Quittant un business Playstation 3 en plein envol, le charismatique ex-responsable des studios Sony intègre la direction d'un éditeur largement considéré comme exsangue artistiquement et financièrement. Prélude à une renaissance annoncée et espérée ?
Le responsable avait annoncé sa démission-surprise de Sony Computer Entertainment il y a une semaine. Surprise car avec son charme british, ses près de 16 ans de service chez le constructeur et sa sympathique obsession pour les canards, Harrison a fini par devenir un visage indissociable de la marque Playstation. Surprise également car personne n'attendait une telle nouvelle alors que la PS3, après un an de rendez-vous ratés et de faux départs, semble enfin prendre son envol. A l'inverse, l'historique mouvementé d'Infogrames est bien connu : boulimie d'acquisition, dettes record, puis vente en catastrophe de franchises-phares telles que Driver ou Civilization, départ du fondateur Bruno Bonnell et, aujourd'hui, un éditeur largement considéré comme exsangue, à la fois financièrement et artistiquement. Harrison, pourtant, nommé directeur général délégué lundi dernier, ne semble nullement inquiété. "C'est le moment idéal pour intégrer Infogrames et contribuer à façonner l'avenir d'Atari, l'une des marques légendaires de notre industrie," déclare-t-il dans le communiqué officiel annonçant sa prise de position.

Car Infogrames, depuis quelques semaines, croit à une renaissance possible. En tout début d'année, la société avait réussi à lever près de 150 millions d'euros afin de réduire les dettes et de financer de nouveaux investissements. Quelques semaines plus tard, David Gardner, ex-vice-président d'Electronic Arts, était nommé président-directeur général en remplacement de Patrick Leleu. Au programme : une "nouvelle vision" qui devrait éloigner l'éditeur français des modèles traditionnels de développement et de distribution pour concentrer une plus grande partie de ses efforts sur le marché du jeu en ligne. "[Ce phénomène] prend plus ou moins rapidement selon les pays, mais il est pour moi très clair que les gens vont vouloir acheter leurs jeux, jouer à leurs jeux, interagir avec leurs jeux via le réseau," expliquait Gardner dans une interview parue hier chez GamesIndustry. Le PDG n'aura cependant pas besoin de convaincre Phil Harrison du bien-fondé de sa théorie. Les derniers projets du responsable chez Sony ont en effet eu pour nom Playstation Home, le prochain univers virtuel / réseau social du constructeur, ou LittleBigPlanet, jeu de plateforme basé entre autres sur la création et l'échange de niveaux entre utilisateurs.

Bien sûr, l'entreprise de renflouement d'Infogrames se heurte encore à des obstacles certains. Il y a deux semaines, la société annonçait encore des revenus en nette baisse et des pertes atteignant les 20 millions de dollars sur les neuf derniers mois, plus du double de l'année précédente. Gardner avouait lui-même que "[l'opération] prendrait du temps" lors de sa prise de position à la fin du mois de janvier. Pour des magazines tels que MCV, il y aurait cependant bien "retour," et l'arrivée aujourd'hui d'un personnage tel que Phil Harrison aux rênes de la société semble effectivement constituer un pas capital dans la bonne direction – et s'imposer comme une perspective apaisante pour beaucoup. "C'est génial qu'il soit enfin là, s'enthousiasmait lundi un employé de l'éditeur devant un journaliste de GamesIndustry. On dirait que ça va être une année fantastique pour Atari."