Aura-t-il fallu attendre le talent du créateur de Shenmue pour voir enfin arriver une grande simulation automobile sur Dreamcast ? Cela se pourrait bien

Jusqu'à maintenant, les jeux de course sur Dreamcast n'ont pas vraiment été à la hauteur. Des débuts hésitants (Sega Rally 2, Speed Devils, Tokyo Higway Battle) au récent et plutôt réussi V-Rally 2, en passant par le décevant Sega GT, nous attendons toujours de pouvoir nous essayer à une simulation qui tienne la route sur la console de Sega. Le nouveau titre phare de Yu Suzuki (Virtua Fighter, Shenmue) est arrivé sur Dreamcast, en version japonaise, et il faut bien dire que nos espoirs reposent sur ce jeu, qui, depuis de nombreux mois fait parler de lui dans les salles d'arcade. Voici nos premières impressions à chaud après quelques heures de jeu.

La première chose que l & #146;on veut vérifier en démarrant F355 Challenge, c & #146;est le rendu visuel. Est-il aussi beau que sur les diverses photos d & #146;écran aperçues jusqu & #146;ici & nbsp;? Et là, révélation & nbsp;! Les graphismes sont tout simplement magnifiques. Bien que Sega ait misé sur la sobriété, licence Ferrari et conduite sérieuse oblige, nos petits yeux usés par des années de jeux vidéo, bénéficient d & #146;un spectacle sans précédent dans le genre. Tout est propre, lisse et sans bavure (très légers scintillements). Le niveau de détail des circuits est réellement impressionnant et les effets de lumières et d & #146;ombres sont très convaincants. Retenons en particulier les différents ciels des circuits, qui sont flamboyants, même s & #146;il ne s & #146;agit bien sûr que d & #146;un classique plaquage 2D. Le public dans les gradins n & #146;est pas constitué de simples textures, mais a une représentation 3D (certes sommaire), et les spectateurs aux stands sont plutôt réussis. Des petits effets de fumée apparaissent derrière les voitures au moment du freinage et ajoutent un aspect réaliste à l & #146;ensemble. Le bitume des pistes est superbement bien rendu, avec ses imperfections et les marques de freinage violent. La modélisation des Ferrari 355 est de très grande qualité, avec de nombreuses peintures différentes. Par contre, il n & #146;y a que ce modèle de voiture, expliquant le soin apporté au design, mais n & #146;offrant guère de variété lors des courses. La beauté graphique du titre n & #146;a d & #146;égal que la performance de son moteur 3D. La fluidité de l & #146;animation est exemplaire. Il n & #146;y a absolument aucun ralentissement ni pop up, malgré les décors complexes et massifs de certains circuits. Il est possible d & #146;admirer de très loin des structures décoratives (parc d & #146;attractions, gradins, forêts) ou les concurrents sans que ceux ci n & #146;apparaissent brusquement. Sept voitures adverses sont affichées en temps réel au départ, sans aucun problème, bien qu & #146;elles soient très détaillées. Globalement, la réalisation de F355 Challenge impressionne plus que celle de Ridge Racer 5 sur Playstation 2, prouvant que le niveau des productions Dreamcast atteint actuellement sa maturité.

Elément important & nbsp;: il n & #146;y a qu & #146;une seule vue disponible & nbsp;: la vue interne. Vous ne pourrez donc pas conduire en admirant votre bolide. Cela ne choquera pas les puristes de la simulation, mais soulage les calculs que la Dreamcast doit effectuer pendant les courses. On y gagne au change vu la qualité du moteur 3D. Les informations présentent sur l & #146;écran sont nombreuses & nbsp;: un compte-tours, un compteur de vitesse, le plan du circuit en surimpression et en rotation constante, la position et les chronos. Il faut y ajouter une petite grille innovatrice représentant la position de la voiture par rapport à la largeur de la piste. Cette option sert à situer les concurrents qui sont proches de sa Ferrari et les éventuels murets à frôler lors des épingles à cheveux. Pratique. Enfin, un rétroviseur, en haut à droite de l & #146;écran permet de regarder derrière soi. Celui-ci est de bonne taille et reproduit le circuit en miroir avec une fluidité toujours aussi impressionnante. Quatre boutons, intrigants au départ, complètent ce tableau de bord. Ils représentent les diverses assistances au pilotage, activées ou non. Celles-ci, vous allez le voir, peuvent s & #146;avérer très utiles & #133;

Abordons le point crucial & nbsp;: la jouabilité de F355 Challenge, qui a la réputation d & #146;être plutôt & quot;balaise & quot;. Alors, effectivement, la maniabilité de la Ferrari est très spéciale, et va demander beaucoup d & #146;entraînement. Les concepteurs, et en particulier Yu Suzuki, ont voulu atteindre un tel niveau de réalisme, que le joueur lambda va, au premier abord, trouver cela totalement injouable, s & #146;il n & #146;a aucune assistance de pilotage. Il faut préciser que le jeu a été conçu pour se jouer au volant, sa sortie en arcade et la présence d & #146;un volant représenté au menu du choix des transmissions l & #146;attestent. De ce fait, maîtriser les commandes analogiques (direction, accélération et frein) s & #146;avère être indispensable pour réussir à maintenir son bolide sur la piste. C & #146;est même la première fois que ce facteur est aussi important dans un jeu de course sur console.

