Première déclinaison sur consoles new gen, le titre expérimente avec la notion d'open world popularisée par GTA et impose une expérience différente, quitte à s'éloigner de ce qui faisait une partie de l'identité – et de l'attrait – de la série. Drôle de virage.
"Avec chaque jeu Criterion, notre objectif est d'aller de l'avant de créer quelque chose n'ayant jamais été fait jusqu'à présent. Quand nous entendons les gens débattre de quel Burnout était le meilleur, nous ne pouvons que sourire. Ils sont tous différent, et c'est ce que nous voulions." Cette phrase d'Alex Ward, directeur artistique du studio Criterion Games, en réponse aux critiques émises par les joueurs après la diffusion de la démo de Burnout Paradise en décembre dernier annonce la couleur ; pour sa cinquième itération, la série a pris un virage osé, c'est le moins qu'on puisse dire. En lieu et place d'une structure traditionnelle par niveaux et par circuits, Paradise balance le joueur dans un gigantesque centre urbain à l'américaine avec son downtown quadrillé, ses voies rapides et sa banlieue pleine de tracés sinueux, une fusion évidente avec les open world à la Grand Theft Auto qu'avait déjà tenté, avec un certain succès, Test Drive Unlimited en 2006. Envolée toute linéarité de la progression solo : le joueur navigue dans Paradise City où bon lui semble, s'arrête quand il veut à n'importe quelle intersection pour déclencher une épreuve et, de manière générale, dispose d'une liberté totale quant à la manière de gagner ses galons de pilote chevronné.

L'approche est audacieuse, et elle a au moins le mérite d'ouvrir des perspectives intéressantes. Plus besoin de menus de sélection (ou très peu) puisque la ville, pur élément de jeu, se mue en interface utilisateur, poussant l'immersion à des niveaux rarement atteints jusqu'à présent, ce qui est relativement nouveau pour un jeu de course automobile. C'est le mode online qui bénéficie particulièrement de ce procédé : un appui sur un bouton et la cité, votre cité, se peuple d'adversaires humains, se tirant la bourre et mettant le boxon général dans les rues en attendant le lancement d'une course. Comme beaucoup d'expériences, cependant, le dernier Burnout s'aventure occasionnellement sur des chemins douteux, voire dans des culs-de-sacs. Le problème de la navigation dans des espaces complexes et grands ouverts tels que celui de Paradise City, par exemple, est loin d'être résolu. Louper sa sortie ou son virage au beau milieu d'une intersection en étoile sont des déboires courants, tout comme le crash inévitable qui accompagne généralement le coup d'œil à grande vitesse sur le minuscule plan relégué dans le coin bas gauche de l'écran. Autant d'erreurs qui pardonnent peu, particulièrement en réseau ; d'un jeu de course et d'arcade, Burnout est devenu un jeu de mémorisation, récompensant moins les as du volant que les bisons futés ayant su trouver les bons raccourcis et éviter les bouchons.

Peut-être plus décevante est la baisse générale de rythme constatée dans ce nouveau volet. Mis à part l'aspect collection (barrières et panneaux à défoncer, principalement), la ville est finalement pauvre en opportunités de jeu, un univers ronronnant que seules les excellentes – et trop rares – courses-poursuites contre les véhicules bonus viennent animer. Les accidents, éléments intégraux du gameplay dans les derniers épisodes de la série, redeviennent ici de pénibles formalités sans le fameux aftertouch permettant de donner une petite impulsion (parfois suffisante pour entraîner un adversaire dans sa chute) à son épave. Sans même parler de la regrettable absence du mode Crash, remplacé par un Showtime plus qu'anecdotique. Alors bien sûr, on pourra toujours confirmer que les épreuves elles-mêmes (finalement très similaires à celles des précédents volets malgré l'ajout de quelques nouveaux modes) gardent en grande partie intactes leur fougue et leur fièvre. Reste tout de même une question importante : qu'a véritablement apporté la fusion avec l'open world ? Des pistes intéressantes mais aussi des dérapages pas vraiment contrôlés et des omissions scandaleuses, un Burnout privilégiant la méthodologie à l'instinct, plus posé et, osons le dire, plus sage. Ce qui, même si Paradise ne manque pas de moments de bravoure et de fun débridé, est certainement la dernière chose que l'on espérait d'un épisode de la série.