L'analyste Michael Pachter estime que le célèbre salon américain est "sur le chemin de l'extinction," alors que de nombreux éditeurs et journalistes se sont déjà montrés vivement critiques de la dernière édition. Consensus : l'évènement doit "changer ou mourir."
Pour le fameux analyste, le relatif échec de la dernière édition de l'E3 peut se résumer en deux idées simples : trop tard et trop petit. Trop tard parce qu'à la mi-juillet, l'évènement tombe en plein durant les vacances d'été, période où beaucoup des secteurs d'activité à priori intéressés par ce genre de salon (investisseurs, médias, revendeurs, etc.) tournent au ralenti, souvent en effectifs réduits. Trop tard également parce que les grosses annonces de la cruciale saison automne/hiver sont déjà tombées et les décisions importantes, côté distribution, sont déjà prises. Trop petit, enfin, pour véritablement attirer l'attention des grands médias généralistes, plutôt friands de grand spectacle et d'extravagance, voire l'attention des médias spécialisés alors que les évènements similaires (globaux ou centrés autour d'un éditeur particulier) se multiplient désormais tout au long de l'année. "Le manque de spectacle va probablement tenir la presse à l'écart, le manque de surprises va tenir les distributeurs à l'écart, et le manque d'interactions avec les hauts-responsables va probablement tenir les investisseurs à l'écart, estime Pachter. Sans ces trois constituantes, le salon va probablement perdre de son intérêt."

L'analyste est le dernier en date à formuler ses critiques – mais il est loin d'être le premier. Depuis la fin du salon, jeudi dernier, nombreux sont ceux, côté éditeur comme côté journaliste, étant parvenus aux mêmes conclusions. John Riccitiello (PDG d'Electronic Arts) ou Alain Corre (directeur général Ubi Soft pour les territoires EMEA – Europe, Moyen-Orient, Asie-Pacifique) ont déjà exprimé leur déception, certains tels que David Perry (ex-fondateur de Shiny Entertainment désormais chez le nouveau Acclaim) estimant même que l'évènement fait désormais "honte" à l'industrie. "Le monde entier venait à l'E3, a déclaré Laurent Detoc, president d'Ubi Soft Amérique du Nord au San Francisco Chronicle. Maintenant, on dirait une convention de plombiers tenue dans un garage." Des réactions qu'Overgame a également entendues durant ces quatre jours, le représentant d'un grand éditeur regrettant en particulier l'absence de la grande distribution. "Je n'ai même vu personne de chez Wal-Mart, nous avait-il confié. C'est un salon américain professionnel de jeu vidéo et Wal-Mart [NDR : le revendeur le plus important et le plus puissant du territoire] n'est même pas là !" Les éditorialistes de sites tels que GamePolitics (chez Joystiq) ou Edge/Next Generation prédisent eux la mort de l'E3 actuel et "l'inévitabilité du changement."

On ne peut cependant s'empêcher de relever là une certaine ironie. C'est en effet l'ESA elle-même (l'association américaine des développeurs de jeux et l'organisatrice de l'évènement) qui, sous la pression des grands éditeurs et constructeurs disait-on à l'époque, avait décidé de réduire dramatiquement l'envergure du salon peu après la fin de l'édition 2006, laquelle avait attiré environ 60.000 participants. A titre de comparaison, 5.000 personnes auraient arpenté les couloirs du L.A. Convention Center la semaine dernière. "La couverture médiatique résultant des précédents salons avait beaucoup plus de valeur que ce que la plupart des membres de l'ESA voulaient bien reconnaître," estime Michael Pachter. Selon les informations de l'analyste, la "grande majorité" des ces membres souhaiterait désormais revenir au spectacle des précédents E3 mais "certains des adhérents les plus influents" freineraient le mouvement, apparemment peu attirés par la perspective de recommencer à dépenser des sommes astronomiques pour assurer la promotion de leurs titres pendant trois jours. L'ESA, pourtant, est confiant dans sa capacité à atteindre un consensus acceptable entre la folle extravagance de l'ancienne version et l'embarrassante austérité de l'actuelle. "Il nous faut juste nous mettre d'accord sur un juste milieu," a promis Mike Gallagher, président de l'association, au San Francisco Chronicle.


[Image de une : escalier principal de l'E3, édition 2006, en fin de salon]