En acceptant aujourd'hui l'insigne de Chevalier dans l'ordre des arts et des lettres, Shigeru Miyamoto, Michel Ancel et Frédérick Raynal, trois créateurs vedettes, ont donné au jeu vidéo ses lettres de noblesse officielles. Pour certains, la cérémonie signifie la reconnaissance de tous les artistes ?uvrant bien souvent dans l'ombre. Bon pour eux, mais bon aussi pour un secteur "important" de l'industrie française, pas toujours bien entendu des gouvernements successifs.

Il y a quelques mois, la Poste française avait rendu un hommage au jeu vidéo via la diffusion d'un carnet de timbres, imprimés à l'effigie de quelques-uns des héros les plus célèbres (Link, Mario, Rayman, etc.). Depuis ce midi, ce "loisir culturel", comme l'a qualifié Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture, a gagné ses lettres de noblesse officielles. Trois game designers ont en effet été faits Chevaliers dans l'ordre des arts et des lettres : Shigeru Miyamoto (Mario, Zelda, plus beaucoup d'autres...), Michel Ancel (Rayman, Beyond Good & Evil, King Kong...) et Frédérick Raynal (Alone in the Dark, Little Big Adventure...).

"Parce qu'ils sont d'abord et avant tout des créations, des ?uvres de l'esprit, il me paraît tout à fait naturel que les jeux vidéo aient droit de cité rue de Valois," a déclaré le ministre. Durant son discours d'introduction, celui-ci a également réaffirmé son soutien à l'industrie française du jeu vidéo, la qualifiant "d'importante" pour l'économie du pays. "Je suis convaincu que la vitalité de notre pays dans [ce] secteur est gage de sa capacité d'innovation, d'adaptation et de création," estime-t-il. Le projet de crédit d'impôt annoncé le 9 décembre dernier est d'ailleurs toujours en cours, et des discussions "encourageantes" ont d'ores et déjà eu lieu avec les commissaires européens.

Alors que les créateurs écoutaient le ministre retracer chacun de leurs parcours, on a pu distinguer des mouvements subtils de sourcils, des sourires presque amusés. De l'émotion sûrement, une pointe d'incrédulité peut-être. L'événement est certainement extraordinaire. Lors de son discours de remerciement, Miyamoto a dit apprécier d'être honoré par l'un des pays phares du mouvement impressionniste, une peinture qu'il dit admirer. Le décontracté Michel Ancel, lui, s'est fait sérieux durant quelques minutes, touchant le sujet de la responsabilité des créateurs de jeux envers la jeune génération. "On a pu entendre que les jeux vidéo étaient abrutissants. C'est vrai. Certains peuvent l'être," a-t-il lancé, avant d'avouer sa préférence pour des titres plus "épanouissants". Un peu plus tard, le créateur du récent King Kong nous a précisé sa pensée, qualifiant le sujet de la violence virtuelle de "délicat", principalement à cause du danger d'être pris au premier degré par un public ne disposant pas toujours du recul nécessaire. Il a néanmoins concédé que ces thèmes "ne doivent pas être écartés" et qu'il existe des moyens de mieux les traiter, par exemple en confrontant plus souvent le joueur aux conséquences de ses actions.

Raynal, enfin, a vu dans cette cérémonie la reconnaissance de tous les artistes travaillant dans le domaine du jeu vidéo, une opinion partagée par le président de l'APOM, l'association des producteurs d'?uvres multimédia. Lors d'une interview téléphonique accordée à Overgame.com, Guillaume de Fondaumière, également directeur général du studio Quantic Dream (Nomad Soul, Fahrenheit), s'est en particulier réjoui des actions menées par Renaud Donnedieu de Vabres, lequel "multiplie les initiatives et les déclarations en faveur du jeu vidéo". "Il est plus valorisant pour des jeunes pensant faire carrière dans le jeu vidéo de travailler dans une industrie culturelle reconnue. Ca aussi, cela va aider à la construction de cette industrie," a-t-il déclaré. "Durant de nombreuses années, on a considéré le jeu vidéo comme un jouet ou un gadget. Aujourd'hui, on reconnaît enfin qu'il peut être bien plus que cela."