Westwood Studios donne enfin une suite à Dune 2, l'un des titres les plus importants de ces dix dernières années. Mais huit ans plus tard, le studio n'a clairement plus la même volonté d'innover.

Il a été une période à laquelle le nom de Westwood était associé à des adjectifs comme "marquant" ou "révolutionnaire". C'est à cette époque que sont sorties des perles comme Eye of the Beholder (1990) ou Dune 2 (1993), un titre révolutionnaire, justement. Celui-ci a, en effet, posé les bases du jeu de stratégie temps réel sur lesquelles des hits comme Command and Conquer ou Warcraft ont ensuite bâti des empires. Mais depuis plusieurs années, Westwood ne joue désormais qu'avec des valeurs sûres : innombrables déclinaisons de C & C, repompe de concepts populaires (celui de Diablo pour Nox), voire remake de titres classiques. Dans cette dernière catégorie, on rangera l'anecdotique Dune 2000, une copie exacte de Dune 2, mais sous Windows et avec des vidéos entre les missions.

Empereur : la Bataille pour Dune est donc la véritable suite de Dune 2, un Dune 3 en quelques sortes. Ca tombe bien puisque, bonne ou mauvaise nouvelle, le concept n'a pas changé d'un iota. Sur Arrakis, les trois factions Atréides, Harkonnen et Ordos vont donc se battre une fois de plus pour le contrôle de la planète. Il s'agit toujours de stratégie temps réel, l'Epice est toujours l'unique ressource, les besoins en énergie des bâtiments doivent être gérés, et les missions consistent, très souvent, à écraser la base de l'adversaire. Même en s'approchant un peu plus, c'est toujours la même histoire puisque l'on retrouve beaucoup d'unités et de bâtiments familiers (venant soit de Dune 2, soit de l'univers Command and Conquer).

En fait, la plupart des améliorations apportées à Dune 2 peuvent difficilement être qualifiées de nouveautés. En effet, les concepteurs ont, tout simplement, procédé à une remise à jour nécessaire de l'ancêtre au niveau "standard" des jeux de stratégie temps réel actuels. La production d'unités supporte désormais les files d'attente, de nombreux raccourcis clavier permettent d'escorter, de disperser ou de rapatrier un groupe d'unité à la base, etc. Les vraies différences entre Dune 2/2000 et Empereur concernent majoritairement des points de détails. Par exemple, plus besoin de passer par la pénible construction des plaques de béton & nbsp;; on peut désormais poser ses bâtiments directement sur les zones constructibles. Autre chose & nbsp;: les unités gagnent de l'expérience. Plus elles tuent d'ennemis et plus elles augmentent de grade, ce qui se traduit généralement par meilleure portée, meilleure résistance, meilleure efficacité au combat, etc. L'idée est intéressante mais peu exploitable en pratique, car le jeu (par définition) privilégie plus la logique de groupe que le suivi d'une unité individuelle. C'est la map générale de la planète, par contre, qui a le plus changé. La situation dans chaque zone est bien plus détaillée, et le choix est beaucoup plus vaste, puisque l'on peut désormais attaquer partout aux frontières de son empire. Par ailleurs, l'ordinateur (gérant les deux factions ennemies) a maintenant le droit à son tour de jeu & nbsp;: il faudra fréquemment défendre un territoire sous peine de voir celui-ci tomber aux mains de l'adversaire.

La différence la plus évidente, cependant, reste le passage à un moteur de jeu en 3D temps réel. Et alors, direz-vous & nbsp;? Et alors, pas grand chose. Dans les choses réussies, on retiendra la gestion de la caméra (zoom + rotation) et les graphismes, corrects. Dans les choses moins réussies, on notera qu'il est parfois difficile de faire la distinction entre une unité et une autre. Il est, par exemple, très facile de "perdre" l'empereur qu'il faut absolument protéger dans un groupe de fantassins. Et ce truc, au beau milieu, c'est quoi là & nbsp;? Un tank ou un véhicule de réparation & nbsp;? En fait, concernant ce passage à la 3D, on retiendra beaucoup d'occasions manquées de la part de Westwood. Un tel moteur aurait pu être utilisé pour créer des mini-cinématiques à l'intérieur des missions, pour zoomer ou suivre un personnage plus important que les autres... bref, pour faire vivre cet univers, pour le rendre crédible. En un mot, Empereur aurait pu suivre les traces de Starcraft. Mais le joueur aura principalement affaire à des unités et des bâtiments anonymes et, qui plus est, les rebondissements sont très peu nombreux durant les missions. Du coup, on ne comprend pas trop l'intérêt du passage à la 3D puisque, de toutes façons, il n'y a rien de particulier à voir lorsque l'on s'approche (à part le feu d'artifice stérile d'effets spéciaux).

Et si mettre l'accent sur le côté spectacle était, justement, l'intention des concepteurs & nbsp;? Cela expliquerait les 3 CDs remplis de séquences vidéo d'intérêt inégal. Si côté production et costumes, Westwood a désormais "le truc", le jeu d'acteur n'est pas encore tout à fait au point. Cela expliquerait également le niveau de difficulté étrangement bas de la campagne solo. L'ennemi attaque principalement par petites vagues, vite éliminées, et des renforts sont même fournis régulièrement au joueur (toutes les 3 minutes environ). Du coup, pas besoin de se creuser la cervelle & nbsp;: un groupement massif de deux ou trois types d'unités (anti-terrestres et anti-aériennes) suffit pour raser la carte. Pour un jeu de stratégie, on s'étonne que le challenge soit aussi peu... stratégique.

Au final, quelque soit le côté duquel on se place, Empereur est une déception. Ceux qui connaissent Dune 2 seront étonnés du peu de nouveautés apportées au concept original. Ceux qui ne connaissent pas Dune 2 seront étonnés de constater que derrière la belle 3D et les belles vidéos, il n'y a qu'un jeu de stratégie temps réel lambda. Empereur n'est pas désagréable à jouer & nbsp;: il est propre et bien réalisé, et le concept, même s'il est loin d'être novateur, reste intéressant. Dommage que Westwood se soit contenté du minimum syndical côté gameplay (pour privilégier les fameuses vidéos & nbsp;?). L'objectif était probablement d'attirer un public très large vers le titre, ce qui ne poserait pas un problème si cette volonté d'ouverture ne se faisait tant au détriment de l'intérêt stratégique du jeu. Rendez-vous dans deux ans pour Dune 2003.