On le savait déjà mais désormais, même les analystes préviennent : le jeu vidéo ne va pas si bien que ça. Trop de suites, budgets trop gros et marché trop risqué nuisent à la croissance du médium. Depuis plusieurs mois, la distribution en ligne est promise comme la solution aux maux combinés des développeurs et des éditeurs. Miracle ? Probablement pas, mais difficile d'ignorer le succès de Steam et l'ouverture prophétique du Marché Xbox 360.

On savait l'industrie en pleine crise créative. Un rapport des analystes de Wedbush Morgan Securities, publié hier, s'inquiète d'ailleurs du nombre de suites mis sur le marché et, surtout, des réactions de plus en plus lasses des joueurs. "Les consommateurs semblent indifférents à cette prolifération, ce qui suggère un démarrage lent des ventes de fin d'année et un risque de continuation de l'affaiblissement du marché," avertit le rapport. Mauvaise nouvelle : le mouvement ne donne pas signe de ralentissement, tout du moins chez les plus gros éditeurs. Un rapide coup d'?il vers la liste des prochaines sorties sur Playstation 2 révèle Need for Speed : Most Wanted, Prince of Persia 3, SOCOM 3... Pire : un autre rapport, rédigé par la société Screen Digest celui-là, prédit même que le nombre total de jeux vidéo profitables pourrait tomber à 80 par an, augmentation des coûts de développement oblige. A titre de comparaison, près de mille titres ont pris place sur les étalages américains en 2004. La conséquence directe de cette réduction de la marge d'erreur pourrait, selon les analystes, résulter en un marché encore plus frileux, des développeurs et des éditeurs se repliant de plus en plus sur les valeurs sûres (suites, licences, etc.) et concédant de moins en moins de risques créatifs.

A moins... à moins que toutes ces sociétés ne se cherchent des sources de revenus alternatives. Le rapport cite quelques exemples : publicité intégrée, téléchargements pour mobiles, jeu réseau. Et la distribution en ligne, dont on entend énormément parler depuis quelques mois, entre autres via le lancement de la Xbox 360 et de son Marché. Certes, pour le moment, il s'agit avant tout d'une vitrine promotionnelle, proposant thèmes, icônes de joueur et versions démos. Mais l'infrastructure (réseau, paiement...) est là, prête pour un futur où les jeux seront achetés en ligne et directement envoyés sur le disque dur. En attendant, il y a le Live Arcade, un espace qui, contrairement aux idées reçues, ne sert pas qu'à abriter des versions haute définition de Joust ou de Bejeweled. Arcade, c'est également une occasion pour les studios indépendants de développer pour la Xbox 360 à moindre coût. Pour le moment, Microsoft impose une limite en taille des jeux (aux alentours de 35/50 méga-octets, probablement pour les consoles ne disposant pas de disque dur) mais là encore, l'infrastructure existe. Et si l'on en croit Garage Games, créateurs du Torque Engine et défenseurs du jeu vidéo "libre", il s'agit d'un grand pas en avant. "Les gens peuvent désormais faire des jeux dans leur garage et être distribués sur une plate-forme majeure," s'enthousiasme Benjamin Bradley, membre du studio. "Bien entendu, ce n'est pas si facile : il faut que le jeu soit intéressant, qu'il soit beau et qu'il plaise au public. Mais il y a un nombre énorme de développeurs passionnés qui n'ont pas dix ou vingt millions de dollars et qui veulent juste créer des bons jeux."

La vraie success story de la distribution en ligne, cependant, c'est Steam. Depuis son baptême du feu l'année dernière, avec la sortie de Half-Life 2, la plate-forme imaginée par Valve est passée à la vitesse très supérieure : diffusion d'add-ons gratuits (Lost Coast, Half-Life 2 Deathmatch), mises à jour régulières et multiplication des contrats de distribution. C'est là que l'on assistera normalement d'ici quelques semaines à l'une des tentatives de jeu épisodique les plus significatives : Sin Episodes, réalisé par les vétérans de Ritual Entertainment (Heavy Metal FAKK 2, Star Trek Elite Force II). C'est également là que l'on peut télécharger Rag Doll Kung Fu, l'étrange projet personnel de Mark Healey, artiste chez Lionhead (Black & White, The Movies). Et ce n'est pas fini. Darwinia, figure de proue du jeu vidéo indépendant, couronnée du prix des lecteurs 2004 du magazine Edge, rejoindra le portfolio Steam à partir du 14 décembre prochain. En attendant Half-Life 2 : Aftermath, le mod Red Orchestra et le prochain projet de Warren Spector, concepteur de titres comme Deus Ex ou Thief : Dark Project.


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