Toujours en phase de beta "fermée" après plusieurs retards, l'univers virtuel Sony se dévoile à quelques centaines de milliers de testeurs : un "troisième monde" réaliste au potentiel évident mais un peu gauche et, surtout, encore en manque de contenu.
Première surprise : la taille du téléchargement, 77 Mo, à peine de quoi caser un album MP3. Anguille sous roche ? Oui. Home, apparemment, fonctionne en stream total. Dans les 77 Mo, on trouve l'essentiel, à savoir le programme de base et le module de création d'avatar. Tout, ensuite, est téléchargé au fur à mesure des besoins puis mis en cache dans un fichier de trois giga-octets créé lors de l'installation. Le procédé a bien sûr ses avantages et ses inconvénients : l'entrée dans l'univers Sony est ainsi très rapide, mais des pauses de plusieurs minutes viennent régulièrement déranger l'exploration lorsque l'on pénètre dans un endroit encore non visité, ce qui, cache oblige, devient certes beaucoup moins fréquent à l'usage.

Sony n'a jamais caché son ambition de faire de Home un univers réaliste, une approche diamétralement opposée à celle retenue par Nintendo ou Microsoft pour leurs Miis et Avatars. Et les choses sont claires dès le lancement du module de création de personnage, à mille lieues de celui de la Wii ou de la Xbox 360. Outre les nombreuses coupes de cheveux disponibles, des dizaines d'options permettent de modifier très précisément la structure du visage, jusqu'à la forme du crâne, la taille des pommettes ou l'espacement des yeux. D'innombrables combinaisons, donc, mais curieusement, beaucoup des avatars apparaissent étonnamment similaires, peut-être parce que l'on prête finalement assez peu attention aux détails du visage une fois lancés et que la sélection de vêtements et d'accessoires, la partie la plus immédiatement visible et reconnaissable, est elle très limitée.

De manière générale, beta oblige, la version actuelle de Home est d'ailleurs encore très légère en contenu. Le fameux centre commercial, par exemple, est entièrement vide, même si l'on imagine aisément qu'il se peuplera en multiples opportunités de micro-transactions d'ici la sortie publique du programme. Une fois sorti de son appartement – superbe pied à terre en bord de mer, bercé par le bruit des mouettes –, la destination numéro un est donc à l'heure actuelle la salle de jeux, à l'intérieur de laquelle trônent une poignée de tables de billard et de bornes d'arcade ainsi que quelques couloirs de bowling. C'est ici que l'un des prochains problèmes auxquels Sony aura à faire face se révèle : la surpopulation. D'ores et déjà, en phase de beta fermée (avec donc un nombre de participants réduit, on imagine), il est assez difficile de pouvoir jouer. Lorsqu'une ou plusieurs personnes s'installent, en effet, la table, la borne ou le couloir en question est verrouillé et interdit d'accès, par souci de réalisme on suppose, une piètre consolation pour ceux qui doivent se contenter de regarder. Sony semble pourtant déjà répartir la population de Home sur différents serveurs puisque Bliss et moi avons dû utiliser la fonction "Rejoindre" pour effectivement nous voir, malgré le fait que nous étions tous deux connectés.

La salle de cinéma propose elle aussi à l'heure actuelle un aperçu possible du futur de Home. En l'absence de variété dans le programme (une unique bande-annonce y est projetée), les personnes présentes transforment l'endroit en une sorte de chat room géante, exercice rendu périlleux quand beaucoup ne disposent ni de claviers USB, ni de microphones. La grande conversation attendue tourne donc au rassemblement de sourds-muets, spectacle d'autant plus incongru que l'esprit Internet finit rapidement par avoir le dessus. Insultes et débilités diverses fusent, plutôt drôle et sympathique (pour qui vénère l'inimitable 4chan, en tout cas) mais peut-être pas forcément le type d'interactions que Sony a envie de voir au sein de son univers virtuel. En cela, il sera intéressant de voir comment le fabricant décidera (ou non) de policer l'endroit.

En fait, au-delà de cette expérience ponctuelle, Home tout entier laisse une impression d'univers un peu bancal et gauche, un transfuge du monde PC (roi incontesté du genre MMO) peu adapté aux spécificités de la plateforme console. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir permis (comme le fait déjà le sautillant LittleBigPlanet) de pouvoir contrôler les membres et le torse de son avatar à l'aide des boutons analogiques, ce qui aurait déjà rendu l'univers plus vivant et aurait limité son côté "musée de cire" ? Au lieu de cela, l'utilisateur doit s'encombrer de menus déroulants et de claviers virtuels, interface suffisante, certes, mais loin d'être élégante. Non pas qu'au-delà de cette première impression, l'univers ne laisse pas entrevoir des possibilités fantastiques : écoute de musique partagée avec ses amis dans son appart', avant-premières de jeux avec présence des développeurs "en personne"… le fameux troisième monde, en somme, objectif revendiqué par Sony depuis la Playstation 2. Une expérience au potentiel évident mais dont le summum, pour l'instant, est une lap dance virtuelle donnée par un petit gigolo en T-shirt moulant dans le cinoche, alors que repassait pour la vingt-et-unième fois à l'écran le même trailer de SOCOM.


Note : nos impressions sont basées sur la version américaine du service, légèrement différente de la version européenne. La salle de cinéma de cette dernière dispose par exemple de plusieurs écrans de projection, chacun montrant une vidéo différente.