Un puzzle game sur PSP, à côté de la 3D insolente de Wipeout Pure ou de Ridge Racer ? Oui, mais attention : celui-là vient de la new school, celle qui envoie Tetris se décrasser les articulations sur le dancefloor. Cool et intelligent. Smart et groovy. L'un des jeux indispensables du lancement PSP.

Une fois la PSP flambante neuve sortie de sa boîte, quel meilleur titre lancer pour apprécier toute la puissance de la machine qu'un bon vieux puzzle game. Et pas n'importe lequel, non. Un tetris-like en 2D, un vrai, avec un grand total de trois types de blocs complètement uniformes. On pourrait dire que le jeu s'est rapidement imposé comme l'un des favoris de la presse spécialisée aux Etats-Unis, que certains parlent déjà de "nouveau Tetris", mais le mieux serait encore d'expliquer pourquoi Lumines fait autant parler de lui.

Si le jeu de Mizuguchi (Space Channel 5, Rez) est souvent comparé au classique russe, c'est parce qu'au premier coup d'?il, le principe semble le même. Des blocs tombent du haut de l'écran, puis viennent s'empiler plus bas, d'où la nécessité d'en éliminer le plus possible en les rassemblant les uns près des autres. La ressemblance s'arrête cependant là. Les blocs de Lumines, pour commencer, sont uniformes : des carrés composés de quatre parties, chacune d'entre elles pouvant être d'une couleur parmi deux. Ensuite, on n'élimine plus des lignes mais des rectangles. Placer des parties de même couleur les unes à côté des autres est le seul moyen de faire de la place. Occasionnellement, un bloc spécial vous permettra de faire disparaître automatiquement des parties d'une même couleur, mais à condition que celles-ci soient adjacentes. Et pour couronner le tout, les blocs ne disparaissent pas immédiatement ; ils sont effacés par une ligne temporelle, laquelle balaye inlassablement l'écran de gauche à droite.

Ces petits changements ont l'air subtils mais, en fait, ils nécessitent un mode de réflexion complètement différent de celui auquel les joueurs de Tetris-like sont généralement habitués. Les stratégies sont différentes, la manière de préparer une architecture pour accumuler les combos est différente... avec, en plus, la ligne temporelle à gérer. Il est ainsi parfois payant d'attendre que l'écran soit débarrassé d'une partie des blocs plutôt que de tout entasser le plus rapidement possible. Les premières parties sont, du coup, difficiles, voire déconcertantes. En revanche, à partir du moment où l'on accepte le fait de devoir quasiment repartir de zéro, Lumines se révèle d'une richesse étonnante et devient une véritable drogue.

Car un autre facteur contribue à l'aspect hypnotique du jeu : la musique. Dans la plupart des autres puzzle games, la réalisation de combos est saluée par un petit son spécial, une courte mélodie guillerette faisant office de récompense et encourageant à continuer. Lumines pousse ce principe élémentaire à son paroxysme en articulant l'ambiance sonore complète autour des actions du joueur. Rotations de blocs, déplacements... tout est accompagné d'un petit son (bruit de cymbale, scratch, etc.) cadrant avec le morceau joué. En cas de combo, l'écran explose de couleurs, le volume augmente et un break vient se superposer au beat d'origine. Cosmétique ? Inutile ? Pas vraiment. A un tel degré d'intégration avec le gameplay, on peut raisonnablement considérer la musique comme une partie indissociable du jeu. Par ailleurs, le tempo du morceau affecte directement la vitesse à laquelle les blocs descendent et la ligne temporelle balaye l'écran. En cela, différents types de musique proposent différentes expériences de jeu, qu'il s'agisse de la frénésie d'un beat techno ou le calme relax d'un rythme reggae.

La jaquette a donc raison : Lumines est bien une affaire de "puzzle fusion". Fusion entre jeu vidéo et musique, bien sûr, mais aussi fusion entre un concept artistique et de véritables idées de gameplay. Ce qui n'arrive pas si souvent, et qui réussit encore plus rarement. Alors que la ligne temporelle bat le rythme d'une partition invisible, l'écran et les haut-parleurs de la console portable se trémoussent comme les bulles d'une coupe de Moët et Chandon en pleine soirée VIP. Mais derrière les flashs et les couleurs, il y a également un sacré bon jeu, une vraie variation du Tetris-like qui offre des expériences nouvelles à tous points de vue. Et qui vous épuisera les batteries de la PSP avant même que vous vous en rendiez compte.