Alarmés par la quantité de titres médiocres disponibles sur DS, les japonais semblent redouter un retour de bâton similaire à celui qu'a connu Atari au milieu des années 80, un avertissement ravivant le débat autour du laxisme perçu du contrôle qualité Nintendo.
Interrogé vendredi dernier par le magazine Gamasutra, Yoshiki Okamoto, ex-Capcom créateur du séminal Street Fighter II et fondateur du studio Game Republic (Genji, Folklore…), dit ainsi avoir entendu des "bruits" convoquant "assez fréquemment" le souvenir du crash qu'a connu Atari et, de manière générale, l'industrie américaine du jeu vidéo console au milieu des années 80. "Les gens disent qu'un nouveau 'crash Atari' est à deux doigts d'arriver, raconte-t-il. Et c'est à Nintendo de trouver le moyen d'empêcher ça. Au Japon, nous disons souvent que l'histoire se répète, et il va falloir faire de sérieux efforts pour que ça ne se répète pas cette fois-ci." Pour le designer, l'un des problèmes se situe dans la trop grande quantité de titres disponibles pour la DS ainsi que dans l'arrivée sur le marché du développement de sociétés non expérimentées, alléchées par le parc installé gigantesque de la machine et la perspective de profits faciles. "Toutes sortes de sociétés qui n'ont jamais créé de jeux auparavant s'y mettent, regrette Okamoto. Je veux dire, les coûts de développement sont insignifiants. Et que penser de ce déluge de titres brain training ? Il y en a des tonnes et très peu d'entre eux sont intéressants."

Okamoto n'est pas le seul à avancer cette opinion. En début d'année, Masaya Matsuura, créateur de PaRappa the Rapper et fondateur du studio NanaOn-Sha, confiait à Gamasutra que "côté logiciels, la bulle DS a déjà éclaté selon certaines personnes," suggérant que certains genres populaires au Japon (particulièrement les fameux "programmes d'entraînement") seraient désormais archi-saturés. "[Un studio que je connais a] sorti une sorte de jeu d'apprentissage, offrait-il à titre d'exemple. Le premier s'est vendu à plus de 200.000 exemplaires, mais le second n'a pas dépassé les 8.000." Au-delà du cas DS et de la surabondance potentielle de titres lifestyle se poserait cependant la question plus générale d'un possible manque de contrôle qualité de la part de Nintendo. En septembre 2007, le magazine EGM consacrait ainsi un article au sujet et révélait entre autres que des trois constructeurs présents sur le marché américain, Nintendo était de loin le plus laxiste concernant l'attribution des licences. Selon un recensement effectué il y a quelques jours par le site Gamefunk, 69 titres parmi les 189 que compte la logithèque Wii américaine – soit 37% – seraient "mauvais" (note moyenne inférieure à 60% chez GameRankings) contre seulement 20 – soit 11% – "bons" (note moyenne supérieure à 80% chez GameRankings), quatre d'entre eux étant des portages Playstation 2 ou Gamecube selon le magazine. La Xbox 360 et la Playstation 3 afficheraient respectivement environ 26% de "bons" et 24% de "mauvais" (sur un total de 374 titres), 33% de "bons" et 17% de "mauvais" (sur un total de 122).

Difficile, bien entendu, de tirer des conclusions précises de ces chiffres. En particulier, certains remarquent que les statistiques de GameRankings sont avant tout basées sur les notes accordées par les magazines spécialisés jeu vidéo, un panel critique auquel on a déjà reproché de ne pas savoir "juger" de la qualité des titres plus casual qui constituent l'essentiel de la logithèque Wii. En début d'année, l'un des membres de la paire Tale of Tales (The Graveyard) qualifiait la presse hardcore "d'inadéquate" pour ce type de jeux, opinion partagée un mois plus tôt par la présidente d'EA Casual. "L'idée que les jeux Wii doivent être soumis à des contrôles qualité plus stricts émane avant tout d'une frange vocale de hardcore gamers ne pouvant pas – et ne voulant pas – croire qu'une compilation de mini-jeux rencontre plus de succès sur le marché que leur titre favori," avançait en janvier dernier un analyste interrogé par Gamasutra. Un autre estimait de son côté que l'abondance perçue de jeux médiocres ne serait qu'un phénomène temporaire, les éditeurs tiers (dont on sait qu'ils avaient été surpris par le succès de la machine) n'ayant pas pu capitaliser à temps sur la demande de logiciels. Pour Jesse Divnich, il ne devrait pas y avoir "d'afflux important de titres de qualité venant des éditeurs tiers" avant le quatrième trimestre 2008. Quoi qu'il en soit, si problème véritable il y a, celui-ci ne semble pas (encore ?) concerner Nintendo. Les derniers résultats financiers de la société, annoncés il y a un peu plus d'une semaine, affichent une nouvelle hausse spectaculaire des profits. Le constructeur a également monopolisé les premières places des charts américains du mois de mars ; Wii et DS y dominaient largement leurs concurrentes, tandis que Super Smash Bros. Brawl et ses 2.7 millions d'exemplaires vendus s'imposait très facilement comme meilleure vente du mois.


[Image de une : photo d'écran de Homie Rollerz, titre ayant récolté une note moyenne de 23% chez Metacritic.]