Pour son premier titre sur Playstation 3, le studio Naughty Dog (Crash Bandicoot, Jak & Daxter) offre une semi-réussite. Le gameplay sent le réchauffé mais la grande aventure, elle, est bien là, plutôt Bob Morane qu'Aventuriers de l'Arche Perdue.
Parmi toutes les promesses plus ou moins fantasmatiques délivrées par Sony lors de la grande première de la Playstation 3 en mai 2005, il y en a tout de même au moins une qui semble être en passe de se réaliser : celle de proposer une machine de divertissement à l'intersection des univers du jeu vidéo et du film, concept symbolisé, entre autres, par l'emprunt de la police de caractères Spider-man. Il y a deux mois, c'était Heavenly Sword qui se rêvait superproduction heroic fantasy, grandes idées et cinématiques impressionnantes mais tout, tout petit jeu. Uncharted, lui aussi, affiche fièrement ses ambitions grand écran, particulièrement dans les making of qui peuplent la section bonus du disque Blu-Ray : désir de rendre hommage au classique film d'aventures, importance du scénario et de l'attachement du joueur aux personnages, embauche d'acteurs expérimentés pour la motion capture…

Mais contrairement à Heavenly Sword, le jeu, lui aussi, est bien là. Enfin, presque là. Lorgnant de toute évidence du côté du Tomb Raider-like, Uncharted propose un mélange de plateforme, de résolution d'énigmes et de combat. Beaucoup (trop) de combat. On voudrait chasser les indices, déjouer des pièges, déchiffrer des codes, explorer des caveaux centenaires – bref, jouer les aventuriers –, mais un nombre invraisemblable d'adversaires oblige en permanence à sortir les flingues (ou les fusils à pompe, ou les lance-grenades…), et les soupirs permanents du héros ("ces types sont partout !" ou "c'est une plaisanterie !") deviennent rapidement les nôtres. Plus sérieux, Uncharted rappelle en permanence des choses déjà jouées, généralement bien meilleures. On a parlé de Tomb Raider, mais c'est surtout la liberté extraordinaire permise par Assassin's Creed que fait regretter le titre, dont le héros ne possède ni la souplesse, ni la grâce d'Altaïr. Et puisque la plus grande partie de l'aventure est passée gun à la main, difficile de ne pas mentionner Gears of War : on retrouve ici la visée par-dessus l'épaule, la gestion de la couverture, et même, dans certains niveaux, les codes esthétiques du méga-hit d'Epic. Mais sans le punch qui continue, quelques semaines après la sortie de la version PC, à caractériser l'original.

Il serait donc facile de classer Uncharted dans la catégorie des jeux arrivés un peu tard et de passer à autre chose. Ceci dit, malgré le bombage de torse de rigueur exhibé dans les fameux making of (un jeu "unique," des choses "que vous n'avez jamais vues auparavant"), les ambitions du studio étaient somme toute assez modestes. Car c'est avant tout des pulp movies, l'équivalent cinématographique du roman de gare, que les créateurs ont puisé leur inspiration. Et sur cet aspect, le titre est quasi-irréprochable : il y a une grande chasse au trésor de ruines aztèques en cités abandonnées, des rebondissements, une romance naissante, et même une pointe de fantastique. Plus Bob Morane qu'Indiana Jones, Uncharted assume son absence de génie avec une honnêteté désarmante et, tout en restant à bonne distance du chef d'œuvre, livre une grande aventure distrayante en 16/9 et son 5.1, dans un genre auquel le jeu vidéo s'intéresse finalement assez peu. Une semi-réussite, en somme : si Heavenly Sword était la superproduction creuse et barbante, Uncharted est la série B sympathique, entièrement dispensable, mais dont le charme sincère séduit inexplicablement un soir de zapping paresseux.