Le dernier titre des créateurs du jeu vidéo anti-McDonald's, s'attaquant cette fois aux abus sexuels sur mineurs dans le milieu de l'église catholique, se retrouve banni d'Italie. Une nouvelle affaire qui repose la question de ce qui est acceptable pour le médium.
Le jeu avait été lancé il y a à peine plus d'une semaine sur le site officiel de la Molleindustria. Dans un communiqué paru hier, le collectif, créateur de "jeux vidéo politiques contre la dictature du divertissement," confirme cependant avoir retiré le titre suite à une plainte déposée par le leader du parti démocrate chrétien italien Luca Volontè. Ce dernier a invoqué une loi de 2006 considérant comme illégale toute manipulation d'images représentant des actes sexuels incluant des enfants, des images "dont la qualité pourrait faire passer des situations irréelles pour réelles." Le sous-secrétaire Paolo Naccarato avait quant à lui averti que la police s'affairait à localiser et à fermer purement et simplement le site. "Nous avons retiré le jeu 'criminel' pour ne pas aggraver le cas de notre fournisseur d'accès, légalement responsable du contenu [de notre site web]," a indiqué le collectif.
Figure-phare du newsgaming, un mouvement visant à utiliser le jeu vidéo non pas à des fins de divertissement mais pour la transmission de messages et d'idées, La Molleindustria n'en est pas à son coup d'essai en matière d'activisme vidéo-ludique coup de poing. En février 2006, l'association lançait en effet le McDonald's Videogame, regard ultra-critique sur le géant américain du fast-food déguisé en jeu de stratégie temps réel. Exemplaire dans sa manière d'utiliser les mécanismes interactifs et les conventions classiques de gameplay comme langage, le titre finissait par dépeindre une machine folle alimentée à la fois par l'avidité des consommateurs et des actionnaires. Operation : Pedopriest est tout aussi exemplaire même si le ton clairement satirique adopté par les auteurs les emmène sur une pente extrêmement glissante, certains diront à la limite du mauvais goût. Mais malgré les écueils évidents que présentait le sujet (le documentaire de la BBC dont est inspiré le titre avait lui aussi attiré les foudres de la classe politique italienne), la Molleindustria dit être surprise par ce récent développement. "Nous pensions recevoir quelques réactions délirantes de chrétiens fondamentalistes. Pas que le gouvernement s’en mêle, explique Paolo Pedrecini, l'un des designers, au journal Libération. Ça doit être difficile à comprendre pour quelqu’un qui vit dans un Etat laïque comme en France. Mais ici, l’Eglise n’a pas grand-chose à voir avec la spiritualité, c’est une force politique qui opère de la même façon que la Mafia."
Selon lui, cette interdiction serait symptomatique de l'existence d'un courant de puritanisme extrême en Italie. Luca Volontè est ainsi qualifié de "député le plus homophobe", organisateur de croisades "contre l’avortement, la RU-486, le darwinisme, etc." Pedrecini cite également de nombreux exemples de spectacles librement inspirés de thèmes chrétiens ayant été interdits ou menacés d'interdiction dans le pays. Mais le sort d'Operation : Pedopriest suscite d'autres interrogations. Dans la foulée de l'affaire Manhunt 2, le jeu vidéo serait-il interdit de contenu un tant soit peu explicite ? Le médium ne serait-il pas encore assez mûr pour aborder ce genre de sujet ? Peut-on parler de tout dans un jeu vidéo ? A cette question précise, posée par Libération, Pedrecini répond que tout est "question de traitement." Liz Losh, spécialiste de la rhétorique numérique à l'université d'Irvine, en Californie, estime justement que la création d'un jeu centré sur le problème de l'abus sexuel est "risquée." "Aux Etats-Unis, les équations déjà établies entre pratiques numériques et criminalité connectent les activités quotidiennes de partage de fichiers et l'utilisation des sites de rencontres et de contact avec l'exploitation sexuelle de mineurs, explique-t-elle sur son blog. En traitant ce genre d'abus sur le mode du cartoon, les artistes numériques manquent peut-être une occasion de rendre leur critique plus persuasive. Je comprends qu'ils voulaient probablement retirer à l'acte en lui-même tout élément séduisant ou érotique […] mais la métaphore potentiellement puissante offerte par le jeu en devient triviale." Mission cependant accomplie pour le collectif puisque malgré l'interdiction décrétée par le gouvernement italien, Operation : Pedopriest continue son chemin sur la toile via le site Newgrounds. "Nous n’avons pas besoin de défendre le jeu, constate Pedrecini, il est déjà sur le Web de façon virale."
