C'est en novembre 2004 que l'utilisatrice EA Spouse révélait dans une confession incendiaire les dessous plutôt sordides du développement de jeux selon Electronic Arts. Un pavé qui avait largement fait déborder la mare, précipitant une industrie habituée aux longues semaines, souvent sans compensations, sous les feux des projecteurs. Aujourd'hui, l'éditeur règle comptant sa dernière plainte, et EA Spouse sort de l'anonymat. Résumé de l'affaire.

La tornade avait démarré le 10 novembre 2004, via un message somme toute plutôt discret sur les blogs du site Livejournal. Discret mais virulent. L'utilisatrice EA Spouse, anonyme pour des raisons évidentes, y décrivait les détails sordides du développement de jeux vidéo selon Electronic Arts. Des conditions proches de l'esclavagisme : semaines pouvant atteindre les 85 heures, sans aucune heure supplémentaire payée ou compensation, vies de famille inexistantes, employés pressés comme des citrons "pour qu'une société multimilliardaire puisse continuer à garantir sa main mise absolue sur l'industrie du jeu vidéo".

La confession incendiaire avait très vite débordé du modeste blog pour atteindre les pages de publications telles que le New York Times ou News.com. Electronic Arts se retrouvait propulsé sous les feux des projecteurs et on découvrait alors de nouvelles facettes à l'affaire. Par exemple, que l'expérience malheureuse du compagnon d'EA Spouse n'était pas isolée. Ou encore, que le problème de la "qualité de vie" dans le milieu du développement de jeux était loin d'être cantonné au premier éditeur tiers. L'animateur d'une table ronde durant la Game Developers Conference 2002 (!) notait déjà que les longues semaines étaient "communes à toute l'industrie". Et un rapport de l'IGDA (International Game Developers Association) conduit durant les premiers mois de l'année 2004 révélait que les "coups de bourre sont omniprésents", avec des semaines de 65 à 80 heures (35.2% des cas) sans compensation (46.8% des cas).

On découvrait aussi qu'une plainte avait déjà été déposée contre Electronic Arts plusieurs mois auparavant, le 29 juillet 2004. Jamie Kirschenbaum, employé par l'éditeur, accusait ce dernier de refuser de payer des heures supplémentaires aux artistes, animateurs et modeleurs 3D. Celle-ci sera suivie, sept mois plus tard, par une plainte similaire de Leander Hasty, un autre employé, pour les ingénieurs et les programmeurs cette fois.

Pendant ce temps, Electronic Arts s'abritait derrière une loi californienne qualifiant certains corps de métiers comme exempts du paiement des heures supplémentaires. "Cependant, celle-ci ne s'applique pas à l'industrie du divertissement, rétorquait EA Spouse. La télévision, le film et le théâtre sont explicitement mentionnés." Apparemment, l'éditeur a fini par adhérer à cette dernière opinion. La première affaire a été réglée à l'amiable en octobre 2005 pour la coquette somme de 15.6 millions de dollars, a distribuer entre tous les plaignants. La seconde, elle aussi, a été réglée à l'amiable il y a quelques jours. Une somme de 14.9 millions de dollars sera répartie entre les programmeurs ayant travaillé chez Electronic Arts entre le 14 février 2001 et le 14 février 2006. Selon le magazine Gamedaily, l'éditeur ne pense pas que ce paiement aura d'impact majeur sur les résultats du quatrième trimestre fiscal 2006 (Dieu merci !).

Depuis, il paraît que les conditions de travail se sont améliorées. Gamasutra rapporte que 440 employés Electronic Arts se sont vus accorder le paiement des heures supplémentaires suite au règlement de la première plainte. Environ 200 programmeurs devraient les rejoindre sous peu. De plus, le studio de Los Angeles de l'éditeur a adopté une nouvelle méthode de travail centrée sur une semaine de cinq jours avec, il semblerait, des résultats plutôt positifs. EA Spouse, du coup, a laissé tomber son masque. Le San Jose Mercury News a révélé hier qu'il s'agissait en fait d'Erin Hoffman, compagne et désormais épouse de Leander Hasty, l'initiateur de la seconde plainte. Tous deux travaillent désormais chez le même développeur indépendant, 1st Playable Productions, et ils ont "enfin le temps de lire des romans de science-fiction et de se livrer à leur passion numéro un, le jeu vidéo", dit l'article. Tout est bien qui finit bien ?