Excédés par la frilosité de la direction, les actionnaires devraient "sauter" sur l'offre hostile lancée par EA, selon les analystes. Affaire (presque) classée, donc, et place aux interrogations du futur : les Rockstar, Meier ou Levine accepteront-ils l'assimilation ?
Techniquement qualifiée d'hostile, puisque s'adressant directement aux actionnaires en contournant complètement la direction, l'opération annoncée hier par Electronic Arts propose le rachat public d'actions au prix de 26 dollars par unité, soit une offre similaire à celle annoncée fin février dernier et promptement refusée par Take Two. Le géant américain, visiblement toujours aussi déterminé, met ainsi à exécution des menaces formulées il y a deux semaines : s'il parvient à acquérir une majorité d'actions par ce biais, il aura alors tout loisir de voter la mise en place de son propre directoire et, ainsi, de prendre le contrôle de la société. Sous la pression, Take Two doit du coup céder un peu de terrain. Alors qu'il avait refusé la poursuite des négociations jusqu'à la sortie de Grand Theft Auto IV fin avril, l'éditeur indique désormais qu'il se laisse dix jours pour examiner la proposition d'Electronic Arts et, en attendant la prise de nouvelles décisions, recommande aux actionnaires l'immobilisme total sur les marchés financiers.
Le pouvoir de persuasion de Take Two apparait cependant de plus en plus faible alors que les actionnaires, justement, n'ont jamais été aussi agités que durant ces derniers jours. La semaine dernière, l'un d'entre eux a ainsi saisi la justice, reprochant aux conseil d'administration d'avoir refusé l'offre d'Electronic Arts sans avoir consulté personne, tout en votant au passage des augmentations de salaires et des bonus généreux en cas de vente de la société. D'après des documents officiels épluchés par le New York Times, le montant total des compensations devrait monter à 16.5 millions de dollars pour l'équipe dirigeante contre 3.8 millions de dollars précédemment. Plusieurs analystes estiment du coup que les actionnaires vont "sauter sur l'occasion"… ce que certains ont d'ailleurs déjà fait. Lundi dernier, on a appris que les deux plus gros actionnaires Take Two avaient réduit de manière très significative leur participation au capital de l'éditeur. Oppenheimer Funds est ainsi passé d'une participation de 23% à 11.5%, soit une vente de 8.8 millions d'actions. FMR LLC, pour sa part, est passé de 14.7% à un minuscule 2.75%. "[Concernant l'offre d'EA], ils ont voté avec leurs pieds, expliquait l'analyste Michael Pachter chez Reuters. Ils savent qu'ils n'ont aucun moyen de [faire monter les enchères]." Take Two avait pourtant laissé entendre que la société avait suscité l'intérêt d'autres acheteurs potentiels, mais aucune proposition concrète concurrente ne s'est matérialisée jusqu'à présent.
Sans surprise, les discussions s'intéressent désormais moins aux conclusions possibles de l'affaire qu'aux retombées d'une transaction considérée comme quasi-inévitable. En particulier, c'est le futur du pool créatif Take Two qui suscite le plus d'interrogations. Ce n'est pas pour rien qu'Electronic Arts multiplie les promesses et même les flatteries depuis quelques jours : en cas de rachat hostile et de désaccord significatif avec la nouvelle direction, les Rockstar, Sid Meier ou Ken Levine pourraient parfaitement décider de quitter le navire, emportant avec eux un savoir-faire évidemment précieux. Concernant cette éventualité, les analystes sont divisés. "On peut partir du principe que les créatifs qui travaillent chez Take Two aiment concevoir des jeux et aiment l'argent, avance le très pragmatique Pachter chez CNN Money. Ils vont étudier la situation avant de prendre toute décision. Est-ce qu'ils auront d'autres opportunités de travailler sur des projets plus ambitieux et mieux payés ? Probablement pas." D'autres attirent cependant l'attention sur l'histoire mouvementée d'Electronic Arts et sur le sort pas toujours enviable des studios rachetés au sein de la méga-corporation (Westwood, Bullfrog, Origin…). Car même si l'entité Bioware / Pandemic semble pour le moment satisfaite de son expérience, le nom d'EA est encore parfois associé à des affaires malheureuses telles que, encore récemment, la fermeture de la branche de Chicago pour n'avoir pu atteindre "des objectifs raisonnables de profitabilité." "EA a changé ses pratiques, mais la société a toujours la réputation de ne pas très bien traiter ses développeurs," estime l'analyste Evan Wilson.
