Loin de la fantaisie caractérisant la majorité de la production jeu, un studio tchèque place le joueur sur le siège d'un modeste conducteur de bus. Une expérience singulière et étrangement relaxante, dans un genre plébiscité depuis longtemps par les japonais.
Pour les joueurs plus traditionnels, le nom de SCS Software sera peut-être associé au moteur Prism3D, utilisé par Sunstorm Interactive pour le développement du side-scroller Duke Nukem : Manhattan Project. Pour les autres, la niche des fans dévoués et des amateurs de propositions ludiques exotiques, le studio tchèque est surtout connu pour sa fascination sincère pour l'univers des trucks américains. Depuis 2002, la série des 18 Wheels of Steel (six épisodes à ce jour) place en effet les joueurs derrière le volant de ces mastodontes et sur les highways des States, une expérience à mi-chemin entre la simulation rigide (accrochage parfois périlleux de la remorque, nécessité de respecter des délais tout en adhérant aux limitations de vitesse) et le jeu de gestion (choix des contrats de livraison, entretien de son camion, etc.).
Bus Rider, l'un des derniers titres de SCS, poursuit en grande partie dans cette veine mais fait cette fois du joueur un – surprise ! – conducteur de bus, qu'il s'agisse de ramassage d'écoliers, de service local ou de navette aéroport. Les objectifs, bien sûr, sont différents : veiller au confort des passagers en évitant les collisions (même superficielles) et les freinages trop brusques, respecter les horaires, le code de la route et l'emploi des clignotants, gérer avec rigueur les imprévus tels que l'évitement d'une voiture garée sur la chaussée, etc. Dans une excellente interview réalisée par le site GameSetWatch, Pavel Sebor, PDG du studio, détaille les choix de design qui ont fait de ce concept à priori casse-gueule un certain succès. "A notre grande surprise, les ventes de Bus Driver ont trouvé leur rythme avec le temps, confie-t-il. Quand nous avons créé le jeu, nous pensions que seule une fraction de notre public de fans de simulations de camions serait intéressée par un jeu où l'on conduit un bus. Nous savions qu'il y avait un potentiel, mais nous n'étions pas sûrs qu'une simulation pointue de bus se vende correctement. La décision a été donc prise de rendre le jeu plus accessible pour les enfants afin d'élargir le public potentiel, quitte à fâcher les puristes. Jusque là, le pari s'est révélé payant."
En prenant connaissance du concept, on pense immédiatement à l'incroyable Desert Bus, comparaison injuste puisque ce dernier était surtout pensé comme une parodie. La parenté de Bus Driver doit en fait être cherchée du côté du marché japonais, friand de ce genre de titres. En 1999, la société Fortyfive lance ainsi Tokyo Bus Guide sur Dreamcast, grosso modo la même expérience que le titre de SCS mais dans les rues de la capitale nipponne. Beaucoup plus nombreuses, en revanche, sont les simulations de train : la société Ongakukan, avec Train Simulator, est la première à se lancer sur ce créneau en 1995. C'est cependant la série des Densha de Go!, créée par Taito en 1996, qui se révèlera au final la plus populaire : on compte à l'heure actuelle une quinzaine de titres sur une dizaine de plateformes incluant PC, borne d'arcade, Sega Saturn et Wonderswan, N64 ou l'intégralité de la gamme Playstation. A l'instar de Bus Driver, l'accent est mis sur une certaine rigidité de la simulation : outre le respect des signalisations et la gestion des divers avertissements et annonces, les arrêts en gare doivent se faire à 30 centimètres maximum de la position idéale et à une demi-seconde près de l'horaire convenu. La frontière entre le jeu et l'authentique simulateur est ici ténue ; Ongakukan l'a d'ailleurs franchie en 2006 en réalisant un logiciel d'entraînement pour les employés de la Tokyu Corporation, l'une des plus importantes sociétés de transport ferroviaire des environs de Tokyo.
Reste une question évidente pour beaucoup : pourquoi diable conduire un bus virtuel alors que des alternatives plus excitantes et beaucoup moins accessibles en réalité (pilote de ligne ou de chasse, par exemple) existent ? Même sans le glamour ou la fantaisie qui caractérise 99% de la production jeu actuelle, la démo de Bus Driver (disponible sur le site de SCS) est une expérience non dénuée de challenges qui se révèle également étrangement relaxante, surtout si l'on a pris soin de remplacer la musique du jeu par l'un de ses albums préférés (la pop chaleureuse de Syd Matters colle bien à la familiarité banlieusarde des paysages traversés, mais le choix est entièrement vôtre). Il est également question ici et là de "devoir" ou bien de cette satisfaction du "travail bien fait." En cela, les réactions à l'annonce récente de la sortie américaine du titre chez Kotaku révèlent des thèmes intéressants. "Il y a plutôt intérêt à ce qu'il y ait des piétons dans ce jeu," avertit un lecteur, se voyant déjà semer une panique meurtrière dans les rues. "Enfin on va pouvoir jouer les connards et refuser de stopper à un arrêt plein de gens !" se réjouit déjà un autre. A l'heure où le jeu vidéo devient plus que jamais un espace de liberté quasi-absolue et un réalisateur de fantasmes – y compris les plus inavouables –, ce sont peut-être la discipline stricte et la retenue qui s'imposent à nouveau comme le vrai challenge. "Il a été difficile pour moi de réprimer mes habitudes de joueur de Grand Theft Auto," confie l'un des membres du site Gamedemo.com dans un test vidéo du jeu.
