La course effrénée pour arriver en tête des ventes de fin d'année finit par créer une bousculade suicidaire des sorties. Une des victimes potentielles de cet abus d'affluence : le ride sauvage et le plus efficace sur PS3 depuis WipEout HD.
Exécution
"Ils sont fous ces romains" disait Obélix ou Astérix en voyant les pauvres légionnaires s'agglutiner pour la énième fois en rang serré avant de courir au devant du massacre que va leur infliger, comme toujours, les gaulois chargés en potion magique. Même histoire kamikaze pour les sorties groupées de jeux vidéo tous plus formidables les uns que les autres en fin de chaque année. L'engouement pour le jeu vidéo à peine entamé par la crise économique, ou peut-être même encouragé comme solution de repli, ne saurait suffir à absorber tous les jeux indispensables mis sur le marché. À 60 € le prix d'entrée en moyenne, un gamer citoyen averti a tout intérêt à bien connaitre la pyramide d'importance des sorties. Et à vu de nez, à moins d'être exclusivement amateur de courses motorisées, ce 2e Motorstorm ne fait pas partie d'un peloton de tête d'au moins 10 titres superstars. Ce rush marketing qui pousse les éditeurs à sortir leurs meilleurs jeux avant Noël - et doit tuer à la peine nombre d'équipes de développeurs au passage - condamne forcément une majorité de titres. Surtout qu'à ce petit jeu suicidaire, la compétition se règle aussi à coup de plans médias. A-t-on beaucoup entendu parler de MortorStorm : Pacific Rift ? Non, et encore moins si l'on compare sa médiatisation à celle, hyperbolique, du premier jeu accompagnant la sortie de la console PlayStation 3.

Lost
MotorStorm : Pacific Rift est donc sorti fin octobre dans une discrétion assez étonnante, après un coming out timide et maladroit avec une démo non seulement réservée d'abord à quelques happy few mais, en plus, assez quelconque et donc peu engageante. Quelle surprise alors de constater, une fois le disque complet enfin lancé, qu'il s'agit là d'un jeu faisant beaucoup mieux que son maigre retentissement médiatique ou critique. Un jeu de course off road à l'hystérie mécanique vraiment on et une réalisation technique au top de la frime efficace. Pourtant, le déplacement des courses sauvages post apocalyptique sur une île du pacifique semble un gimmick géographique facile, plus visuel que probant. Surtout que, après les roches arides des gorges et canyons de Monument Valley du premier jeu, la végétation riche et grasse de l'île prouve assez vite et presque vulgairement l'upgrade graphique. Et puis, avant les tracés qui immergeront et confirmeront au ras du sol, les survols aériens dévoilent un paysage vraiment impressionnant. Une Skull Island d'un autre âge où King-Kong pourrait encore être embusqué, une Hawaï déchue dont une des criques abrite peut-être les survivants du vol Oceanic 815 de Lost. Les 16 tracés traversent ainsi des ruines élaborées de tôle et de bois se faisant l'écho d'une civilisation devenue Mad Max, même à l'autre bout du monde. Les tunnels sombres creusés dans la roche volcanique avec, comme seul guide, l'éclat d'un soleil couchant à l'autre bout, les couloirs de verdure qui fouettent la vue capot, de loin la plus efficace en terme d'expérience physique, les sauts-tremplins à travers des cascades mousseuses ou des mares de lave en fusion, continuent de faire un petit effet high-tech sur une PlayStation 3 au meilleur de ses capacités. Surtout que, malgré les incidents de parcours et les crashs dignes des Burnout, les multiples routes, et les voies parfois très larges permettant d'embrasser d'un regard les 16 concurrents simultanés et les horizons toujours pleins, l'affichage hyper fluide ne descend jamais en dessous des 60 images par seconde, celles que l'œil ne peut pas compter mais que la vivacité de l'animation confirme implicitement.

