Lancement de la console, vente à perte… autant de facteurs qui ont précipité la division jeux vidéo du groupe dans le rouge, alors que la demande reste toujours aussi tiède. Obstacles selon les analystes : le line-up faible, le prix… et l'increvable Playstation 2.
A l'occasion de la publication de ses précédents résultats trimestriels, fin janvier, le constructeur avait prévenu que les pertes de la division jeu vidéo pourraient grimper jusqu'aux alentours du milliard et demi de dollars sur l'année fiscale 2007 complète. Mais d'après les chiffres définitifs, révélés aujourd'hui, ces pertes se montent finalement à 232 milliards de yens, soit un peu moins de deux milliards de dollars et environ 1.4 milliards d'euros. Sur l'année fiscale 2006, la division avait enregistré des profits de 8.7 milliards de yens (72 millions de dollars, 53 millions d'euros).

Ce résultat, pas inattendu donc, est en très grande partie expliqué par l'arrivée de la Playstation 3. Sony attire en particulier l'attention sur "les coûts associés à la préparation du lancement" et surtout à la décision de positionner la machine à un "prix stratégique plus bas que celui de son coût de fabrication". Un rapport de l'institut iSuppli estimait en novembre dernier que le constructeur perdait au minimum 240 dollars sur chaque machine vendue.

5.5 millions de consoles auraient été livrées au 31 mars 2006, alors que le constructeur s'était fixé comme objectif d'atteindre les six millions. 3.6 millions d'entre elles auraient été véritablement vendues selon Nobuyuki Oneda, directeur financier du groupe interrogé par Bloomberg ; autant de signes qui confirment la relative tiédeur de la demande actuellement. Les chiffres indépendants d'instituts tels que NPD ou Enterbrain, couplés aux déclarations de Howard Stringer, PDG de Sony, laissaient eux plutôt entendre un total se situant un peu en dessous des trois millions de consoles vendues. "Nous ne nous sommes pas lancés dans l'aventure PS3 pour les six premiers mois de 2007 – c'est un projet sur les dix prochaines années et au-delà, a déclaré Jack Tretton, président de Sony Computer Entertainment Etats-Unis, au Los Angeles Times. Un million de machines en plus ou en moins, ça ne nous inquiète pas à l'heure actuelle."

Mais si Sony reste serein, d'autres – journalistes, analystes – s'inquiètent pour le géant. Le L.A. Times, justement, même s'il remarque que les comptes très négatifs au lancement d'une console sont monnaie courante, rappelle que Sony est actuellement en dernière position derrière la Wii qui, au contraire de la Playstation 3, continue à s'arracher. Le président de la branche japonaise de l'Association Internationale des Développeurs de Jeux, Kyoshi Shin, indique d'ailleurs au journal que beaucoup de studios nippons consacreraient désormais leurs ressources à la machine de Nintendo plutôt qu'à celle de Sony. "Quand les gens parlent de la PS3 sur les forums, ils disent que c'est comme d'aller dans un grand restaurant très cher et de ne rien trouver à manger," raconte-t-il. La machine a besoin d'un line-up plus solide mais également d'une baisse de prix estiment de nombreux analystes. Michael Pachter, l'un d'entre eux, estime que Sony "pourrait considérer" une telle option dès cet été. Un autre, plus conservateur, attend une baisse de 20% du tarif public durant la nouvelle année fiscale, qui se terminera le 31 mars 2008. "La PS3 est en avance sur le marché, alors que la Xbox 360 et la Wii ont été conçues pour un impact immédiat," analyse enfin Billy Pidgeon, de l'International Data Corp. Ce dernier pense que les ventes de la machine ne décolleront réellement qu'en 2008.

En attendant, il reste à Sony le marché Playstation 2, toujours dans une santé spectaculaire aux Etats-Unis. Mais l'arme est à double tranchant. Les revenus liés à cette plateforme, ainsi, sont en baisse par rapport à l'année fiscale 2006, du fait d'une baisse logique des ventes de console et de logiciels. Surtout, cette alternative peu coûteuse et toujours recommandable (voir le très récent God of War 2, en attendant le prochain Guitar Hero III) fait involontairement de l'ombre à la nouvelle génération, et n'encourage finalement pas beaucoup les consommateurs à la transition. "Il faut qu'ils donnent aux joueurs une raison de mettre leur PS2 au placard pour la remplacer par une PS3," estime Pidgeon.