Désireux d'obtenir le soutien des indés, Nintendo appâterait en soulignant les avantages de son service par rapport à la concurrence : royalties plus importantes et absence de titres rétro, à l'inverse du Live Arcade qu'un développeur décrit comme "bourré de merdes."
Les commentaires des développeurs interrogés par le magazine anglais Develop, cousin de MCV, révèlent ainsi l'existence de ce que l'article qualifie de "guerre secrète" entre Nintendo et la paire Microsoft / Sony sur la question du jeu vidéo téléchargeable. Annoncé en juin 2007, puis daté pour les Etats-Unis en février dernier, le service WiiWare se positionne en effet directement face au Playstation Network et au Xbox Live Arcade. Et pour séduire les studios, le constructeur japonais n'hésiterait apparemment pas à faire montre d'une agressivité étonnante, appuyant là où les concurrents ont mal. "Nintendo nous a très clairement dit que non seulement nous toucherions des royalties supérieures via WiiWare, nos chances de vendre nos jeux seraient également meilleures – le service ne sera pas envahi de ces titres rétro qui ont ruiné les chances de beaucoup d'indépendants sur le Live Arcade," explique ainsi un développeur anonyme, tandis qu'un autre décrit le service Microsoft comme étant "bourré de merdes."

En novembre dernier, le techno-baba anglais Jeff Minter avait effectivement laissé éclater sa déception après avoir pris connaissance des chiffres de ventes de son dernier titre sur Live Arcade. "Je ne vois aucune raison de continuer à ne serait-ce qu'essayer de créer des jeux quand un remake de Frogger, l'un des pires titres de l'Histoire des jeux d'arcade, peut faire dix fois plus de ventes en une semaine que le Space Giraffe dans lequel nous avons mis tant d'amour et d'effort," s'emportait-il sur son blog personnel. La question des royalties, quant à elle, avait fait débat il y a quelques semaines seulement, suite à la parution d'un article de Kotaku révélant des changements significatifs dans la répartition des recettes Live Arcade. Au lieu des 70% accordés jusque-là aux développeurs, on parle désormais d'un taux situé entre 35 et 45% suivant le volume de ventes, une baisse prétendument compensée par la prise en charge par Microsoft d'une partie des coûts annexes (localisation, demande de classification des projets auprès de l'ESRB ou de la PEGI, etc.). La pilule, cependant, est assez mal passée chez les intéressés. "Dans les faits, ce changement dans la répartition des recettes interdit le Xbox Live Arcade aux développeurs indépendants car tous ceux qui auraient pu tout juste rentrer dans leurs frais ne le peuvent désormais plus," estime Jake Simpson, vétéran passé entre autres chez Midway, Maxis et Raven Software.

Malgré la grogne, le service Microsoft et ses dix millions d'abonnés semblent néanmoins rester (pour le moment, en tous cas) une destination attirante pour studios et éditeurs de moyenne envergure. La future extension de Puzzle Quest, dévoilée hier, est ainsi uniquement annoncée pour le Live Arcade, bien que le titre original soit sorti sur cinq plateformes différentes, dont le très flexible PC. Surtout, Develop souligne que même sans les jeux purement rétro, relégués au sein de l'offre Virtual Console, les plus petits développeurs devront toujours s'accommoder de la présence de poids lourds tels que Square Enix ou de remakes de concepts populaires tels que le prochain Bomberman. En cela, il n'est pas encore prouvé que WiiWare s'impose comme le paradis indépendant que Nintendo s'attacherait en ce moment à dépeindre. "Avec l'arrivée prochaine d'univers tels que Dr. Mario, Pokémon ou Final Fantasy sur WiiWare, […] je crois que le succès de nouveaux concepts sera déterminé par la capacité des studios modestes tels que le nôtre à se mesurer à des créateurs expérimentés et à des franchises connues," concède ainsi le président du studio canadien XGen.


[Image de une : Dr. Mario WiiWare]