Bus Rider, l'un des derniers titres de SCS, poursuit en grande partie dans cette veine mais fait cette fois du joueur un – surprise ! – conducteur de bus, qu'il s'agisse de ramassage d'écoliers, de service local ou de navette aéroport. Les objectifs, bien sûr, sont différents : veiller au confort des passagers en évitant les collisions (même superficielles) et les freinages trop brusques, respecter les horaires, le code de la route et l'emploi des clignotants, gérer avec rigueur les imprévus tels que l'évitement d'une voiture garée sur la chaussée, etc. Dans une excellente interview réalisée par le site GameSetWatch, Pavel Sebor, PDG du studio, détaille les choix de design qui ont fait de ce concept à priori casse-gueule un certain succès. "A notre grande surprise, les ventes de Bus Driver ont trouvé leur rythme avec le temps, confie-t-il. Quand nous avons créé le jeu, nous pensions que seule une fraction de notre public de fans de simulations de camions serait intéressée par un jeu où l'on conduit un bus. Nous savions qu'il y avait un potentiel, mais nous n'étions pas sûrs qu'une simulation pointue de bus se vende correctement. La décision a été donc prise de rendre le jeu plus accessible pour les enfants afin d'élargir le public potentiel, quitte à fâcher les puristes. Jusque là, le pari s'est révélé payant."
En prenant connaissance du concept, on pense immédiatement à l'incroyable Desert Bus, comparaison injuste puisque ce dernier était surtout pensé comme une parodie. La parenté de Bus Driver doit en fait être cherchée du côté du marché japonais, friand de ce genre de titres. En 1999, la société Fortyfive lance ainsi Tokyo Bus Guide sur Dreamcast, grosso modo la même expérience que le titre de SCS mais dans les rues de la capitale nipponne. Beaucoup plus nombreuses, en revanche, sont les simulations de train : la société Ongakukan, avec Train Simulator, est la première à se lancer sur ce créneau en 1995. C'est cependant la série des Densha de Go!, créée par Taito en 1996, qui se révèlera au final la plus populaire : on compte à l'heure actuelle une quinzaine de titres sur une dizaine de plateformes incluant PC, borne d'arcade, Sega Saturn et Wonderswan, N64 ou l'intégralité de la gamme Playstation. A l'instar de Bus Driver, l'accent est mis sur une certaine rigidité de la simulation : outre le respect des signalisations et la gestion des divers avertissements et annonces, les arrêts en gare doivent se faire à 30 centimètres maximum de la position idéale et à une demi-seconde près de l'horaire convenu. La frontière entre le jeu et l'authentique simulateur est ici ténue ; Ongakukan l'a d'ailleurs franchie en 2006 en réalisant un logiciel d'entraînement pour les employés de la Tokyu Corporation, l'une des plus importantes sociétés de transport ferroviaire des environs de Tokyo.
Reste une question évidente pour beaucoup : pourquoi diable conduire un bus virtuel alors que des alternatives plus excitantes et beaucoup moins accessibles en réalité (pilote de ligne ou de chasse, par exemple) existent ? Même sans le glamour ou la fantaisie qui caractérise 99% de la production jeu actuelle, la démo de Bus Driver (disponible sur le site de SCS) est une expérience non dénuée de challenges qui se révèle également étrangement relaxante, surtout si l'on a pris soin de remplacer la musique du jeu par l'un de ses albums préférés (la pop chaleureuse de Syd Matters colle bien à la familiarité banlieusarde des paysages traversés, mais le choix est entièrement vôtre). Il est également question ici et là de "devoir" ou bien de cette satisfaction du "travail bien fait." En cela, les réactions à l'annonce récente de la sortie américaine du titre chez Kotaku révèlent des thèmes intéressants. "Il y a plutôt intérêt à ce qu'il y ait des piétons dans ce jeu," avertit un lecteur, se voyant déjà semer une panique meurtrière dans les rues. "Enfin on va pouvoir jouer les connards et refuser de stopper à un arrêt plein de gens !" se réjouit déjà un autre. A l'heure où le jeu vidéo devient plus que jamais un espace de liberté quasi-absolue et un réalisateur de fantasmes – y compris les plus inavouables –, ce sont peut-être la discipline stricte et la retenue qui s'imposent à nouveau comme le vrai challenge. "Il a été difficile pour moi de réprimer mes habitudes de joueur de Grand Theft Auto," confie l'un des membres du site Gamedemo.com dans un test vidéo du jeu.
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