La technologie anti-copie StarForce continue à faire parler d'elle, souvent pour de mauvaises raisons. Par exemple, lorsqu'un administrateur du forum officiel de la société décide de relayer les internautes vers une version pirate de Galactic Civilizations II, jeu complètement dénué de toute protection physique. Mais malgré cela, le titre se vend très bien, peut-être grâce à un concept simple : les utilisateurs ayant fait l'effort de passer à l'achat sont récompensés, pas punis avec des systèmes de protections hyper-restrictifs. Le bon sens en action ?

On ne finit plus de parler du système de protection contre la copie StarForce, utilisé entre autres dans des titres PC tels que Chaos League, TOCA Race Driver 3 ou Peter Jackson's King Kong. Le web regorge déjà d'histoires de plantages plus ou moins horrifiques liés à cette technologie et il y a quelques jours, c'est le rédacteur en chef du magazine américain PC Gamer lui-même qui a rejoint la liste des victimes. A côté de cela, des boycotts s'organisent. L'impopularité du système atteint des niveaux tels que certains éditeurs jugent désormais nécessaire d'annoncer haut et fort la non-inclusion du système de protection controversé dans leurs jeux.

Il faut dire que les méthodes de communication adoptées par la société russe à l'origine de StarForce ne font que jeter de l'huile sur le feu. Quand cette dernière n'accuse pas ouvertement les joueurs mécontents d'être des "hackers amateurs", elle menace les rédacteurs des blogs les plus critiques de poursuites judiciaires. En matière de relations publiques catastrophiques, la dernière bourde en date a eu lieu ce week-end. Pour prouver les effets de l'absence de protection anti-copie, l'un des administrateurs du forum officiel StarForce a cru bon de diffuser un lien permettant de télécharger illégalement le jeu Galactic Civilizations II, accompagné de cette phrase : "En ce moment, plusieurs milliers de personnes sont en train de télécharger une version pirate grâce à ce site. Bon pour les ventes ? Peu probable."

Une société spécialisée dans la protection des droits de propriété intellectuelle. Qui offre des liens de téléchargement illégaux. Le terrain devenait ultra-glissant mais l'administrateur s'est défendu. "Je ne poste pas ici en tant que représentant officiel de StarForce," dit-il. "En fait, je modère ces forums de chez moi, parce que ça m'amuse. Si vous pensez qu'il y a quelque chose d'illégal dans mes messages, faites moi un procès." Procès, non. Mais l'affaire a néanmoins fait boule de neige, reprise par des magazines tels que GamesIndustry, Gamespot ou Slashdot, jusqu'à arriver aux oreilles du développeur Stardock, créateur de Galactic Civilizations II. Qui a pris la chose avec un calme surprenant. "Nous avons été plutôt troublés d'apprendre que la société qui a créé Starforce a fourni une adresse web permettant de télécharger notre jeu," peut-on lire sur le site officiel du studio. "Je ne sais pas si ce qu'ils ont fait pourrait être considéré comme illégal ou pas, mais cette démonstration était néanmoins complètement superflue."

Tout s'est terminé comme ça devait se terminer : le lien a été retiré et des excuses publiques ont été offertes par StarForce. "Il s'agit uniquement d'une erreur de l'un de nos employés qui a été un peu 'chauffé' par les détracteurs de notre technologie," dit le forum officiel. Il est cependant sorti quelque chose de positif de cette affaire : on a découvert que Galactic Civilizations II s'est bien vendu. Très bien vendu même : plus de 50.000 unités en une semaine et la meilleure vente toutes plates-formes confondues chez le revendeur américain Wal-Mart selon Stardock. Et cela, sans aucun système de protection physique contre la copie. "Je ne pense tout simplement pas que les protections CD soient particulièrement efficaces," a expliqué Brad Wardell, PDG de Stardock, au magazine Gamespot. "Un système de protection contre la copie doit, pour moi, viser à augmenter les ventes de jeux ? pas à stopper le piratage. Il s'agit de deux différents concepts. La plupart des gens qui piratent un logiciel ne l'auraient jamais acheté. Il est vain de perdre du temps à tenter de récupérer ce public. Ceux qu'il faut convaincre, en revanche, ce sont ceux qui auraient pu acheter votre produit mais qui ne l'ont pas fait parce qu'il était plus simple de le pirater."

Au lieu de chercher à bloquer le lecteur CD/DVD des joueurs, le studio a donc opté pour un système déjà utilisé par un grand nombre de logiciels professionnels. Un numéro de série unique donne accès à des mises à jour gratuites. "Puisque nous avons une base de données de tous les numéros de série enregistrés, nous pouvons contrôler qui a accès à ces mises à jour," explique Wardell. "En diffusant fréquemment et de manière pratique des patches gratuits, nous récompensons les gens qui ont acheté notre titre." Remercier les joueurs qui ont fait l'effort de passer à l'achat plutôt que de les considérer comme des pirates en puissance en leur imposant des systèmes de protection restrictifs... Quel concept novateur !