Plus de deux mois après son lancement, la Xbox 360 continue à se faire rare dans les magasins. Il y a quelques semaines, Microsoft annonçait avoir vendu 1.5 millions de consoles dans le monde : 900.000 en Amérique du Nord, 500.000 en Europe et 100.000 au Japon. Des chiffres corrects mais une déception, néanmoins, à Redmond. A titre de comparaison, Nintendo a réussi à écouler presque deux millions de DS rien qu'au Japon, durant le seul mois de décembre. "A cause d'une pénurie de composants, [les chiffres de vente de la Xbox 360] sont inférieurs à ce que nous attendions," expliquait le responsable comptabilité Microsoft aux analystes. "Nous considérons cette situation comme un challenge à court terme."
Mais quels sont les composants qui ont manqué à l'appel et freiné la production de consoles ? La hiérarchie Microsoft, diplomate, a toujours soigneusement évité la question, préférant considérer le problème dans sa globalité plutôt que de mettre une société en particulier sur la sellette. "Avec 1.700 composants [dans la Xbox 360], il suffit qu'un seul manque à l'appel pour causer problème," indiquait le responsable fabrication Todd Holmdahl en novembre dernier. "Nous travaillons avec plus de 200 fournisseurs et je ne vais pas commencer à accuser l'un d'entre eux," répond, catégorique, Peter Moore, responsable de la division jeux.
Microsoft se refuse - forcément - à dénoncer ses partenaires ; c'est donc le Mercury News qui a tenté de faire la lumière sur cette affaire. Selon les sources anonymes du journal, le goulet d'étranglement se situerait chez l'allemand Infineon Technologies. La société, qui fournit avec Samsung la mémoire équipant la Xbox 360, peinerait à fournir assez de puces. Et pour ne rien arranger, "certaines" d'entre elles se révèleraient défectueuses, incapables de supporter la fréquence d'horloge imposée par la machine. Ce rebus est, d'après l'article, mis à l'écart, résultant en un ralentissement supplémentaire du processus d'assemblage. Microsoft et Infineon n'ont pas souhaité offrir de commentaire, mais deux analystes interrogés par le journal ont qualifié la théorie de "plausible".
La pénurie de Xbox 360 continue donc, et celle-ci finit par affecter plusieurs secteurs de l'industrie. Chez Microsoft, on l'accuse d'avoir grignoté les revenus du deuxième trimestre fiscal de la société, révélés il y a un peu plus de deux semaines. Selon les analystes, elle explique les ventes moroses de jeux enregistrées aux Etats-Unis pour le mois de janvier. "On a promis aux consommateurs une console incroyable, l'arrivée de la nouvelle génération," explique Michael Pachter, pour la société Wedbush Morgan Securities, "et bien que Microsoft ait effectivement accouché d'une console incroyable, peu de gens, jusqu'à maintenant, ont réussi à s'en procurer une." Les revenus du marché Xbox 360, continue l'analyste, ne peuvent donc compenser la baisse des ventes sur le marché d'ancienne génération, logique alors que les joueurs attendent désormais la sortie des prochaines consoles.
Selon Microsoft, la situation devrait, à terme, s'améliorer. Au CES, la société avait annoncé une accélération prochaine de la cadence de production via un partenariat avec une troisième usine d'assemblage. Récemment, au D.I.C.E., Peter Moore a promis que "tout le monde serait capable d'entrer dans une boutique et d'acheter une Xbox 360 d'ici quatre à six semaines". Les analystes, eux, voient la pénurie se prolonger au moins jusqu'à ce que tous les territoires soient servis. "Microsoft a prévu de lancer la console en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans d'autres pays en mars," indique Pachter. "Nous pensons qu'une grande partie de la production à venir va être redirigée vers ces marchés, et prévoyons que les stocks américains devraient atteindre en moyenne les 300.000 machines par mois. Il s'agit pour nous d'un problème."
Un problème dont Microsoft a bien conscience, puisque le constructeur avait annoncé à la fin janvier un report de trois semaines du lancement de la Xbox 360 en Australie, afin de répondre au "challenge" qu'imposait l'augmentation des capacités de production. Microsoft expliquait alors le phénomène en parlant de "demande sans précédent de la part des consommateurs". "Une demande sans précédent ?" répliquait un lecteur du magazine Xbox 360 Fanboy. "Donc Microsoft ne prévoyait pas de vendre plus d'un million de machines durant le lancement ? Il y aurait demande sans précédent si Microsoft avait vendu deux millions de consoles et qu'il y avait toujours pénurie. La demande n'est pas 'sans précédent'. Elle n'est tout simplement pas satisfaite."
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