Laissant de côté l'exercice de gameplay pur, Killer 7 met d'abord en avant un bouillon de pop culture incroyable où se croisent un million d'influences et de thèmes. Un grand bazar, un vrai projet artistique qui se révèle en plus très agréable à jouer. Tout en refusant de se plier aux conventions classiques du médium. Un jeu punk ?

On dit l'industrie du jeu vidéo figée dans des conventions et incapable d'innover. Ce qu'il ne faut pas oublier, cependant, est que développeurs et éditeurs ne font souvent que suivre à la lettre les désirs du public, ce dernier plébiscitant plus facilement ? les chiffres de ventes le prouvent ? un Star Wars Episode III qu'un Killer 7. Il suffit d'ailleurs d'aller faire un tour sur le site Metacritic pour constater que le dernier titre de Capcom divise très nettement. Les notes accordées oscillent ainsi entre 91% et le zéro pointé, une évaluation tellement injuste qu'elle en devient ridicule, mais qui montre également à quel point certaines personnes refusent complètement l'idée d'expérimentation et de changement au sein d'un jeu vidéo.

A la décharge de ces critiques frileux, on accordera que Killer 7 se fait une spécialité de caresser le public à rebrousse-poil. A l'heure où il n'est question que de haute définition et de nouveaux standards de réalisme graphique, le titre opte ainsi pour des visuels extrêmement stylisés faits de cel shading minimal et d'aplats de couleurs irréels. Qui plus est, la plupart des mécanismes du jeu opèrent un retour quasi-anachronique de plusieurs années en arrière. Les énigmes et les phases de tir en vue subjective étonnent ainsi par leur simplicité. Enfin, à contre-courant total de la liberté d'action offerte par des titres tels que GTA San Andreas, les déplacements se font sur des chemins prédéterminés connectés entre eux via une série de jonctions, un système qui n'est pas sans rappeler celui utilisé par des jeux d'aventure graphiques tels que Monkey Island ou Myst. Seul l'appui d'un bouton est nécessaire pour avancer.

S'agit-il pour autant de défauts rédhibitoires ? Non, car la plupart de ces éléments trouvent naturellement leur place dans l'univers patchwork du jeu. Les têtes parlantes y côtoient les fantômes en T-shirt clubbing, les exagérations gore des premiers Peter Jackson (période Bad Taste / Braindead) y rencontrent la schizophrénie lynchienne, le tout saupoudré de références musicales et d'apparitions incongrues de poupées manga. Sans même parler des messages politiques et sociaux glissés au c?ur des scènes cinématiques. Ce pot-pourri finit même par donner une couleur extraordinaire aux phases de jeu plus traditionnelles ; la sophistication des effets visuels et sonores couplée à un système de coups critiques spectaculaire rend ainsi la partie action extrêmement satisfaisante.

Bien sûr, on comprend que certains joueurs puissent crier à l'indigestion. Mais il y a également une raison pour laquelle le camp du "oui" (dont nous faisons partie) prend un plaisir authentique à parcourir l'univers extravagant de Killer 7. En l'occurrence, en renversant les conventions habituelles du jeu vidéo (visuelles, narratives, de gameplay), le titre propose une expérience fascinante et inédite, débordante de style et impressionnante de maîtrise. Et qui, pour ne rien gâcher, se révèle très agréable à jouer, même si les avis ne sont visiblement pas unanimes. Mais n'est-ce pas le propre de toute ?uvre à forte identité ? "Si les gens détestent ou adorent, c'est que vous avez fait un choix artistique audacieux", déclarait récemment le PDG d'Astro Studios, créateur du design de la Xbox 360. "Mais si vous visez entre les deux, là où les gens s'en fichent, vous êtes sur le mauvais chemin."