Fan d'Eric Chahi et revendiquant l'influence de titres comme The Warriors, le prochain jeu du créateur de Killer 7 courtise le GTA-like et y injecte un bouillon de pop culture inimitable et explosif. Retour sur un projet en équilibre perpétuel entre Japon et occident.
Nous avions déjà eu l'occasion, en juillet dernier, de parler du prochain projet de Goichi Suda, également connu sous le nom de Suda 51, le créateur de Killer 7. A la faveur d'une erreur, une bande-annonce ainsi que les premières informations sur le titre appelé alors simplement Heroes avaient fait leur apparition sur Internet. Bref rappel : il s'agira encore une fois d'une histoire de tueurs à gages, la différence étant que le joueur n'en contrôlera cette fois qu'un, celui-ci cherchant à grimper les échelons d'une sorte de classements des dix meilleurs assassins. Le style graphique est, comme pour Killer 7, très prononcé, et la vidéo mélangeait allégrement sabres laser, missiles, jolies jeunes filles et références pop culture. Le jeu fut officiellement dévoilé lors du dernier Tokyo Game Show et, deux mois plus tard, renommé en No More Heroes.

Une nouvelle interview parue il y a peu chez le magazine IGN redonne l'occasion de s'intéresser au titre et, tout particulièrement, à son créateur. Le saviez-vous ? Avant d'être game designer, Goichi Suda a travaillé dans un établissement de pompes funèbres. "Je préparais les fleurs pour les enterrements, raconte-t-il. Un jour, un studio de jeu appelé Human, qui produisait 'Fire Pro-Wrestling', le jeu de catch le plus populaire à l'époque, a annoncé qu'ils recrutaient. J'étais très confiant parce que je connais bien l'univers du catch professionnel et je pensais que je pourrais probablement concevoir un jeu de catch. Et c'est comme ça que j'ai démarré ma carrière de créateur de jeux."

Plus intéressant, l'entretien confirme que Suda, malgré sa nationalité nipponne, est très influencé par la culture occidentale. Son film favori serait ainsi le Paris, Texas de l'allemand Wim Wenders. Son jeu favori ? Another World, d'Eric Chahi, qu'il cite également comme l'un de ses créateurs de jeux préférés, aux côté d'Hideo Kojima (on dit d'ailleurs qu'ils seraient en train de préparer un projet ensemble) et de Shinji Mikami (la série Resident Evil, Okami, le récemment formé Seeds). Déjà en décembre dernier, dans une interview "paaassionnante" accordée au site Games Radar, Suda révélait d'ailleurs son désir de toucher principalement un public américain et européen avec No More Heroes. "Je veux l'argent et le respect, déclarait-il. Je veux le respect des indépendants et l'argent du grand public. J'ai l'intention de faire de No More Heroes un jeu plus vendeur [que ne l'était Killer 7]. Je fais de ce jeu, bien plus qu'avant, un jeu qui va se vendre aux Etats-Unis et en Europe." Il confiait également à l'époque participer à l'organisation d'évènements visant à faire découvrir la production jeu vidéo occidentale aux japonais, un "hobby" qu'il décrivait comme "l'un de ses grands projets". Cité en tant qu'exemple de titre qu'il aimerait faire partager aux joueurs nippons : The Warriors, de Rockstar. "Je ne suis pas sûr que les japonais s'accommodent bien de ce niveau de violence mais, bon, je voudrais quand même qu'ils y jouent, expliquait-il. J'aimerais que plus de créateurs japonais se laissent influencer par ce style de jeu libre à la GTA."

On ne s'étonnera donc pas de constater que No More Heroes affiche, au moins sur le papier, des similarités évidentes avec la série à succès de Rockstar / Take Two. A l'inverse de Killer 7, dont le déroulement se faisait littéralement sur des rails, le nouveau titre promet une ville entière à explorer librement, des véhicules à piloter (mais pas à voler) ainsi qu'un système de missions principales (les tueurs) et secondaires (pour gagner de l'argent ou des armes supplémentaires). Détail intéressant : malgré la prédominance apparente des combats à l'épée et le choix de Wii comme plateforme de développement, No More Heroes "utilise à peine" la Wiimote, ne nécessitant les fonctions de détection de mouvement que pour achever l'adversaire. "Pour être complètement honnête, si vous [gesticulez avec la manette] durant tout le jeu, vous allez finir par vous fatiguer, expliquait-il en décembre. Donc j'étudie beaucoup le rythme de l'action. Je pense que les gens vont jouer avec leurs mains sur leurs cuisses mais que lorsqu'il y aura une séquence d'action, ils se lèveront et se défonceront – et puis ils reviendront à une position plus relaxe. C'est comme ça que j'approche le jeu."

Et tout cela, bien sûr, pimenté de références pop culture en équilibre perpétuel entre Japon et occident. Le héros, Travis Touchdown (ce nom !), est ainsi décrit à la fois comme un otaku et un personnage inspiré de Johnny Knoxville, le casse-cou en chef de l'équipe Jackass. L'action, elle, se déroule dans une petite ville californienne du nom de Santa Destroy (ce nom !), apparemment peuplée d'assassins adeptes du katana et de fées manga. Sans même parler de la présence au générique de Sylvia Christel, clin d'œil évident à la déesse érotique des films Emmanuelle. Un pot-pourri que le magazine Games Radar résume à merveille : "Digéré, régurgité et craché à la figure : le Japon, vu des Etats-Unis, vu du Japon."