L'un des prochains jeux du créateur de Grand Theft Auto a fait parler de lui... sans faire parler de lui. Car pendant que diverses associations et figures politiques déploraient activement le choix du sujet (le harcèlement à l'école), le studio, lui, se retranchait derrière un mur de quasi-silence. Une longue apnée qui prend fin aujourd'hui et qui montre peut-être qu'avec ce genre de titres à controverse, Rockstar choisit désormais la prudence.

"'Bully' est enfin prêt pour les feux de la rampe. Les gens peuvent regarder le jeu et se faire leur propre idée de ce qu'il est et de ce qu'il n'est pas," a annoncé aujourd'hui un porte-parole Rockstar, confirmant par ailleurs la sortie du titre pour le mois d'octobre. Mais attendez... C'est quoi Bully ? A l'E3 dernier, parmi les Twilight Princess, les Gears of War et tous les autres hits attendus de cette fin d'année, aucune mention d'un tel titre sur le stand ou le press kit Take Two. A vrai dire, depuis son annonce en mai 2005, Bully s'est fait anormalement discret, pour ne pas dire complètement invisible : mis à part quelques photos d'écran, on ne recense aucune avant-première ou interview dans aucun magazine.

Le titre a cependant beaucoup fait parler de lui ? mais sûrement pas de la manière que Rockstar aurait voulue. "Bully", en anglais, c'est la terreur des cours de récré, le type qui a redoublé trois fois sa sixième et qui rend la vie des plus petits impossible. Et à peine trois mois après l'annonce du titre, le sujet alimentait déjà la controverse, souvent à l'initiative de l'avocat ultra-conservateur et chrétien Jack Thompson. "Nous recevons jusqu'à quatre appels par jour d'enfants suicidaires, et beaucoup, beaucoup d'autres se plaignent de coups et de traumatismes, déclarait à l'époque la présidente de Bullying Online, une association anti-harcèlement anglaise. Ce genre de phénomène n'est pas un thème approprié pour un jeu. [Cela] donne l'impression que ce type d'expérience est normal. Nous sommes très inquiets de l'effet que ces jeux pourraient avoir sur les enfants." Quelques jours plus tard, c'est l'association Peaceoholics qui protestait devant les locaux new-yorkais de Take Two, demandant l'annulation pure et simple du projet. Les pétitions et les demandes d'interdictions se multiplieront ensuite, la dernière datant de mars dernier. Tout cela sans que qui que soit ait vu ou entendu quoi que ce soit à propos du jeu, les seules informations diffusées par Rockstar jusqu'alors parlant d'un élève "à problèmes se défendant contre de jeunes tyrans".

A l'occasion de la renaissance (publique, tout du moins) du jeu, quelques journalistes ont pu assister à une démonstration de Bully. Verdict ? Il y a effectivement des combats mais aucune scène de mort ou de violence sanglante. Il n'y a pas non plus d'armes à feu ou de couteaux, même s'il est possible de s'équiper d'une batte de baseball (laquelle casse après quelques coups). Les autres "armes" incluent des boules puantes, des sacs de bille ou des lance-pierres. Selon le Rocky Mountain News, le jeu est avant tout une "exploration des interactions sociales complexes telles que l'on peut les trouver dans la plupart des lycées".

A priori, donc, une tornade dans un verre d'eau. Mais le cas Bully est intéressant, au moins parce qu'il montre qu'en cette ère d'information omniprésente (démos, vidéos, photos d'écran, etc.), un jeu déjà annoncé peut encore complètement disparaître de la circulation pour refaire surface moins de trois mois avant sa sortie. L'affaire montre peut-être également qu'après s'être nourri de controverse avec des jeux tels que Manhunt ou State of Emergency, Rockstar aborderait désormais ce genre de titres de manière un peu plus prudente. Après tout, la société est sûrement lasse de se retrouver dans toutes les lignes de mire depuis le scandale américain du Hot Coffee ? la cour de New-York l'a encore citée à comparaître il y a un mois. Snow, l'un des prochains titres du studio, avait par ailleurs été annulé en juin dernier ; le joueur y gérait un réseau complet de production et de vente de drogues. Rockstar a donc peut-être fait le bon choix en attendant d'avoir toutes les cartes en main pour révéler Bully. Mais les Peaceoholics, eux, ne baissent toujours pas les armes. "Nous ne voulons pas que ce jeu sorte, point final, a réitéré l'un des membres de l'association. Ce genre de jeux n'a pas de raison d'être."