Fort de quelques victoires légales décisives, une poignée d'éditeurs dont Atari et Codemasters a décidé d'attaquer le mal à la racine : l'utilisateur lui-même. Une croisade contestée semblant annoncer un certain durcissement de la lutte anti-piratage.
Ce nouveau développement dans la lutte menée par les créateurs et éditeurs de jeu vidéo contre le piratage avait été révélé la semaine dernière via un article paru dans l'édition en ligne du Times. Selon le journal, les sociétés Atari, Codemasters, Reality Pump (Two Worlds), Techland (Call of Juarez) et Topware Interactive entendent ainsi poursuivre directement les utilisateurs anglais soupçonnés de piratage, d'abord via une proposition de règlement amiable d'un montant de 300 livres (environ 375 euros) puis, si l'offre est refusée, devant les tribunaux. Le cabinet Davenport Lyons, qui représente les cinq développeurs et éditeurs, affirme ainsi avoir d'ores et déjà obtenu les coordonnées de 5.000 individus, et cherche actuellement à obtenir des fournisseurs d'accès Internet 20.000 noms et adresses supplémentaires. "Durant ses 14 premiers jours de disponibilité, le Dream Pinball 3D de Topware Interactive a été téléchargé illégalement 12.000 fois mais il ne s'est vendu qu'à 800 copies, a expliqué l'un des avocats. Nous espérons que les gens y réfléchiront à deux fois s'ils risquent de se retrouver au tribunal". Topware n'est d'ailleurs pas étranger à ce genre de recours légal puisque 24 heures plus tôt, la société avait obtenu un verdict de 16.000 livres (environ 20.000 euros) en sa faveur contre une femme de 32 ans accusée d'avoir mis l'un de ses titres à la disposition des internautes. Début juillet, quatre personnes avaient été frappées d'une amende de 2750 livres (environ 3500 euros) après avoir téléchargé illégalement le fameux Dream Pinball 3D. MCV parlait alors de "victoire décisive […] pouvant mener à la condamnation de milliers d'autres adeptes du partage de fichiers".
L'affaire d'aujourd'hui évoque les méthodes très controversées utilisées par la RIAA (Recording Industry Association of America, la SACEM américaine) il y a quelques années. En 2002, face à l'expansion des réseaux de partage de fichiers, l'organisation s'était en effet lancée dans une vaste campagne de répression, sommant les fournisseurs d'accès de révéler les coordonnées de leurs clients et distribuant des lettres à des milliers d'américains suspectés de piratage avec, là encore, la menace d'un coûteux procès si une somme forfaitaire de quelques milliers de dollars n'était pas réglée. Qualifiée ici et là d'extorsion, l'opération s'était surtout révélée être un désastre marketing pour l'organisation : alors qu'enfants, retraités soi-disant fans de gangsta rap ou même personnes décédées (la RIAA avait d'ailleurs généreusement accordé 60 jours de deuil à la famille avant de "discuter du règlement de l'affaire") se retrouvaient ciblés et faisaient la une des magazines, l'un des membres du conseil administratif de l'Electronic Frontier Foundation, une association de protection des droits des internautes, inventait lui le terme de "procès-spam", "parce que c'est plus facile de menacer en masse que de constituer un dossier [...] et de s'assurer que les accusés sont effectivement coupables" selon lui.
On ne s'étonne donc pas trop de constater que les grands éditeurs, eux, restent pour le moment à bonne distance du mouvement. Peu de temps après la parution de l'article du Times, Peter Moore, président d'EA Sports, confirmait ainsi que la société n'avait actuellement aucun projet visant à "courir après les utilisateurs", tout en rappelant l'importance de la lutte contre le piratage. "Je crois qu'il y a de meilleures solutions, par exemple créer des expériences de jeu ôtant à la copie illégale tout son intérêt, déclarait-il chez Eurogamer. Mais s'il y a quelque chose que nous avons appris de l'industrie du disque, c'est qu'on ne se fait pas d'amis en attaquant ses clients". Même discours, à peu de choses près, chez Games Industry : dans un éditorial paru en fin de semaine dernière, le magazine qualifie le piratage de "phénomène extrêmement dommageable et coûteux" mais critique les méthodes employées par Davenport Lyons et ses clients : doutes sur la solidité des "preuves" rassemblées, sur la légalité de l'opération ainsi que sur son efficacité potentielle, craintes quant aux répercussions possibles dans les médias, etc. "Il faut se battre contre le piratage. Se battre avec toutes les armes dont nous disposons – mais en restant honnêtes, propose le magazine. Ce genre de procédés mesquins, détestables et légalement douteux ne fera rien d'autre que de discréditer l'industrie du jeu vidéo". Et le mouvement de durcissement de la lutte anti-piratage, effectivement, semble entamé. Il y a quelques jours, l'ESA (Entertainment Software Association, le SELL américain) annonçait en effet la nomination de l'ex-vice-président des affaires judiciaires de la RIAA au poste de conseiller légal, une nomination qui suscite déjà de nombreuses interrogations même si l'organisation américaine, elle, se réjouit. "Grâce à lui, l'industrie du jeu vidéo est entre de bonnes mains," a déclaré son président.
