La vie est parfois injuste. Scandale numéro 1592 : pourquoi Katamari Damacy, titre plébiscité partout et par tout le monde, n'a-t-il pas bénéficié d'une sortie européenne ? Même aux Etats-Unis, un marché privilégiant généralement les flingues et les guerriers aux paires de couilles gigantesques, le jeu a réussi à imposer sa jaquette pleine de ciel bleu et d'arcs-en-ciel. Sur le chemin menant aux caisses enregistreuses, un vendeur nous a d'ailleurs attrapés spontanément : "c'est un peu bizarre mais pour 20$, c'est presque inconcevable qu'un jeu soit aussi fun."
Bizarre ? La séquence d'introduction annonce la couleur avec pandas dansants, chorégraphie sous acide et apparitions incongrues du Roi de Tout le Cosmos, figure monarchique hautaine dont la garde-robe défie l'idée même de bouffonnerie. Quand il ne se plaint pas que le ciel manque de fraîcheur ou qu'il n'est pas assez appétissant, ce père indigne pulvérise une à une les étoiles avant d'envoyer son fils repeupler la voûte nocturne.
Et comme tout le monde le sait, c'est sur Terre que l'on fabrique les étoiles. La partie peut alors commencer. Grâce aux deux sticks analogiques (on s'y fait très vite), le joueur roule une petite sphère collante et colorée (le "katamari") dans des environnements inspirés du réel : l'intérieur d'une maison, un jardin, un parc, etc. A force de rouler et de coller, cette boule finit par accumuler un bazar incroyable (caramels, punaises, gommes, pièces de monnaie...) et grossir en diamètre. Au bout d'un temps donné, on fait les comptes et la sphère est transformée en étoile. Plus simple que cela dans la gloutonnerie, il faudrait aller chercher du côté de Pac-Man. Mais pour accompagner ce concept modeste, Keita Takahashi, le créateur du titre, a eu deux idées de gameplay imparables. Tout d'abord, la taille du katamari : plus elle augmente et plus les possibilités s'offrent au joueur. Ces pots de fleurs ou ces poteaux sur lesquels vous butiez, vous pourrez plus tard les absorber. Cette marche énorme qui vous bloquait le passage, vous pourrez plus tard la passer comme si de rien n'était. Ce principe introduit un peu de stratégie : il faut parfois trouver les bons objets permettant d'augmenter son diamètre rapidement pour accéder à de nouvelles zones et, ainsi, continuer à grossir. Mais surtout, cela signifie que la découverte est permanente : quelque soit sa taille, il y a la promesse d'objets toujours plus farfelus à absorber.
Autre élément important : le son. Chaque chose roulée dans son katamari émet un bruit particulier et, généralement, parfaitement loufoque. Lorsque vous roulez sur un bouledogue et que celui-ci pousse un jappement de misère avant de se retrouver collé les pattes en l'air, le joueur n'a qu'une envie : c'est de recommencer. Mais pas de problèmes car avec ses villes, ses marchés ou ses plages, le titre offre une variété invraisemblable de microcosmes à martyriser. Et dès que le katamari atteint une taille respectable (comptez quelques mètres), il y a cette joie complètement absurde de jouer les Godzilla : animaux, objets, végétation, sumos, pêcheurs... tout y passe, jusqu'à ce que la partie se termine en cacophonie hystérique. Bizzare ? Oui, Katamari Damacy l'est assurément. Mais le vrai défi était surtout de transformer ces idées saugrenues et ce concept minimal en une authentique expérience ludique qui, cerise sur le gâteau, se révèle à mille lieux de ce que n'importe quel autre titre peut proposer actuellement. Et à défaut de voir le titre apparaître sur les étalages européens un jour, on croise d'ores et déjà les doigts pour le second volet, dont la sortie est prévue au Japon en Juillet prochain.
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