Tandis que la série désormais orpheline des Katamari Damacy perd sérieusement de sa saveur, le designer Keita Takahashi travaille sur un nouveau concept intrigant exhibant déjà la fantaisie, l'humour et le charme naïf de son auteur.
"Rouler sur des objets est tellement fun… Qui l'aurait cru ?" lance à un moment le Prince du Cosmos dans Beautiful Katamari, dernier épisode de la série sorti récemment aux Etats-Unis et au Japon. Oui, qui l'aurait cru ? Certainement pas Namco, qui n'aurait apparemment affiché que peu de confiance dans le concept durant le développement de Katamari Damacy. Et qui, désormais, semble visiblement ne plus trop savoir quoi faire de cet univers, abandonné par son créateur Keita Takahashi depuis le second volet. Désireux de ne pas bouleverser une recette dont les ingrédients essentiels demeurent un mystère, l'éditeur / développeur offre du coup un remake appliqué mais bien trop prudent des originaux, un titre en hibernation artistique n'attendant qu'un peu de folie pour véritablement retrouver son souffle.

Pas question, pourtant, d'espérer un retour aux commandes de Takahashi. En introduction d'une conférence tenue il y a un peu plus d'une semaine au salon anglais GameCity, le créateur a reconfirmé qu'il en avait "plus qu'assez de Katamari Damacy," avant également d'avouer ne rien savoir du futur du jeu vidéo et ne même pas être capable de définir le terme. Confortable dans son rôle de designer de marge, capable aussi bien de créer des T-shirts que des espaces de jeux pour enfants, Takahashi a ainsi présenté son nouveau projet, dont on avait déjà un peu entendu parler en juillet dernier, durant l'évènement Playstation Premiere 2007 à Tokyo. Nobi Nobi Boy, c'est son nom, met en scène une drôle de créature quadrupède capable d'étirer son corps à l'infini, une idée simple que le créateur aurait tiré du réel. "On trouve beaucoup de petites choses dans la vie de tous les jours, a-t-il confié au magazine Gamespot. Par exemple, lorsque je promène des chiens, la laisse peut s'allonger et se rétrécir, et ça a été l'une des inspirations que j'ai eues pour mon jeu."

Une vidéo de la présentation hébergée sur le site Gamersyde confirme cependant l'état encore très peu avancé du projet, développé exclusivement pour la Playstation 3 ("Faire du multiplateforme nécessite du travail supplémentaire," explique Takahashi, citant entre autres les spécifications de la console pour justifier son choix). A l'écran, la créature s'agite dans un espace grisâtre uniforme peuplé d'animaux familiers tels que chiens, chats, cochons ou poules, lesquels vagabondent sans but apparent. Etirant son corps, Nobi Nobi peut prendre certains d'entre eux au lasso, les rassembler en troupeau ou les avaler, les faisant alors émerger intacts à l'autre extrémité. Trois joueurs, enfin, peuvent participer à la même session, semant une véritable zizanie au sein de la curieuse ménagerie.

Difficile de ne pas ressentir une certaine perplexité à la vision de cette séquence ; après tout, le titre s'apparente actuellement plus à un concept expérimental qu'à un véritable jeu à proprement parler. Il y a cependant beaucoup de choses intrigantes dans Nobi Nobi Boy : les rires du public en réaction aux facéties du personnage et du moteur physique, un concept dingue ne demandant qu'un peu d'habillage et de direction pour peut-être à nouveau exploser, un univers exhibant déjà la fantaisie, l'humour et le charme naïf de son auteur. Malgré les menaces de changement de carrière et les idées noires sur l'industrie jeu vidéo ("Jusqu'à maintenant, je ne m'y suis pas beaucoup amusé," affirme-t-il chez Gamespot), rien ne semble donc avoir changé chez Takahashi. Y compris en ce qui concerne ses relations avec Namco. "Ce qui est drôle, c'est que je n'ai pas encore réussi à expliquer le concept à qui que ce soit, pas même à mon patron, a-t-il déclaré durant la présentation. Moi, je trouve ça amusant."

Nobi Nobi Boy est attendu sur Playstation 3 à une date encore inconnue.