Après un premier volet intéressant mais un peu incolore, l'équipe de Monolith révise sa copie et multiplie les idées de mise en scène. Résultat : une expérience toujours très "contrôlée" mais ayant gagné en variété – et en séquences mémorables. Terrifiant.
Plus encore que les critiques négatives, beaucoup diront qu'il n'y a rien de pire que l'indifférence. C'est la première chose qui vient à l'esprit en lançant Condemned 2, alors que, dès les premières minutes, les questions se bousculent. Qui est cet Ethan Thomas déjà ? Et ce Vanhorn dont les dernières confessions sur bande mettent tout le monde en émoi ? Il faut vite se rendre à l'évidence : malgré l'expérience globalement intéressante proposée par Condemned premier du nom, le jeu – ou en tout cas son scénario – n'a finalement laissé que peu de traces dans nos esprits. Deux ans plus tard, donc, nouvelle plongée dans les bas-fonds plus glauques que glauques de la série et, petit à petit, les souvenirs reviennent : le pas lent du héros, la progression ultra-linéaire, les possibilités d'interactions limitées avec l'environnement… une expérience "contrôlée" avouent eux-mêmes les créateurs, faisant craindre dès les premières minutes à un nouveau survival horror sur tapis roulant, sympa mais finalement assez prévisible, problème certain puisque terreur et routine font généralement assez mauvais ménage.

Bonne surprise, cependant, Monolith a eu l'excellente idée de briser son train-train fantôme grâce à un concept fantastique : la variété. Outre les séquences au corps à corps (lesquelles ont grandement gagné en dynamisme et en brutalité sauvage grâce à l'ajout de combos et d'une possibilité de combat aux poings), l'équipe a pimenté la nouvelle aventure de quelques pures fusillades FPS offrant une opportunité bienvenue de se défouler après de longs moments passés à retenir sa respiration au moindre bruit suspect. La partie enquête, elle, exige désormais beaucoup plus du joueur : sens de l'observation, de la logique, l'utilisation du bon outil au bon moment, le choix des indices les plus pertinents, un exercice cérébral passionnant livré sous la forme d'un QCM. Enfin – et surtout –, en bon disciple de l'école Half-Life (le dernier niveau livre d'ailleurs un hommage très appuyé à l'architecture Combine), Condemned 2 a fait des progrès spectaculaires dans la manière de mettre en scène l'aventure et l'espace 3D, exhibant un sens du rythme impeccable, multipliant les idées, et utilisant tous les moyens à disposition (la spatialisation du son permise par le 5.1, les vibrations, etc.) pour donner corps à son atmosphère angoissante.

Le titre, du coup, accouche de quelques séquences véritablement mémorables : course-poursuite nerfs à vif dans un chalet abandonné, traversée d'une ancienne fabrique de poupées (appel cauchemardesque aux peurs enfantines), ou déambulation nocturne dans un musée, hanté par les échos lointains de la folie qui contamine inexorablement la cité. Bien sûr, Condemned 2 reste avant tout un jeu d'atmosphère, et ses détracteurs pourront – à raison – douter des qualités ludiques pures du titre. Plus proche d'une forme passive de jeu d'aventure et d'exploration que du jeu d'action auquel il semble à première vue s'apparenter, l'expérience du titre s'adresse clairement plus aux spectateurs qu'aux acteurs. Reste tout de même, pour ceux qui accepteront de se laisser prendre par la main, probablement l'une des meilleures traductions jeu vidéo de l'imagerie Seven : une métropole "condamnée" où tout est pourriture et crasse, un univers d'une noirceur étouffante que le soleil a depuis longtemps renoncé à percer. Et qui, cette fois-ci, ne devrait pas se laisser oublier de sitôt.