En mélangeant, dans l'esprit, Katamari Damacy et Half-Life 2, le premier titre Konami sur Wii est un jeu tactile et hystérique, une démonstration parfaite du potentiel ludique de la Wiimote. Et, du coup, l'un des titres les plus intéressants de la logithèque actuelle.
S'il y a un aspect particulier de Wii qui se révèle plus intéressant que les autres, c'est bien entendu la Wiimote. Tour à tour pistolet, épée, scalpel, ou raquette de tennis, l'accessoire s'impose finalement comme une sorte d'outil universel, une télécommande à tout faire à laquelle les programmeurs de jeux peuvent assigner n'importe quelle identité, aussi fantastique et extravagante soit-elle. Mais Shingo Makaitoge, le producteur d'Eledees (connu au Japon et aux Etats-Unis sous le nom de Elebits), a eu une idée beaucoup plus simple. "Avec les manettes traditionnelles, il n'a jamais été possible de tourner ou de tirer [des objets], expliquait le responsable il y a quelques mois. Alors que nous faisions cette constatation, nous avons développé l'idée d'un jeu où l'on pourrait toucher et déplacer des objets dans une pièce, ouvrir des robinets et des portes, par exemple, ou ouvrir des tiroirs."

A son niveau le plus élémentaire, le titre ressemble à un jeu d'action en vue subjective dans lequel le joueur zappe des petites créatures électriques et accumule des watts. Mais il ne s'agit là que de la partie apparente de l'iceberg. Le vrai jeu, en effet, consiste d'abord à localiser ces fameuses créatures, lesquels préfèrent généralement la tranquillité des dessous de meubles ou des intérieurs de vases. C'est là qu'intervient le Capture Gun, sorte de rayon multifonctions héritier du Gravity Gun de Half-Life 2. Grâce à lui, donc, le joueur ouvre, pousse, tire, appuie, secoue, tourne et retourne, bref, manipule à sa guise tous les objets à sa disposition, toujours dans le but de déloger les Eledees de leur cachette. Lorsqu'un nombre suffisant de watts a été accumulé, certains appareils électriques peuvent alors être activés, augmentant la puissance du Capture Gun et permettant au héros de déplacer des objets de plus en plus lourds.

Loin du simple FPS familial auquel on pensait avoir affaire au premier abord, Eledees se révèle ainsi un jeu aux multiples facettes. Il s'agit tout d'abord d'une fabuleuse partie de cache-cache, encourageant et récompensant la curiosité et l'expérimentation interactive. Car au-delà du simple déplacement d'objet, le Capture Gun permet la réalisation d'actions un peu plus complexes : pour accéder à des bonus supplémentaires, le jeu demande par exemple d'insérer un DVD dans un lecteur, une tranche de pain dans un toaster, ou de réorganiser dans le bon ordre les différents volumes d'une encyclopédie. Mais surtout, Eledees se transforme très rapidement en une expérience hystérique et parfaitement jouissive du désordre : sous la pression impitoyable du chronomètre, les cartons et les livres volent, puis, au fur et à mesure que la Capture Gun gagne en puissance, les pianos, les canapés et les voitures suivent, pendant que les lutins électriques zigzaguent affolés au travers de la pièce.

Eledees, finalement, partage beaucoup de points communs avec l'inclassable Katamari Damacy : même rapport ludique à des espaces de la vie de tous les jours (la chambre, le salon, le garage, la rue, etc.), même approche par paliers des niveaux (les degrés de puissance du Capture Gun) et même affinité pour les situations chaotiques, bien que certains niveaux – relativement peu nombreux, heureusement – tentent maladroitement d'augmenter le challenge en imposant des limites au nombre d'objets cassés ou au niveau de bruit produit. On a fait pire comme référence. Mais ce que l'on retient surtout du titre, c'est la manière naturelle et intuitive avec laquelle il invite le joueur dans son univers. Car sous couvert de Capture Gun futuriste, la Wiimote endosse ici la simple identité d'une main baladeuse, qui fouine et farfouille comme on le ferait dans la réalité et fournit aux joueurs des sensations presque tactiles. Encore une couche d'abstraction entre réel et virtuel qui disparaît ? Ce ne serait pas la moindre des réussites du titre.


(Import Japon et USA – sortie française au printemps 2007.)