Pour compenser cette grande difficulté, les développeurs ont fait en sorte que l & #146;apprentissage de la conduite soit progressive. Le mode arcade dispose ainsi d & #146;une séance d & #146;entraînement, dans laquelle le programme indique les meilleures trajectoires, ainsi que la vitesse à laquelle prendre les virages. De même, quatre assistances sont disponibles & nbsp;: SC (Stability Control), TC (Traction Control), ABS (Anti Lock Brake System) et IBS (Intelligent Brake System). Les trois premières s & #146;avèrent être indispensables au début, la dernière devra, quant à elle, être supprimée après une heure de jeu, au risque de gâcher l & #146;intérêt de jeu. Celle-ci laisse en effet l & #146;ordinateur freiner lui-même la voiture à l & #146;approche des virages. Utile tout de même au départ pour bien assimiler les distances de freinage. Deux niveaux de conduite sont également proposés & nbsp;: novice (en boîte automatique) et intermédiaire (en boîte manuelle). Au début, on a tendance à choisir la conduite manuelle, mais on se ravise en se disant qu & #146;il va falloir d & #146;abord maîtriser les notions de base.

Malgré ces aides et après quelques heures de jeu, la partie est loin d & #146;être gagnée, le jeu est bien difficile. La maniabilité s & #146;apprend, mais tout de même, elle nous a semblé par moment un peu excessive & nbsp;: il arrive de ne pas tourner dans une courbe moyenne à 80km/h & nbsp;et de finir dans les graviers ! Remarquez, c & #146;est peut-être comme ça que l & #146;on conduit une Ferrari, nous n & #146;en avons jamais fait l & #146;expérience & #133; Les sensations de glisse et de dérapage du véhicule sont quand même bien agréables, même si les pertes d & #146;adhérence sont très fréquentes. Un conseil & nbsp;: réglez la puissance de la direction au maximum dans les options, ça peut aider. Au final, battre les concurrents dirigés par l & #146;ordinateur sera un challenge de spécialiste éreintant mais qui reste motivant.

Parlons pour terminer de ce qui constituera la durée de vie du titre. Il y a donc un mode arcade, où il faudra résister au décompte fatidique pour arriver au bout de la course. Vient ensuite le mode championnat où des points seront attribués à la fin de chacun des 6 circuits authentiques de base (Motegi, Suzuka Short, Monza, Sugo, Suzuka, Long Beach). Des circuits cachés sont en outre à débloquer *. Un mode course simple précède un mode deux joueurs en écran splitté. Il n'y a certes aucun concurrent sur la piste, mais la qualité graphique et la fluidité sont les mêmes qu'en mode solo (ça change de Ridge ). Les duels pourront également s'effectuer en mode link (voir actu) ou même par internet (uniquement au Japon). Des replays d'après course sont également au programme. Ils ne proposent que des moments choisis (et non pas toute la course) et n'offrent pas la possibilité de changer les angles de caméra. Ils permettent d'admirer la qualité de modélisation des Ferrari, qui paraissent parfois un peu posées sur la piste.

Bien que nous n’ayons joué que quelques heures à F355 Challenge, sans réellement parvenir à "assurer", une chose paraît évidente : le jeu de Sega ne s’adresse pas à tous les types de joueurs. Sa maniabilité élitiste le réserve aux pros de la simulation, qui aiment jouer avec un volant et des pédales. Les fans d’arcade n’y trouveront sans doute pas leur compte. C’est paradoxal, Ferrari 355 étant à la base un jeu d’arcade. Il en a l’habillage, la splendeur graphique, mais pas l’instantanéité (contrairement à Virtua Tennis par exemple). Ceci dit, compte tenu de son excellente réalisation et de son réalisme stupéfiant, F355 Challenge méritera sûrement que tous les adeptes de course automobile s’y intéressent, avec persévérance et patience. F355 Challenge, développé par Sega et édité par Acclaim, sortira sur Dreamcast le 24 octobre en France. Mathieu Micout Remerciements au magasin Power Games 31, rue de Reuilly - 75012 Paris Tél. : 01 43 79 12 22

*Pour débloquer les circuits cachés il faut arriver au minimum dans les 3 premiers de chaque course. En Mode Arcade. Même avec toutes les assistances activées c'est du travail ! La durabilité du jeu est là...