Alors que les tonalités douteuses de la bande-annonce refont parler d'elles, le producteur du titre persiste et signe lors d'une récente interview, une ignorance de la sensibilité du sujet qui, selon certains, pourrait compliquer la sortie du jeu aux Etats-Unis.
Dans une interview vidéo accordée au magazine Famitsu et traduite jeudi dernier par le blog officiel de Capcom Etats-Unis, Jun Takeuchi, producteur du titre, s'attarde ainsi longuement sur l'utilisation de la lumière dans le prochain épisode de la série Resident Evil – et explique dans la foulée le choix controversé de l'Afrique comme cadre des prochaines aventures de Chris Redfield. "Nous étions tous d'accord sur le fait que nous tenions vraiment à montrer les origines du [T-Virus], raconte le responsable. Donc nous nous sommes dit, pourquoi ne pas utiliser l'endroit actuellement considéré par les scientifiques comme étant le berceau de l'humanité ?" Takeuchi décrit ensuite comment une telle décision a permis à l'équipe de jouer sur les contrastes entre ombre et lumière, deux "concepts abstraits" qui ont "toujours été l'un des thèmes récurrents de la série." Simulant la dilatation progressive de la pupille, le moteur 3D plonge ainsi temporairement les joueurs dans le noir quasi-total lorsqu'ils passent d'une ruelle inondé de soleil à une pièce ou un intérieur sombre, quelques secondes de vulnérabilité dont l'équipe entend bien profiter pour "attiser le sentiment de panique." "Grâce à ce système, nous pouvons porter la peur de l'obscurité à des niveaux encore plus intenses chez le joueur," promet le producteur.
Coïncidence intéressante, cette interview datant d'il y a déjà un peu plus de deux semaines est traduite alors que le débat autour des sous-entendus malheureux contenus dans la bande-annonce du titre repart de plus belle, relancé par un récent dossier du blog jeu vidéo MTV donnant la parole à quelques-uns des professionnels noirs de l'industrie jeu vidéo. Entre autres sujet abordés, la fameuse vidéo, donc, et force est de constater que celle-ci divise également chez les principaux intéressés. "[Cette bande-annonce n'est] pas raciste du tout, estime Morgan Gray, producteur de descendance noire chez Crystal Dynamics, lequel se dit beaucoup plus choqué par les stéréotypes blacks propagés via le personnage de Cole dans Gears of War. Des zombies à Haïti ? Hmm. Il y a des chances qu'ils soient colorés. […] Je crois que les gens ont eu la mauvaise réaction. Le plus gros problème serait de savoir pourquoi, une fois de plus, n'avons-nous pas un héros noir dans un jeu Resident Evil. Pourquoi ne pas commencer par ça ?"
D'autres, en revanche, approchent l'affaire avec une passion évidente, à l'instar de N'Gai Croal, américain originaire d'Afrique du Sud et spécialiste jeu vidéo pour le magazine Newsweek. Tout en n'écartant pas la possibilité que le jeu complet adopte une vision plus nuancée, le journaliste regrette en revanche le manque de contexte dans lequel a été lâchée la bande-annonce ainsi que l'approche actuelle de l'éditeur qui, selon lui, se serait engagé dans un "champ de mines historique et culturel avec la grâce d'un éléphant." "Il y a ce moment où Chris Redfield semble être le seul être humain dans le village, juste avant que les habitants se transforment en zombies ; leur humanité est mise en doute, reproche Croal. On voit à peine leur visages, il n'a aucune interaction réelle avec eux, il y a une distance dans sa démarche… C'est très bizarre et ça fait appel à une sorte d'iconographie très raciste. C'est la seule manière dont je peux le décrire. Je ne dis pas que c'est ce que Capcom cherchait à faire. Mais on dirait que beaucoup des personnes qui ont débattu de cette bande-annonce ne pouvaient pas voir ça et ne voulaient même pas en discuter."
L'éditeur lui-même a jusque là évité tout commentaire officiel, choisissant de complètement ignorer l'affaire même si un message anonyme posté sur le blog MTV suggère que la société, en coulisses, regrette que ces attaques puissent éventuellement mener à la "censure" de certains éléments du titre. Takeuchi, en tout cas, semble afficher une honnête ignorance de la controverse alors que, pour certains, la "peur de l'obscurité" qu'il cherche à créer chez le joueur s'apparente de plus en plus à une très glissante peur du noir. Selon Mark Wilson, de Kotaku, Resident Evil 5 évoque désormais des thèmes similaires à ceux d'Au cœur des ténèbres, un classique de la littérature anglo-saxonne de Joseph Conrad. Retraçant le voyage d'un marchand anglais en Afrique noire, le roman a été accusé de réduire la population locale à "une extension métaphorique de la jungle dangereuse et mystérieuse dans laquelle les européens s'aventurent" selon Wikipédia. D'autres rappellent que Takeuchi avoue librement avoir puisé une partie de son inspiration du côté du film Black Hawk Down, auquel certains avaient reproché de représenter les somaliens comme une horde sauvage et primitive.
