Le premier titre de Platinum Games présenté à l'E3 dernier transporte le beat'em all dans un comic book de Frank Miller : ultra-gore, mais tempéré par une bonne dose de style et d'humour, un OVNI salutaire à venir dans la logithèque tous publics de la Wii.
Le studio japonais, composé en majorité d'ex-Clover, présentait ainsi à l'E3 dernier deux des quatre titres annoncés en mai en partenariat avec Sega. Deux titres à mille lieux du classique Okami, très différents visuellement mais finalement assez similaires. En particulier, c'est la connexion God Hand qui saute initialement aux yeux : même gameplay beat'em all 3D, même excès de violence cartoon, et mêmes touches d'humour décalé. A ce titre, c'est certainement MadWorld, premier titre prévu de l'équipe, qui est le plus proche de ce modèle. Réalisation du vétéran Shigenori Nishikawa, crédité en tant que game designer sur des titres tels que Resident Evil 4 ou Dino Crisis 3, le titre met en scène un antihéros malabar tout droit sorti des comic books de Frank Miller (Sin City, 300), auquel le jeu emprunte d'ailleurs la patte graphique, toute en noir et blanc avec jets de rouge bien sanglants. Celui-ci participe à un jeu télévisé futuriste appelé Death Watch dans lequel les participants s'entretuent pour des sommes d'argent, évidemment simple prétexte à la mise en place d'un gameplay action favorisant les combats et les mises à mort les plus invraisemblables : têtes empalées sur des panneaux de signalisation, ennemis jetés sur des murs de pointes acérées, quand ils ne sont pas tout simplement découpés en rondelles par la tronçonneuse greffée sur le bras du personnage principal, sur fond de remarques débiles dispensés par une paire de commentateurs. Plus c'est brutal et violent, plus le joueur gagne d'argent, lequel peut ensuite être dépensé pour s'équiper en meilleures armes ou multiplié via le passage par des mini-jeux tels que les "fléchettes humaines."

La première pensée qui traverse l'esprit va à Suda 51, le créateur de No More Heroes : si lui et Nishikawa se mettaient ensemble sur un projet, l'univers n'aurait probablement d'autre solution que d'imploser spontanément. La seconde invoque le souvenir de Manhunt 2, un autre jeu ultra-violent, lui aussi prévu pour la Wii, la console des néo-gamers de 7 à 77 ans, et qui avait été très mal accueilli par l'Angleterre et les Etats-Unis à l'époque. A l'instar du titre de Rockstar, MadWorld propose de mimer à la Wiimote et au Nunchuk certaines des fatalités les plus spectaculaires, comme par exemple arracher le torse d'un adversaire à la seule force des bras. Atsushi Inaba, le producteur du titre, fait cependant une distinction fondamentale. "J'adore Manhunt 2 mais ce ne sont vraiment pas les mêmes jeux, nous a-t-il expliqué. La violence s'y exprime dans des contextes différents. Manhunt 2 a un côté sombre et pervers, il y a cette idée de folie du joueur. Dans MadWorld, en revanche, la violence a un côté exagéré et comique, elle semble presque irréelle." Mais malgré son style unique et exubérant, on ne sait pas encore trop quoi penser du titre. Préversion oblige, on imagine, les adversaires se montraient étonnamment peu agressifs, attendant gentiment leur tour de se faire trucider et semblant en général ne pas offrir trop de résistance au joueur. La répétition des mêmes mises à mort, visible dès quelques minutes de jeu, jette également un doute sur l'intérêt à plus long terme du gameplay. MadWorld n'en reste pas moins l'un des jeux les plus intrigants et les plus intéressants du salon même s'il a encore des choses à prouver d'ici sa sortie, programmée pour mars 2009.