En mélangeant soap opéra et chirurgie, cet import américain offre une variation originale sur le genre action / puzzle. Et réussit, du coup, à fournir une expérience de jeu intéressante tout en remplissant un rôle de "vitrine technologique" pour la Wiimote.
Pas de chance pour les français. L'un des titres les plus intéressants du line-up de lancement – américain, en tout cas – n'est pas seulement introuvable dans nos contrées ; sa sortie n'est, aux dires de Nintendo, même pas prévue "pour le moment". Le nom de Trauma Center, cependant, ne devrait pas vous être complètement inconnu : la version DS, sous-titrée "Jouez du scalpel", était sortie dans les boutiques françaises en avril dernier. Second Opinion, la version Wii, est en grande partie un remake assorti de nouveaux types d'opérations, d'un personnage jouable supplémentaire et, peut-être le plus important, d'un niveau de difficulté enfin réglable. L'édition originale, en effet, se révélait par moments presque perverse – ce qui n'empêche pas cependant les tous derniers niveaux, ici, de pousser le challenge à ses limites.

Le moyen le plus simple de décrire le titre serait de parler d'un mélange curieux de simulateur d'opérations chirurgicales et de soap opéra. Chirurgie car avec la Wiimote en guise de pointeur et le stick analogique du nunchuk pour sélectionner l'un des huit outils à disposition (désinfectant, sonde, drain, scalpel, etc.), le joueur ouvre des estomacs, excise des tumeurs ou suture des plaies. Soap opéra parce qu'entre deux opérations, le jeu fait vivre un scénario tout droit sorti de la série Urgences, complet avec ses drames, ses secrets inavouables, et ses révélations fracassantes. Et il n'est pas question ici de prétexte. L'histoire du jeune docteur Derek Stiles est clairement traitée comme une partie intégrante du jeu, plusieurs "épisodes" (de quelques minutes, rassurez-vous) étant complètement dénués de phases de gameplay.

Très vite, cependant, Trauma Center s'échappe du cadre médical strict – dont il n'a, de toute façon, jamais vraiment respecté la terminologie ou les procédures, me confiait une amie diplômée de pharma – et file droit du côté de la science-fiction. Et c'est à partir de ce moment que le gameplay, que l'on imaginait poursuivre dans une voie plutôt austère, commence à multiplier les pistes et les idées. Des phases action / réflexe font leur apparition, agrémentées de puzzle game, voire de puzzle tout court, avec même un boss final. Chaque opération apporte également sa petite touche d'imprévu (turbulences aériennes, complications, etc.), faisant d'une procédure connue par cœur un challenge renouvelé. Atlus, le développeur, ne se prive par ailleurs pas d'expérimenter avec les possibilités offertes par le mode de contrôle Wii : pivoter la télémanette pour simuler un dévissage, par exemple, ou bien "lancer" le couple Wiimote + nunchuk vers l'écran pour procéder à un électrochoc cardiaque.

Second Opinion, en somme, montre deux choses. La présence de ce jeu à la fois sur Nintendo DS et sur Wii rappelle d'abord combien les deux machines, quelque part, sont similaires. Certes, la Wiimote a remplacé le stylet mais, au final, on "touche" toujours l'écran, par pointeur interposé à défaut de contact physique. Enfin, et c'est peut-être ce qui compte le plus, le titre prouve qu'il est possible de fournir une expérience originale et intéressante tout en remplissant un rôle de "vitrine technologique", en utilisant le mode de contrôle Wii de manière ingénieuse et pertinente. Après, bien sûr, on peut toujours pointer les défauts : les assistants ne sont parfois pas très clairs lorsqu'il s'agit d'expliquer les objectifs. L'utilisation du nunchuk pour sélectionner les outils peut également se révéler un peu frustrante : dans le feu de l'action, en temps limité, pas toujours évident de tomber sur le bon du premier coup. Mais cette pression et cette nécessité occasionnelle de prendre seul ses responsabilités font peut-être partie de l'expérience ? Après tout, le jeu ne manque pas de vous faire ressentir tout le poids de votre échec en cas de game over. "Après sa dernière intervention, tout le monde s'accorda à dire que le Dr. Stiles n'avait rien à faire dans une salle d'opération," lance-t-il alors. Ouch !