En guise d'adieu à leur carrière duo, Harmonix et Red Octane livrent un faux add-on privilégiant la superficialité à la profondeur, une simple obligation contractuelle remplie vite fait vite fait en attendant les futurs Rock Band et Guitar Hero III.
Dès le titre, il y a quelque chose de très désagréable à propos de ce projet : cette fixation sur les années 80, comme si cette époque soumise à la dictature des hit-parades et des synthés avait quelque chose de particulièrement excitant à proposer aux fans de musique. Bien sûr, on comprend facilement ce choix. Guitar Hero Rocks the 80s est là pour à peu près les mêmes raisons que les rediffusions des Enfants de la Télé ou les coffrets Capitaine Flam : rouvrir le coffre à jouets et s'enivrer du délicieux mais souvent vain parfum de la nostalgie. Problème : il n'est plus alors question de sélectionner les meilleurs morceaux mais plutôt les plus aptes à faire pleurer la madeleine. Deuxième problème : mes années 80 n'étaient pas forcément tes années 80. Moi, c'était les Depeche Mode, Kim Wilde, Madness ou A-ha. Aux Etats-Unis, visiblement, c'était plutôt Skid Row, Asia, The Vapors ou Ratt, des noms évocateurs et, pour la plupart, passés depuis longtemps aux oubliettes de l'Histoire. Non pas que l'on ne puisse trouver dans la setlist quelques mélodies sympathiques, mais le plaisir ressenti ici est plutôt celui de l'auditeur qui trouve un morceau "pas mal" tout en sachant pertinemment qu'il ne lui viendrait jamais à l'esprit de l'écouter dans d'autres circonstances.

Reste le jeu qui, lui, n'a pas pris une ride. A vrai dire, Rocks the 80s n'offre qu'un nombre extrêmement minimal de changements par rapport à Guitar Hero II : vidéo d'intro à peine modifiée, quelques menus rhabillés, nouveaux costumes pour les personnages. Pire, en fait : le couple Harmonix / Red Octane lui-même semble distant, et même cynique. Au programme, seulement trente morceaux (contre 64 pour Guitar Hero II PS2, et 74 pour la version Xbox 360) et aucun bonus : service minimum. Il y a également quelque chose de très pervers dans la manière qu'a le titre d'aligner les vieux tubes un peu honteux – voire, soyons honnête, les daubes – tout en s'en moquant. "L'important n'est pas de chanter juste mais de chanter aigu," affirme l'une des petites maximes qui accompagnent les écrans de chargement. "Si vos cheveux bougent quand vous faites du headbanging, c'est que vous n'avez pas mis assez de gel," lance malicieusement une autre, achevant de confirmer que ce faux add-on privilégie avant tout les apparences et la superficialité à la profondeur.

Guitar Hero Rocks the 80s représente cependant un titre à part dans la biographie du duo créateur de la série. C'est en effet le dernier sur lequel le développeur (Harmonix) et le fabricant de périphériques (Red Octane) ont travaillé ensemble, le dernier avant le split qui a vu le premier partir chez MTV / Electronic Arts pour travailler sur Rock Band et le second, au contraire, rester avec Activision et plancher sur l'inévitable Guitar Hero III, désir de nouveauté contre retraite pépère et dividendes faciles d'une série désormais reconnue comme véritable machine à fric. Tout le monde essaie de faire de son mieux mais la tête est déjà ailleurs, plus préoccupée par les prochains projets que par ce qui s'impose comme une simple obligation contractuelle. Rocks the 80s, en somme, est l'album de la séparation. Certains se sortent très bien de cet exercice (voir l'éblouissant Strangeways, Here We Come des Smiths), d'autres sont déjà passés à autre chose et livrent une copie passable à laquelle seuls les fans de plus longue date accorderont quelque clémence.


[Image de une : l'immense groupe américain Poison, inclus dans la setlist du titre]