Les aventures d'un ex-yakuza fraîchement sorti de prison, enfermé dix ans pour avoir couvert un crime commis par un autre... Une enquête pour retrouver 10 milliards de yens et une jeune fille disparue... A priori, pas vraiment ce que l'on pourrait attendre de Toshihiro Nagoshi, le gentil producteur des Super Monkey Balls. Mais qu'est-ce que c'est, Yakuza, au juste ? Au départ, on penche pour un jeu très chiant, une longue enfilade de cinématiques bavardes et un peu laborieuses que les séquences interactives, lorsqu'elles daignent enfin poindre, viennent presque déranger. Plus tard, les horizons finissent par s'ouvrir ; une ville s'offre alors au joueur, espace salutaire de déambulation et d'exploration. On pense à Grand Theft Auto ou à Shenmue, mais les racines de Yakuza, à l'évidence, se situent plutôt du côté du jeu de rôle japonais. A l'instar d'un bon vieux Dragon Quest, le jeu de Sega dispose de ses points d'expérience et de ses quêtes (les missions), de ses mini-jeux et de ses secrets, et de ses étendues sauvages (la ville) théâtres de batailles aléatoires infinies.
L'une des spécificités du jeu de Sega, cependant, est d'avoir remplacé les traditionnels combats stratégiques en tour par tour par de pures séquences action. C'est donc à coups de pieds et de poings, de combos rudimentaires et parfois d'armes, que le héros doit se débarrasser de ses adversaires. La violence de ces combats a un côté parfois grisant, en particulier lorsque la maximisation d'une jauge spéciale permet le déclenchement d'un coup particulièrement brutal. Mais mis à part ces brèves poussées d'adrénaline, l'offre beat'em all de Yakuza rechigne à s'éloigner des sentiers battus, un constat d'autant plus décevant que les défauts classiques du genre sont, eux aussi, bien représentés : difficulté de se mouvoir dans un espace 3D, fonction de verrouillage de cible un peu capricieuse, angles de caméra excentriques masquant parfois totalement la visibilité devant ou derrière le héros, etc. Pas franchement désagréable mais pas très réussi non plus.
Mélanger l'exploration tranquille et les cinématiques avec les brusques coups d'accélérateurs de la partie action n'était pas la meilleure idée. Yakuza, du coup, est un jeu qui hoquette, un conflit ludique intérieur entre deux idées se faisant obstacle l'une à l'autre. La bonne nouvelle, cependant, c'est que ces pinaillages autour de questions de gameplay finissent par passer au second plan derrière l'expérience générale du jeu, autrement plus satisfaisante. A côté d'une énième variation guerrière et des nouvelles aventures dispensables d'une quelconque petite frappe amerloque, le trip nippon proposé par Yakuza ont un côté rafraîchissant, porté qui plus est par un scénario touffu. La ville, également, s'impose comme un espace passionnant, à la fois foisonnant et aléatoire. Dans les rues et les ruelles, des épiceries, des bars, des casinos, des artistes peintres. Des jeunes filles qui vous haranguent et vous aiguillent sur des missions annexes, des ivrognent qui vous chargent de leur apporter du saké. Des mini-jeux, de la drague, de la nourriture pour chat. Qui servira ou pas, là n'est pas la question. Ce qui est excitant, ici, ce sont les possibles que cette variété d'objets, de personnages et de situations laisse entrevoir, l'impression frappante que cet univers de polygones et de bits existe réellement derrière l'écran. Qu'importe donc que le titre ne s'impose pas comme un pur chef d'?uvre de gameplay. On préfèrera largement prendre et apprécier Yakuza pour ce qu'il a réussi à créer : une plongée singulière, dépaysante et finalement très attachante dans le monde de la mafia japonaise.
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06.01.2009
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