Même si elle garde une certaine efficacité, la série, reprise par l'équipe Tony Hawk, a changé : plus fade, remplaçant les solos virtuoses par des riffs à répétition et exhibant une attitude de faux rebelle agaçante, Guitar Hero III a perdu de son esprit rock.
On l'attendait au tournant ce nouveau Guitar Hero, et ce pour plusieurs raisons. Un, celui-ci fait suite au médiocre Rocks the 80s, add-on superficiel et un peu vain, obligation contractuelle prise par-dessus la jambe par les créateurs historiques du concept. Deux, Legends of Rock est le premier volet de la série non développé par Harmonix, parti chez MTV travailler sur l'autrement plus ambitieux Rock Band. Certes, Red Octane est toujours là, mais ces derniers semblent plus impliqués dans la fabrication des guitares que dans le développement lui-même. Aux commandes, donc, un remplaçant sorti de l'écurie Activision : Neversoft, studio probablement compétent, mais que l'on connaît plus pour sa capacité à débiter du Tony Hawk au kilomètre que pour son expérience du jeu musical.

Autant énoncer l'évidence tout de suite : Guitar Hero a changé. Subtilement, bien sûr, les bases du gameplay étant restées strictement les mêmes, mais une nouvelle tendance à privilégier la compétition et le challenge, visible dès la cinématique d'introduction, se dessine néanmoins. Le tout nouveau mode "bataille," librement inspiré de Mario Kart, en est l'exemple parfait. En jouant parfaitement certaines séries de notes, chacun des deux duellistes accumule des "armes" (corde cassée, notes clignotantes, inversion des boutons…) qu'il peut ensuite envoyer à l'adversaire dans le but de lui faire rater son morceau. Non seulement l'exercice est barbant, il est également hors-sujet, puisque n'ayant plus grand-chose à voir avec la compétence pure au manche ou, tout simplement, le plaisir de jouer un bon morceau. La difficulté, par ailleurs, a nettement été relevée. A ceux qui avaient terminé le mode expert de Guitar Hero II, Neversoft offre non pas un défi mais un mur, une poignée de titres qui, au niveau le plus complexe, testent les limites physiques des doigts et du poignet.

La nouvelle setlist supporte d'ailleurs ce choix. Mélodies aériennes et solos virtuoses sont clairement en voie de disparition, remplacés par la vitesse pure ou la répétition de riffs, quand ces derniers n'évoquent pas parfois les pires moments de Guitar Hero II (au hasard, Freya ou Butthole Surfers). Parmi les morceaux les plus épuisants, on notera surtout le rock poids lourd de Slipknot ou Disturbed, ou le thrash metal (metal poubelle ?) de Slayer, se terminant sur deux minutes de cacophonie rageuse. Ailleurs, le Kool Thing de Sonic Youth ou le Knights of Cydonia de Muse, pourtant deux titres extraordinaires, se révèlent royalement chiants, et on préfère de loin avoir les Smashing Pumpkins dans son lecteur MP3 que dans sa Xbox 360 ; en clair, ce qui est intéressant à écouter ne l'est pas forcément à jouer. Mais faut-il s'étonner de cette confusion des objectifs au moment alors que la série, plus populaire que jamais, est exploitée en parallèle par Activision comme authentique moyen de vendre de la musique ?

Ceci étant dit, on trouvera néanmoins dans Guitar Hero III de quoi satisfaire son envie de rock'n'roll. Les mécanismes de base, toujours aussi efficaces, continuent à faire mouche, et le titre propose quelques grands moments : le surpuissant One de Metallica, malgré sa difficulté, les ludiques Cliffs of Dover et La Grange, d'Eric Johnson et ZZ Top respectivement, ou My Name is Jonas de Weezer. La présence d'un vrai mode en ligne, permettant de jouer en coopératif ou en duel via Internet, aide également à rafraîchir un peu la formule. On ne peut cependant s'empêcher de trouver à l'ensemble une certaine fadeur, en plus d'un côté faux rebelle agaçant symbolisé par la présence au générique d'une version atroce d'Anarchy in the U.K., beuglée par des Sex Pistols vieillissants spécialement reformés pour l'occasion (en or). Guitar Hero deviendrait-il plus toc que rock ? Ironiquement, c'est là l'histoire que Neversoft choisit de raconter via les vignettes animées du mode carrière : l'ascension fulgurante d'un groupe garage sympa qui, après avoir vendu son âme au diable pour un contrat et connu les sommets, entame désormais une inquiétante descente aux enfers.