L'affaire d'aujourd'hui évoque les méthodes très controversées utilisées par la RIAA (Recording Industry Association of America, la SACEM américaine) il y a quelques années. En 2002, face à l'expansion des réseaux de partage de fichiers, l'organisation s'était en effet lancée dans une vaste campagne de répression, sommant les fournisseurs d'accès de révéler les coordonnées de leurs clients et distribuant des lettres à des milliers d'américains suspectés de piratage avec, là encore, la menace d'un coûteux procès si une somme forfaitaire de quelques milliers de dollars n'était pas réglée. Qualifiée ici et là d'extorsion, l'opération s'était surtout révélée être un désastre marketing pour l'organisation : alors qu'enfants, retraités soi-disant fans de gangsta rap ou même personnes décédées (la RIAA avait d'ailleurs généreusement accordé 60 jours de deuil à la famille avant de "discuter du règlement de l'affaire") se retrouvaient ciblés et faisaient la une des magazines, l'un des membres du conseil administratif de l'Electronic Frontier Foundation, une association de protection des droits des internautes, inventait lui le terme de "procès-spam", "parce que c'est plus facile de menacer en masse que de constituer un dossier [...] et de s'assurer que les accusés sont effectivement coupables" selon lui.
On ne s'étonne donc pas trop de constater que les grands éditeurs, eux, restent pour le moment à bonne distance du mouvement. Peu de temps après la parution de l'article du Times, Peter Moore, président d'EA Sports, confirmait ainsi que la société n'avait actuellement aucun projet visant à "courir après les utilisateurs", tout en rappelant l'importance de la lutte contre le piratage. "Je crois qu'il y a de meilleures solutions, par exemple créer des expériences de jeu ôtant à la copie illégale tout son intérêt, déclarait-il chez Eurogamer. Mais s'il y a quelque chose que nous avons appris de l'industrie du disque, c'est qu'on ne se fait pas d'amis en attaquant ses clients". Même discours, à peu de choses près, chez Games Industry : dans un éditorial paru en fin de semaine dernière, le magazine qualifie le piratage de "phénomène extrêmement dommageable et coûteux" mais critique les méthodes employées par Davenport Lyons et ses clients : doutes sur la solidité des "preuves" rassemblées, sur la légalité de l'opération ainsi que sur son efficacité potentielle, craintes quant aux répercussions possibles dans les médias, etc. "Il faut se battre contre le piratage. Se battre avec toutes les armes dont nous disposons – mais en restant honnêtes, propose le magazine. Ce genre de procédés mesquins, détestables et légalement douteux ne fera rien d'autre que de discréditer l'industrie du jeu vidéo". Et le mouvement de durcissement de la lutte anti-piratage, effectivement, semble entamé. Il y a quelques jours, l'ESA (Entertainment Software Association, le SELL américain) annonçait en effet la nomination de l'ex-vice-président des affaires judiciaires de la RIAA au poste de conseiller légal, une nomination qui suscite déjà de nombreuses interrogations même si l'organisation américaine, elle, se réjouit. "Grâce à lui, l'industrie du jeu vidéo est entre de bonnes mains," a déclaré son président.
|
20.11.2008
19.11.2008
18.11.2008
17.11.2008
16.11.2008
14.11.2008
13.11.2008
12.11.2008
11.11.2008
10.11.2008
|













Lire ou participer