Depuis l'arrivée de la console sur le territoire nippon samedi dernier, Microsoft a enfin réalisé son rêve de lancement mondial. Mais avec seulement six titres le jour J, sans les Dead or Alive 4 ou eNCHANT-arM prévus spécialement pour ce marché, les joueurs et les analystes japonais semblent toujours considérer la machine avec le plus grand scepticisme. Et la pénurie, elle, continue aux Etats-Unis et en Europe.

"Demain matin, lorsque nous tendrons la première Xbox 360 au premier joueur dans la queue, nous aurons réussi l'exploit enviable de réaliser un lancement mondial simultané." Tel était le sentiment de Peter Moore, le vice-président de la division Xbox, vendredi dernier. Depuis, la machine a enfin atterri au Japon, probablement la date la plus importante du world tour Xbox 360. Contrairement aux Etats-Unis et à l'Europe, des marchés que la première version de la console a bien défrichés, Microsoft a ici encore tout à faire. En presque quatre ans, la Xbox s'y est à peine vendu à 500.000 unités, alors que la Playstation 2, la Gamecube et même l'antique Game Boy Advance la dominent désormais régulièrement dans les classements hebdomadaires.

Malheureusement, impossible de devenir le leader du marché sans convaincre le "berceau du jeu vidéo" comme l'appelle Moore. En plus du nouveau design et des titres plus adaptés aux goûts nippons, cela fait donc plusieurs semaines que Microsoft multiplie les initiatives marketing au Japon : ouverture d'une "Xbox lounge", pose de "monuments" dans les endroits populaires de Tokyo, etc. L'opération a culminé samedi matin avec le lancement officiel de la console, dans le centre commercial de Shibuya Tsutaya. Entre 200 et 250 joueurs (dont des "fans Xbox" spécialement invités par Microsoft) ont participé à l'évènement et, selon Gamespot, le magasin a vendu toutes ses consoles en 30 minutes. Hors de cette enclave privilégiée, cependant, les japonais semblent avoir accueilli la machine avec beaucoup plus de fraîcheur. Devant les grands magasins de Tokyo, les files d'attente n'ont pas dépassé la trentaine de personnes dans le meilleur des cas, selon l'AFP. Et les articles du magazine Kotaku, rédigés par un correspondant présent à Osaka, décrivent un public plus intéressé par des figurines en promotion que par la Xbox 360.

De manière générale, tous rapportent un démarrage des ventes beaucoup plus lent qu'aux Etats-Unis ou qu'en Europe. Ce qui, finalement, ne devrait pas étonner grand-monde. Un sondage du magazine Famitsu publié il y a deux mois révélait déjà des joueurs indécis, voire encore hostiles à la machine. Et le retard des gros titres initialement prévus pour le lancement (Dead or Alive 4 ou le jeu de rôle eNCHANT-arM) laisse les japonais avec un line-up rachitique de six jeux, majoritairement occidentaux. Mais Moore est confiant : selon lui, il s'agirait d'un "marathon, pas d'un sprint". Comprendre par là que Microsoft mise sur le long terme, avec des titres comme Lost Odyssey ou Blue Dragon, et "beaucoup de projets" en préparation pour le marché asiatique. Vu le scepticisme du public nippon, cependant, il n'est pas dit que la société puisse se permettre ce genre de faux départ. Surtout lorsque les analystes parlent déjà "d'enthousiasme déclinant". "Nous pensions précédemment que la Xbox 360 pouvait voler des parts de marché au leader Sony," explique Hirotoshi Murakami, de Mitsubishi UFJ Securities. "Mais désormais, il est possible que cette perspective ne se réalise pas, vu l'intérêt limité que présentent les jeux et les fonctionnalités de la console."

En somme, Microsoft a encore tout à prouver face à la Playstation 3 et à son lecteur Blu-Ray. Et le danger, c'est peut-être que les japonais se fassent dès maintenant une mauvaise impression de la Xbox 360, mauvaise impression qu'il serait ensuite long d'effacer. Reste pour les occidentaux qui ont vu les stocks disparaître en quelques minutes, le spectacle surréel de ces piles de machines restées invendues après l'ouverture. Car pendant ce temps, près de trois semaines après le lancement américain, la pénurie dure. Le lancement mondial, un "exploit enviable" ? Peut-être pour Microsoft. Mais côté joueur, on cherche toujours les consoles.

Image de une (c) Kotaku