom Hearts II (PS2, Square Enix)
Le succès du premier Kingdom Hearts, la réussite de Final Fantasy : Crystal Chronicles, et le nouveau Final Fantasy XII, spectaculaire, semblent démontrer que ce qui reste de Squaresoft depuis sa fusion avec Enix cherche à faire évoluer le genre RPG qui l'a porté aux nues. En laissant notamment de côté les combats aveugles du tour par tour que défend encore le grand classique et trop sage Dragon Quest VIII d'Enix. Le deuxième Kingdom Hearts affirme donc sa voie action-RPG dans un beau mélange de brio et de décontraction. Mais le point fort ici, outre la mixité toujours improbable des personnages Disney et Final Fantasy, c'est la narration et le mélange tout aussi impensable de délicatesse et de burlesque. Seuls les japonais savent créer, en jeu vidéo, une oeuvre capable de fendre le cœur sans tomber dans le ridicule.

Et aussi…

11/ Test Drive Unlimited (Xbox 360, Eden Studios, Atari)
Une vraie surprise. L'approche apaisée du jeu de course façon MMO où l'on va à la rencontre des épreuves solo ou multijoueur est soutenue par une technique étonnamment fiable. La conduite (vue cockpit incluse) des voitures est sophistiquée et savamment personnalisée grâce au son et à la prise en main, le GPS-satellite concrétise l'île d'Hawaii que l'on explore. Discrètement et sûrement, Test Drive innove.

12/ Canis Canem Edit (Bully en VO) (PS2, Rockstar, Take Two)
Le jeu video s'éloigne si peu souvent de ses gammes, heroic-fantasy, aliens futuristes et, plus récemment, street gangsta, qu'il suffit d'une sortie de route pour qu'il devienne subversif. GTA au lycée ? Oui pour la technique toujours poussive du free roaming, mais pas du tout en terme d'enjeux et d'ambiance. Bully, où comment dépayser le jeu vidéo avec du familier.

13/ Gears of War (Xbox 360, Epic Games, Microsoft)
Nouvel impact provoqué par les visuels hyper détaillés d'un jeu HD ? Le stress augmente d'un cran avec l'immersion. Du coup, il faut se développer en parallèle des nerfs de plus en plus d'acier pour résister aux assauts infernaux des Locust ou aux charges impressionnantes, façon sangliers fous, des Bersekers. Un mixe ahurissant de sauvagerie contrôlée et d'envie picturale porté par une vraie recherche de gameplay… dans un monde de brutes.

14/ Psychonauts (Xbox, Double Fine Productions, Majesco, THQ)
Exemple encore bien trop rare d'un jeu capable de tout (plate-forme, aventure, dialogues malins, contexte inédit) parce que signé par un auteur (Tim Schafer) qui a choisi le jeu vidéo pour s'exprimer. Le résultat, doublement cérébral puisque le héros explore littéralement les démons de la psyché humaine, est un jeu accessible, drôle et intelligent. Rare en magasin, et probablement vendu à petit prix, Psychonauts est désormais compatible sur Xbox 360. Acheter et jouer à ce jeu c'est aussi voter pour une certaine qualité alternative qui manque cruellement à cette industrie. Surtout sur consoles.

15/ Table Tennis (Xbox 360, Rockstar San Diego, 2K Games)
Rockstar fait ce qu'il veut. Des jeux hoquetant dans des univers trop grands pour la technologie d'aujourd'hui, ou, comme ce Table Tennis, hyper concentrés sur un principe de jeu suffisamment travaillé pour se passer de tout superflu. Non seulement la plupart des sensations du ping-pong sont retranscrites et sublimées avec un soin maniaque, mais une mise en scène discrète (son et caméra) distille inconsciemment du suspens dans les échanges. C'est bien simple, il y avait Pong, et, maintenant, son descendant direct : Table Tennis.