Du coup, même si Croal concède volontiers à Capcom le bénéfice du doute en ce qui concerne la version finale du jeu, les signes, selon lui, sont loin d'être encourageants – et augurent de complications possibles lors de la sortie américaine du titre. "Je crois que lancer Resident Evil 5 va être très difficile [aux Etats-Unis], estime-t-il. Il y a des gens et des organisations peu compréhensifs envers le jeu vidéo pour qui cette imagerie [va poser un réel problème]. Le problème devient ensuite de savoir si Wal-Mart ou Target ont envie d'être impliqués. Je ne dis pas qu'il faut censurer. Je dis que la même liberté d'expression qui permet à Capcom de sortir un tel jeu permet également aux gens de faire pression sur l'éditeur. C'est pour cela qu'il est important pour la branche américaine d'une société comme Capcom d'être capable de dire 'voilà l'histoire, voilà d'où ça vient, c'est là-dessus que nous avons besoin de montrer plus de sensibilité.' Jusque-là, je ne suis pas sûr qu'ils aient fait cela."
Coïncidence intéressante, cette interview datant d'il y a déjà un peu plus de deux semaines est traduite alors que le débat autour des sous-entendus malheureux contenus dans la bande-annonce du titre repart de plus belle, relancé par un récent dossier du blog jeu vidéo MTV donnant la parole à quelques-uns des professionnels noirs de l'industrie jeu vidéo. Entre autres sujet abordés, la fameuse vidéo, donc, et force est de constater que celle-ci divise également chez les principaux intéressés. "[Cette bande-annonce n'est] pas raciste du tout, estime Morgan Gray, producteur de descendance noire chez Crystal Dynamics, lequel se dit beaucoup plus choqué par les stéréotypes blacks propagés via le personnage de Cole dans Gears of War. Des zombies à Haïti ? Hmm. Il y a des chances qu'ils soient colorés. […] Je crois que les gens ont eu la mauvaise réaction. Le plus gros problème serait de savoir pourquoi, une fois de plus, n'avons-nous pas un héros noir dans un jeu Resident Evil. Pourquoi ne pas commencer par ça ?"
D'autres, en revanche, approchent l'affaire avec une passion évidente, à l'instar de N'Gai Croal, américain originaire d'Afrique du Sud et spécialiste jeu vidéo pour le magazine Newsweek. Tout en n'écartant pas la possibilité que le jeu complet adopte une vision plus nuancée, le journaliste regrette en revanche le manque de contexte dans lequel a été lâchée la bande-annonce ainsi que l'approche actuelle de l'éditeur qui, selon lui, se serait engagé dans un "champ de mines historique et culturel avec la grâce d'un éléphant." "Il y a ce moment où Chris Redfield semble être le seul être humain dans le village, juste avant que les habitants se transforment en zombies ; leur humanité est mise en doute, reproche Croal. On voit à peine leur visages, il n'a aucune interaction réelle avec eux, il y a une distance dans sa démarche… C'est très bizarre et ça fait appel à une sorte d'iconographie très raciste. C'est la seule manière dont je peux le décrire. Je ne dis pas que c'est ce que Capcom cherchait à faire. Mais on dirait que beaucoup des personnes qui ont débattu de cette bande-annonce ne pouvaient pas voir ça et ne voulaient même pas en discuter."
L'éditeur lui-même a jusque là évité tout commentaire officiel, choisissant de complètement ignorer l'affaire même si un message anonyme posté sur le blog MTV suggère que la société, en coulisses, regrette que ces attaques puissent éventuellement mener à la "censure" de certains éléments du titre. Takeuchi, en tout cas, semble afficher une honnête ignorance de la controverse alors que, pour certains, la "peur de l'obscurité" qu'il cherche à créer chez le joueur s'apparente de plus en plus à une très glissante peur du noir. Selon Mark Wilson, de Kotaku, Resident Evil 5 évoque désormais des thèmes similaires à ceux d'Au cœur des ténèbres, un classique de la littérature anglo-saxonne de Joseph Conrad. Retraçant le voyage d'un marchand anglais en Afrique noire, le roman a été accusé de réduire la population locale à "une extension métaphorique de la jungle dangereuse et mystérieuse dans laquelle les européens s'aventurent" selon Wikipédia. D'autres rappellent que Takeuchi avoue librement avoir puisé une partie de son inspiration du côté du film Black Hawk Down, auquel certains avaient reproché de représenter les somaliens comme une horde sauvage et primitive.
Du coup, même si Croal concède volontiers à Capcom le bénéfice du doute en ce qui concerne la version finale du jeu, les signes, selon lui, sont loin d'être encourageants – et augurent de complications possibles lors de la sortie américaine du titre. "Je crois que lancer Resident Evil 5 va être très difficile [aux Etats-Unis], estime-t-il. Il y a des gens et des organisations peu compréhensifs envers le jeu vidéo pour qui cette imagerie [va poser un réel problème]. Le problème devient ensuite de savoir si Wal-Mart ou Target ont envie d'être impliqués. Je ne dis pas qu'il faut censurer. Je dis que la même liberté d'expression qui permet à Capcom de sortir un tel jeu permet également aux gens de faire pression sur l'éditeur. C'est pour cela qu'il est important pour la branche américaine d'une société comme Capcom d'être capable de dire 'voilà l'histoire, voilà d'où ça vient, c'est là-dessus que nous avons besoin de montrer plus de sensibilité.' Jusque-là, je ne suis pas sûr qu'ils aient fait cela."
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