Acheter un jeu sur le PS Store ou le Xbox Live sous-entend implicitement une production moins spectaculaire, un jeu 2D rétro ou à l'ancienne. Ce n'est plus vrai. Il est désormais possible d'accéder à toute l'esbroufe d'une grosse production pour un prix modeste.
Depuis le mois d'août, ce petit épisode inédit de Ratchet & Clank fait la démonstration, après Gran Turismo 5 Prologue sortie en mars à 40 € quand même, et avant l'arrivée de WipEout HD (18 €) et du jeu complet Burnout Paradise à 30 € (parce que déjà amorti en magasins), que petit prix ne rime plus avec petite production. Comme le tente Forbidden Siren : Blood Curse vendu en épisodes, et comme le prouve ce Ratchet, l'avenir des grosses productions via l'achat dématérialisé sera sans doute, pour le bien de tous les modes de consommation, morcelé.
Même s'il est aussi vendu en magasin dans une boite normale (25 € et qui nécessite une lourde installation de 4 Go sur le DD de la PS3), c'est sur le PlayStation Store que l'affaire Ratchet & Clank : Quest for Booty devient donc significative. A 18 €, le téléchargement se transforme en aubaine. Évidemment pas pour la durée de l'aventure (quoique, tiers du prix peut être égal à tiers d'une aventure complète) officiellement annoncée "mini" et limitée à quelques heures mais parce que, sans restriction aucune, petit prix et mini aventure ou pas, c'est toute la technologie et le savoir faire artistique du studio Insomniac que l'on acquiert.

Auto calibré
Sans le savoir, à force d'acheter, sur les magasins en ligne des consoles, des rétro jeux ou des jeux substituant aux gros coûts de développement des idées et une patte souvent artistique (les FlOw, Braid, Geometry Wars, LostWinds (WiiWare), PixelJunk Eden, The Last Guy…), les sens se calibrent au prix du téléchargement. Quand, après un petit préambule quand même musclé, l'aventure se lance sur une île luxuriante au bord d'une mer d'un bleu aussi insolent que le ciel balayé par le vol de similis ptérodactyles, Quest for Booty provoque un beau choc sensoriel. Sans chercher à s'inquiéter du temps que durera le jeu (nous verrons bien), d'emblée, la générosité 3D laisse pantois. Le prix d'entrée de l'immersion dans ce bel univers imaginaire n'est donc pas nécessairement de 70 € comme le marché l'impose depuis si longtemps. Les lecteurs attentifs rappelleront qu'une démo jouable, le plus souvent gratuite, offre aussi un accès potentiel à toute la technologie d'un jeu (voir la récente démo de Bioshock sur PS3, digne d'un court métrage interactif, comme l'année dernière sur la Xbox 360). Mais, sans oublier l'épée de Damoclès susceptible de les interrompre à n'importe quel moment, ces démos véhiculent un sentiment d'éphémère et d'incomplet, même quand elles sont complètes.

Force tranquille
Plus modeste de prime abord que le premier épisode sur PS3 (Opération Destruction) sorti fin 2007 qui jetait tout à la figure, à commencer par l'énorme ville du futur à la 5e Élément, Quest for Booty gagne en assurance et en détails. En ralentissant d'emblée le rythme, en renouant avec ses racines de jeu de plate-forme et de petites énigmes d'orientation, le joueur peut justement aller à la découverte de l'environnement sans craindre de se faire agresser. Les textures étonnantes des rochers, les animations de l'eau, des plantes et plus généralement de toute la végétation ne semblent pas avoir de limite en oscillant entre rendu cartoon et réaliste. Ratchet lui-même est d'une finition remarquable. Duvet des oreilles inclus (aucune trace d'aliasing ici comme sur la plupart des conversions Xbox 360 vers PS3), l'animal sur deux pattes bouge avec une souplesse plaçant aussi très haut la barre de l'animation. Une qualité répercutée sans faillir sur toutes les créatures, les petites bêtes fluorescentes qui servent de torches en couinant, les pirates-morts vivants qui atterrissent dans de fabuleux rayons verts, les mécaniques divers et effets de lumières chatoyants.

Congés payés
Les nerveux du pad que Ratchet a pris l'habitude de solliciter en augmentant régulièrement les phases de tir et d'action y verront sans doute des vacances forcées alors qu'il est peut-être question de maturité. Sans Clank, disparu au début du jeu, mais en compagnie d'une nouvelle alliée, Ratchet doit commencer par explorer l'île pour réactiver des grandes Éoliennes. Bâtiments mystérieux surplombant l'horizon qui, chacun à peu près unique, se transforment en épreuve de jeu de plate-forme. Avec ses boots magnétiques, Ratchet suit ainsi des parcours verticaux en évitant quelques pièges. Rien de bien méchant, il n'a pas encore ses armes, justement, mais quand même une belle générosité dans la mise en scène. La suite enchaîne alors visites dans des cavernes et retours sur l'île et, à terme, Ratchet récupère progressivement son étonnant armement (dont une projection de Tornade qu'il faut diriger avec la fonction SIXAXIS et une aptitude à tracter et déplacer avec un rayon les plate-formes sur lesquelles il doit sauter au-dessus des vides). Des séquences de tir à la 3e personne, de près ou de loin, ou de beat'em all relaché brouillonnes mais toujours techniquement impeccables, interviennent régulièrement. L'extrême fluidité du programme se confirme alors à chaque nouvelle situation. Aucune interruption entre les phases réjouissantes de glisses sur monorail toboggans et les phases pédestres. L'accès aux nombreuses armes est aussi instantané en pleine action que celui de l'inventaire, tout en 3D généreuse, qui reprend le design de Opération Destruction. Encore une fois, le prix d'admission ne bride en rien le jeu. Et si l'aventure peut sembler courte par rapport à un jeu "complet", la satisfaction d'en avoir vu la fin, contrairement au jeu "complet", payé pour rien en intégral par une majorité de consommateurs, n'a pas de prix.

Vieux frères
La qualité technique tout de même assez bluffante de Ratchet sur PS3 confirme, avec une relative discrétion, et après la série plus adulte des Resistance: Fall of Man, à quel point le studio Insomniac est devenu un pilier de la PlayStation 3. Et il génère un petit regret dans ses marges. À, déjà, une autre époque, Insomniac restait dans l'ombre d'un studio voisin, et même cousin, dont les deux premiers Jak & Daxter avaient pris sans négocier la vedette devant Ratchet sur PlayStation 2. Après le départ des fondateurs et premiers créatifs, le studio Naughty Dog (à l'origine de Crash Bandicoot sur PlayStation 1 et de l'excellent Uncharted sur PS3, bien sûr), a lâché son couple d'aventuriers laissant progressivement la place au duo d'Insomniac qui, s'il n'a jamais atteint la célébrité de Jak & Daxter, fait la preuve, sur le temps, de sa capacité à durer et même à évoluer. En voyant ce Ratchet & Clank retrouver les joies simples, mais pas simplistes, du jeu de plate-forme, en s'appuyant sur toutes les capacités graphiques de la PS3 comme seuls les studios travaillant exclusivement pour Sony en sont capables, on se prend à imaginer Jak & Daxter encore parmi nous et ayant eux aussi suivis une courbe d'évolution aussi positive. * FBdelaB

* Notre nostalgie n'ira pas jusqu'à souhaiter toutes sortes de déclinaisons moyennes de Jak & Daxter comme en subit le pauvre Crash Bandicoot. Correct, le Daxter en solo confié à un autre studio sur PlayStation Portable suffira.