A défaut de pouvoir jouer à Chaos Theory (sortie prévue à la fin du mois), vous pouvez d'ores et déjà en écouter la bande-son. Eh oui, les occasions "d'écouter" un jeu sont assez rares. La musique, élément indispensable dans le développement d'un titre, est pourtant généralement enterrée dans les tréfonds des cahiers des charges. Bien souvent, les joueurs mélomanes doivent ainsi subir les assauts auditifs d'exercices techno niveau Texas Instruments ou de punk nouveau riche. Mais Dieu sait qu'une bonne bande-son peut contribuer à l'immersion et, donc, au plaisir de jeu. On citera au hasard les morceaux grandioses composés pour Turrican II Amiga par Chris Huelsbeck (qui a d'ailleurs programmé son propre format sonore 7 voies pour l'occasion) ainsi qu'Afterlife de LucasArts. Qui a composé la musique de ce dernier ? A vous de me le dire, mais un titre dont la bande-son reste dans la mémoire plus de huit ans après sa sortie mérite bien une petite citation.
Plus récemment, on a vu une tendance se généraliser : l'utilisation de licences de morceaux connus. Electronic Arts (pour ses jeux de sports) est devenu spécialiste en la matière mais sur ce créneau, c'est Rockstar qui s'en sort le mieux. Depuis 1999, date à laquelle l'éditeur signe un accord avec le label drum'n'bass Moving Shadow, les bandes-son des titres de la série Grand Theft Auto sont un moteur indispensable de l'immersion dans cet univers bad boy ainsi qu'un des éléments centraux du jeu. A tel point que Rockstar s'est finalement décidé à sortir des compilations des morceaux utilisés dans les boutiques. Grand Theft Auto dans les magasins de disques : l'opération a probablement aidé à faire connaître la série auprès du grand public.
Ubi Soft cherche-t-il à faire de même pour Splinter Cell ? On le jurerait. Car pour la bande-son du dernier épisode de la série, l'éditeur a mis les moyens. Pas question de réutiliser des morceaux existants : Amon Tobin, petit génie brésilien de la musique électronique et l'un des favoris du label Ninja Tune, a été commissionné pour réaliser une composition originale. Le résultat est dans les bacs depuis le début du mois de février. Un évènement double : à la fois la bande-son d'un titre très attendu et le nouvel album d'un artiste furieusement hip. Musicalement, l'auditeur a affaire à du pur Tobin, c'est-à-dire, pour ceux qui ne seraient pas familiers avec ses précédents albums, un mélange inclassable de breakbeat, drum'n'bass, jazz, voire bossa-nova. Chaos Theory dispose cependant d'une identité propre. Les beats se font un peu moins frénétiques et plus atmosphériques. L'ambiance est sombre, exotique et cheap comme un agent double thaïlandais. Splinter Cell selon Tobin, c'est mystérieux et moite, OSS 177 ou Coplan FX18 en mission à Bahia. C'est également une partition qui surprend constamment. Quand on croit l'avoir cernée, elle se dérobe et change de direction, jamais où on l'attendait. Un peu comme Sam Fisher, finalement.
Il faudra attendre la sortie du jeu pour vérifier si la vision du musicien est compatible avec celle des développeurs. En attendant, deux mondes se sont croisés avec succès : celui, très "tendance", de l'électro pointue et celui du jeu vidéo. Même si, selon son label, Tobin a calé dès le second niveau du premier Splinter Cell.
Epilogue : à l'inverse, les machines de jeux sont parfois utilisées dans le milieu musical. On citera l'artiste Lesser, et son mix Commodore 64 réalisé pour l'émission Radio Mentale, ou le projet Nanoloop, rassemblant divers artistes de la scène électro-avant-garde (y compris le bruitiste japonais Merzbow) autour d'une simple Gameboy. Le sujet d'un prochain article, peut-être.
|
20.11.2008
19.11.2008
18.11.2008
17.11.2008
16.11.2008
14.11.2008
13.11.2008
12.11.2008
11.11.2008
10.11.2008
|













Lire ou participer