Le studio Monolith, qui sort son jeu d'action PC F.E.A.R. cette semaine, peaufine actuellement un autre titre, une autre variation sur la peur. Si le premier mise sur des influences cinéma aussi diverses que John Woo ou Ringu, le second, lui, embrasse pleinement le malaise Seven. Un jeu / thriller psychologique sale, dérangé et brutal.

On le savait déjà, mais il est bon de le répéter : l'E3, ce salon démesuré consacré à tout ce qui se joue au clavier ou à la manette, n'est pas forcément le meilleur endroit pour faire de réelles découvertes. Prenez Condemned : Criminal Origins, par exemple. Nouvelle franchise, entr'aperçue sur le stand Sega en 36.12 secondes. Des types se tapent dessus à coup de barre à mine. Vite classé dans la catégorie des survival horror avant de courir vers le rendez-vous suivant. Mais les apparences sont trompeuses, on s'en est (une fois de plus) rendu compte lors de l'X05, tenu il y a deux semaines à Amsterdam. Là, Condemned a refait une apparition et ce n'était plus le même jeu. Le rythme était beaucoup plus posé, l'atmosphère beaucoup plus présente. Et ce coup-ci, on a eu le temps de prendre la manette en mains.

Le titre s'avère, en fait, aussi schizophrène que son sujet. Il y a des séquences action, certes, mais aussi une partie enquête, beaucoup plus lente. Le héros, agent du FBI division serial killers, passe ainsi son temps à traquer des criminels du genre créatif. La fille qui gît étranglée à vos pieds, par exemple, est la pièce maîtresse d'une mise en scène macabre : un dîner de mannequins, certains sans visages, réunis autour d'une carcasse d'oiseau, au dernier sous-sol d'un immeuble délabré. Pour réunir des indices, le joueur dispose de la panoplie du parfait petit profiler : scanners à ultra-violet ou détecteur d'empreintes digitales. Il faut un peu chercher et explorer, mais une fois les informations recueillies, le tout est envoyé en direct au quartier général. Le scénario peut alors avancer ; Condemned possède donc de vrais éléments de jeu d'aventure.

Et puis il y a les phases d'action dont nous parlions en introduction. Les environnements visités sont incroyablement mal famés et remplis non pas de zombies, comme nous le croyions, mais de "sociopathes". Ce qui prouve probablement que le développeur y a été un peu fort sur le niveau d'agressivité de ces squatteurs. Toujours est-il que notre agent doit alors se défendre, et pas vraiment au revolver puisque les munitions s'avèrent très limitées. On attrape donc ce qui passe (planche cloutée, clé à molette, conduite de gaz, etc.) et on frappe. Voire on frappe à terre, à coup de pied, pour bien s'assurer que l'ennemi ne feint pas le crâne ouvert.

C'est sauvage et parfaitement en accord avec l'atmosphère générale du jeu : crade, violent, flippant. Car la lumière est rare et la lampe-torche, un accessoire précieux. Et puis il y a ce grain cinéma ajouté à l'image ; une petite coquetterie qui mène directement au Seven de David Fincher, influence évidente des concepteurs. Est-ce le parallèle avec le long-métrage qui nous rend le jeu si sympathique ? Oui, plus le mélange inédit vue à la première personne / corps-à-corps brutal / enquête, le tout très scénarisé. Et puis c'est réalisé par Monolith, studio un peu inégal (Matrix Online, par exemple) mais parfaitement respectable. Condemned, attendu pour la fin novembre sur Xbox 360 et PC, devrait ainsi complémenter à merveille le F.E.A.R. dont la sortie est prévue cette semaine.