Figure-phare du newsgaming, un mouvement visant à utiliser le jeu vidéo non pas à des fins de divertissement mais pour la transmission de messages et d'idées, La Molleindustria n'en est pas à son coup d'essai en matière d'activisme vidéo-ludique coup de poing. En février 2006, l'association lançait en effet le McDonald's Videogame, regard ultra-critique sur le géant américain du fast-food déguisé en jeu de stratégie temps réel. Exemplaire dans sa manière d'utiliser les mécanismes interactifs et les conventions classiques de gameplay comme langage, le titre finissait par dépeindre une machine folle alimentée à la fois par l'avidité des consommateurs et des actionnaires. Operation : Pedopriest est tout aussi exemplaire même si le ton clairement satirique adopté par les auteurs les emmène sur une pente extrêmement glissante, certains diront à la limite du mauvais goût. Mais malgré les écueils évidents que présentait le sujet (le documentaire de la BBC dont est inspiré le titre avait lui aussi attiré les foudres de la classe politique italienne), la Molleindustria dit être surprise par ce récent développement. "Nous pensions recevoir quelques réactions délirantes de chrétiens fondamentalistes. Pas que le gouvernement s’en mêle, explique Paolo Pedrecini, l'un des designers, au journal Libération. Ça doit être difficile à comprendre pour quelqu’un qui vit dans un Etat laïque comme en France. Mais ici, l’Eglise n’a pas grand-chose à voir avec la spiritualité, c’est une force politique qui opère de la même façon que la Mafia."
Selon lui, cette interdiction serait symptomatique de l'existence d'un courant de puritanisme extrême en Italie. Luca Volontè est ainsi qualifié de "député le plus homophobe", organisateur de croisades "contre l’avortement, la RU-486, le darwinisme, etc." Pedrecini cite également de nombreux exemples de spectacles librement inspirés de thèmes chrétiens ayant été interdits ou menacés d'interdiction dans le pays. Mais le sort d'Operation : Pedopriest suscite d'autres interrogations. Dans la foulée de l'affaire Manhunt 2, le jeu vidéo serait-il interdit de contenu un tant soit peu explicite ? Le médium ne serait-il pas encore assez mûr pour aborder ce genre de sujet ? Peut-on parler de tout dans un jeu vidéo ? A cette question précise, posée par Libération, Pedrecini répond que tout est "question de traitement." Liz Losh, spécialiste de la rhétorique numérique à l'université d'Irvine, en Californie, estime justement que la création d'un jeu centré sur le problème de l'abus sexuel est "risquée." "Aux Etats-Unis, les équations déjà établies entre pratiques numériques et criminalité connectent les activités quotidiennes de partage de fichiers et l'utilisation des sites de rencontres et de contact avec l'exploitation sexuelle de mineurs, explique-t-elle sur son blog. En traitant ce genre d'abus sur le mode du cartoon, les artistes numériques manquent peut-être une occasion de rendre leur critique plus persuasive. Je comprends qu'ils voulaient probablement retirer à l'acte en lui-même tout élément séduisant ou érotique […] mais la métaphore potentiellement puissante offerte par le jeu en devient triviale." Mission cependant accomplie pour le collectif puisque malgré l'interdiction décrétée par le gouvernement italien, Operation : Pedopriest continue son chemin sur la toile via le site Newgrounds. "Nous n’avons pas besoin de défendre le jeu, constate Pedrecini, il est déjà sur le Web de façon virale."
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06.01.2009
05.01.2009
20.12.2008
18.12.2008
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