[Image de une : Grand Theft Auto IV, Rockstar / Take Two]
Le pouvoir de persuasion de Take Two apparait cependant de plus en plus faible alors que les actionnaires, justement, n'ont jamais été aussi agités que durant ces derniers jours. La semaine dernière, l'un d'entre eux a ainsi saisi la justice, reprochant aux conseil d'administration d'avoir refusé l'offre d'Electronic Arts sans avoir consulté personne, tout en votant au passage des augmentations de salaires et des bonus généreux en cas de vente de la société. D'après des documents officiels épluchés par le New York Times, le montant total des compensations devrait monter à 16.5 millions de dollars pour l'équipe dirigeante contre 3.8 millions de dollars précédemment. Plusieurs analystes estiment du coup que les actionnaires vont "sauter sur l'occasion"… ce que certains ont d'ailleurs déjà fait. Lundi dernier, on a appris que les deux plus gros actionnaires Take Two avaient réduit de manière très significative leur participation au capital de l'éditeur. Oppenheimer Funds est ainsi passé d'une participation de 23% à 11.5%, soit une vente de 8.8 millions d'actions. FMR LLC, pour sa part, est passé de 14.7% à un minuscule 2.75%. "[Concernant l'offre d'EA], ils ont voté avec leurs pieds, expliquait l'analyste Michael Pachter chez Reuters. Ils savent qu'ils n'ont aucun moyen de [faire monter les enchères]." Take Two avait pourtant laissé entendre que la société avait suscité l'intérêt d'autres acheteurs potentiels, mais aucune proposition concrète concurrente ne s'est matérialisée jusqu'à présent.
Sans surprise, les discussions s'intéressent désormais moins aux conclusions possibles de l'affaire qu'aux retombées d'une transaction considérée comme quasi-inévitable. En particulier, c'est le futur du pool créatif Take Two qui suscite le plus d'interrogations. Ce n'est pas pour rien qu'Electronic Arts multiplie les promesses et même les flatteries depuis quelques jours : en cas de rachat hostile et de désaccord significatif avec la nouvelle direction, les Rockstar, Sid Meier ou Ken Levine pourraient parfaitement décider de quitter le navire, emportant avec eux un savoir-faire évidemment précieux. Concernant cette éventualité, les analystes sont divisés. "On peut partir du principe que les créatifs qui travaillent chez Take Two aiment concevoir des jeux et aiment l'argent, avance le très pragmatique Pachter chez CNN Money. Ils vont étudier la situation avant de prendre toute décision. Est-ce qu'ils auront d'autres opportunités de travailler sur des projets plus ambitieux et mieux payés ? Probablement pas." D'autres attirent cependant l'attention sur l'histoire mouvementée d'Electronic Arts et sur le sort pas toujours enviable des studios rachetés au sein de la méga-corporation (Westwood, Bullfrog, Origin…). Car même si l'entité Bioware / Pandemic semble pour le moment satisfaite de son expérience, le nom d'EA est encore parfois associé à des affaires malheureuses telles que, encore récemment, la fermeture de la branche de Chicago pour n'avoir pu atteindre "des objectifs raisonnables de profitabilité." "EA a changé ses pratiques, mais la société a toujours la réputation de ne pas très bien traiter ses développeurs," estime l'analyste Evan Wilson.
[Image de une : Grand Theft Auto IV, Rockstar / Take Two]
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