On attendait les spécifications, peut-être quelques vidéos? mais Sony a finalement choisi de sortir le grand jeu. Détails techniques, philosophie, démonstrations technologiques et premiers jeux? lors de sa conférence de presse pré-E3, tout (ou presque) a été dit sur la Playstation 3. Sortie prévue au printemps 2006.

Contrairement à Microsoft et aux multitudes de fuites (non officielles, of course) qui ont alimenté le buzz Xbox 360 pendant plusieurs semaines, Sony a choisi la stratégie du secret et de la surprise, préférant frapper un grand coup durant la conférence de presse pré-E3 de ce lundi. Oui, même la machine elle-même a été montrée, mais commençons par le commencement.

C?est tout d?abord Kaz Hirai, président de Sony Computer Entertainment America, qui a pris la parole. Malgré un petit rappel concernant l?historique de la société et la sortie récente de la PSP ("les consoles portables ne sont plus que pour les enfants ou que pour les jeux"), il est apparu rapidement que l'on était ici pour parler futur. Et ce futur, comme l'a souligné Ken Kutaragi quelques minutes plus tard, passe par la Playstation 3 et son processeur Cell. Sony reste intarissable concernant les qualités de ce dernier, continuant à lui conférer des "attributs de supercalculateur" avant de noyer l'auditoire sous les téraflops. A ce propos, la Playstation 3 aurait apparemment la plus grosse en ce qui concerne les calculs en virgule flottante. Mais vous savez probablement ce que dit le proverbe.

L'autre monstre au c?ur de la PS3 se nomme RSX (pour Reality Synthesizer, le "synthétiseur de réalité", on y reviendra). C'est un chip graphique conçu par nVidia et il est, selon la société, plus puissant que deux GeForce 6800 Ultra en parallèle. Très puissant donc. D'autant plus puissant que la résolution des jeux pourra aller jusqu'au 1080p, soit près de 2000 pixels par 1000, six fois plus qu'actuellement. Deux sorties vidéo ouvrent, à la manière du dual screen, des possibilités intéressantes comme l'agrandissement de la zone de jeu ou l'utilisation du second écran pour afficher la tronche des personnes avec lesquelles vous jouez. Enfin également dans les entrailles de la console, on trouve deux fois 256 Mo de mémoire, une banque principale et une banque dédiée à la vidéo (encore qu'il est possible que le RSX puisse utiliser les deux, les commentaires du PDG de nVidia n'étaient pas très clairs).

A l'instar de la Xbox 360, la PS3 revendique son intention de faire partie de la "décennie numérique". La console gère à peu près tous les types de médias, du classique CD-ROM jusqu'aux tous derniers Blu-Ray, format favori de la machine. Par ailleurs, une poignée de slots permet de lire les cartes Memory Stick, SD et Compact Flash. Le réseau, Ethernet ou sans fil, est également standard. Celui-ci permettra, par exemple, de communiquer avec la PSP, celle-ci pouvant alors se transformer en un contrôleur. Sony décrit le réseau comme un "élément central" du design de la console : "toujours allumée, toujours connectée". La société parle même de s'en servir à des fins de "commerce", à la manière des micro-transactions de la Xbox 360. Mais très franchement, l'aspect communautaire était très loin d'être le sujet principal de la conférence.

Ce que Sony voulait faire, en revanche, c'est en mettre plein la vue au public présent. Par le biais de démos technologiques, tout d'abord. Et bien que celles-ci n'aient, au final, qu'une valeur indicative, force est d'avouer qu'elles étaient diablement impressionnantes, aussi bien au niveau du détail graphique que du réalisme physique. La plus intéressante fût celle d'Epic et de l'Unreal Engine 3 qui, visiblement, tournait en temps réel. Le développeur précisera qu'à peine deux mois furent nécessaires pour faire tourner le moteur sur les kits PS3. L'information n'est pas innocente : la Playstation 2 est réputée pour être l'une des consoles les plus difficiles à programmer.

Et puis il y a eu les jeux, beaucoup de jeux dont il était malheureusement impossible de déceler s'il s'agissait de cinématiques, de temps réel ou de scènes "représentatives", telles que le Londres époustouflant recréé par Team Soho, les créateurs de The Getaway. Ont également été présentés (dans plus ou moins de détails) : Final Fantasy XII, Devil May Cry 4 ainsi que les prochains Tekken, Killzone et Gran Turismo. Metal Gear Solid 4 a par ailleurs été confirmé pour PS3. Conscient que l'on risquait là l'overdose de suites et de franchises, Sony a reconnu la nécessité de "revigorer" la logithèque Playstation et a terminé avec quelques titres inédits. On retiendra surtout Eyedentify, titre intriguant faisant apparemment usage de reconnaissance vocale pour donner des ordres à une paire d'agents spéciaux féminins. Le mélange aliens / seconde guerre mondiale offert par I-8, du studio Insomniac, est également à suivre de près. Enfin on attribuera la citation de la journée à Kaz Hirai. Pour accompagner la sortie de Larry Probst, le président de SCEA remerciera le PDG d'Electronic Arts pour ses jeux qui "continuent à repousser les limites conventionnelles". Véridique.

La conférence s'est terminée sur un super bang avec l'apparition de la Playstation 3 sur trois piédestaux différents. De couleur noire, blanche ou aluminium, la console affiche un design épuré et minimaliste. Les manettes, elles, sont sans fil, un choix décidément très tendance. La console peut en accepter jusqu'à sept simultanément. Enfin, point important, la nouvelle console sera rétro-compatible avec toute la logithèque PS et PS2.

Un thème qui est beaucoup revenu durant cette conférence de presse, c'est la rencontre entre le monde du cinéma (graphismes pré-calculés) avec celui du jeu vidéo (graphismes temps réel). Que la console ait été dévoilée en plein milieu des studios de tournage Sony n'est sûrement pas innocent. De plus, une séquence montrée durant la présentation mélangeait de manière homogène des images du film Spider-Man 2 avec celles d'une course de voitures, que l'on imagine générées par la PS3. Spider-Man 2 qui partage également sa fonte avec le logo de la Playstation 3. Le message est clair : cette nouvelle machine, c'est le cinéma interactif, une boîte à divertissement numérique de laquelle vont sortir des images d'un réalisme jamais vu. La console est impressionnante, cela ne fait aucun doute, mais la question, finalement, est de savoir si l'on a vraiment envie de retrouver tant de réalisme devant son écran. A côté des applications logiques (simulations et sport, en particulier), le risque est en effet grand de voir disparaître cette part indispensable d'abstraction nécessaire à l'exercice de l'imaginaire.