Fire and Ice
On se souviendra que, vite sorti avec la PlayStation 3, le premier MotorStorm s'était retrouvé en première ligne sous une forme solide mais incomplète. Des modes en ligne, ou contre la montre sont arrivés bien plus tard grâce à des mises à jour, comme la fonction de vibration quand la manette DualShock 3 vibrante est enfin sortie au Japon. Ce Pacific Rift, lui, arrive sans surprise et, c'est la moindre des choses, nettement plus structuré. Une centaine d'épreuves rejouent les 16 tracés sous des éclairages et des prétextes convaincants comme l'obligation de terminer sans un certain nombres de crashs, ou "l'Eliminator", que ne renierait pas l'actuel président de la république française, faisant exploser automatiquement le dernier du peloton jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un concurrent en lice. Des redites acceptables parce que le moteur physique du jeu qui donne toujours l'impression d'être au bord de la rupture, ne lâche en réalité jamais prise. Le chaos permanent provoqué par le terrain cabossé, les rampes de lancement, les bouts de pistes bricolés en tôles ondulées, les chocs avec les concurrents et la gestion des amortisseurs des machines, des quads aux Monster Trucks, des motos aux semi-remorques, des buggies aux camionnettes, chaque tour est forcément unique. Jamais 100% contrôlable, presque jamais traitre, le plaisir du pilotage se trouve un équilibre entre perte de contrôles momentanées et reprises en main inespérées. Ying et Yang, échecs et réussites dépendent de quelques atomes de matière ou d'attention, d'un cillement inopportun, d'un caillou ou d'un panneau vicieusement mal placés, d'une appréciation faussée d'une distance, du trajet d'un autre concurrent plus lourd ou agressif. Les balises naturelles du décor ou placées pour les courses, comme des drapeaux ou des flèches dans les virages, servent autant de guides que, volontairement ou pas de la part des développeurs, de trompe-l'œil. Souvent il faut se lancer au jugé, même après plusieurs tours,  parce que la végétation, une obscurité provisoire, le gros cul d'un truck, un jet de boue ou de vapeur cachent l'horizon proche, le virage ou le précipice imminent. Comme dans un Mario Kart, sans les items, la victoire appartiendra autant à la chance qu'à l'adresse. Ce qui laisse toujours un peu d'espoir dans les courses en ligne où même les plus habiles ne sont pas à l'abri d'un face à face inattendu avec le décor.

Innovactions
Même si, apparemment, lâche sèchement un responsable du studio Evolution, "tout le monde se fiche" de savoir si le jeu est à la hauteur des bandes-annonces présentées, la mise en scène au cœur de l'action et la gestion des éclaboussures de boues, poussières, eaux et vapeurs se rapprochent un peu plus de la fameuse vidéo en images de synthèse qui avait tant marqué les esprits avant de faire polémique à l'époque (temps réel or not temps réel). Plus que jamais, au cœur de la panique, d'un instinct de conduite plus proche d'un instinct de survie, le jeu cherche à tous prix à immerger. Aligné avec les jeux d'action mettant en scène des personnages, les courses n'affichent pas de compteur de vitesse. Il faut se fier à ses sens, au défilement frénétique du décor, au son de plus en plus trépidant des moteurs et du boost. Trop insaisissable, reléguée dans les options au 3e réglage de la manette, la fonction gyroscopique SIXAXIS toujours aussi peu serviable pour arriver sain et sauf jusqu'à la ligne d'arrivée, ne fait plus vraiment partie des outils de conviction du pilotage. Pour se donner toutes ses chances mieux vaut également choisir d'emblée le 2e réglage de la manette et placer l'accélérateur sur le bouton X plutôt que l'absurde gâchette R2 glissante des manettes SIXAXIS et Dualshock 3. Une fois ainsi calé au minimum, la cohue du jeu peut alors commencer. Et l'on appréciera plus particulièrement le découpage de l'île mystérieuse en 4 zones. Earth pour les trajets au plus près du sol, Air pour jouer les filles de l'air de tremplins en précipices, Fire pour côtoyer la sècheresse d'une terre brûlée par des coulées de lave encore bouillonnante, Water pour patauger dans des mares, rouler, comme seul certains Mario Kart l'ont proposé, dans le ressac d'une mer s'étalant sur la plage. Terre, air, feu, eau, des thématiques à l'ancienne dessinant une topographie tout à fait crédible de l'île volcanique. Un concept initiant, en plus, la bonne trouvaille de mise en scène et tactique consistant à faire chauffer d'avantage le moteur au contact de la lave ou à le refroidir, boost compris, en roulant dans les flaques d'eau ou sous les cascades. Vrai bain immersif, contrepoint bio, sale et suant du clinique et aseptisé WipEpout HD, et après le plus que sympathique Pure, MotorStorm : Pacific Rift gagne au mérite sa place dans le peloton de tête des sorties de fin d'année. Si seulement la concurrence voulait bien déposer les armes. FBdelaB