Spong avait raison lorsque, le 26 août dernier, le magazine prédisait la révélation de la manette Revolution pour le Tokyo Game Show. Là où l'article se plantait, en revanche, c'est sur "l'inévitable déception" censée suivre l'annonce. "Il ne s'agira pas d'une machine à remonter le temps," pouvait-on lire. "Il s'agira d'une manette de jeu avec une sorte de truc en plus."
Raté. La manette de la Revolution (qui n'est, c'est maintenant certain, qu'un nom de code) n'est, en fait, même pas une manette à proprement parler. Petite, rectangulaire et dénué de pads analogiques, le périphérique évoque immédiatement une télécommande élégante, comme celle qui équipe déjà votre téléviseur ou votre lecteur DVD. Mais tout cela fait partie d'une stratégie étudiée. "Pour étendre le public joueur, c'est à nous de concevoir une manette avec laquelle n'importe quel membre de la famille peut se sentir familier," a confié Satoru Iwata, PDG de Nintendo, au public présent lors de la conférence. Et quoi de plus familier qu'une télécommande ?
La "télécommande" Revolution n'a, bien entendu, rien de traditionnel. Déjà, elle vibre. Elle est également ornée, sur sa face avant, d'une croix digitale et de quelques boutons (un gros A, des petits "Home", "Start" et "Select" ainsi qu'une paire de "a" et "b"). Une gâchette B est placée sous l'objet. Le vrai "truc", cependant, est que la manette agit comme une sorte de souris 3D. Des capteurs placés de part et d'autre du téléviseur couplés à une puce présente à l'intérieur du périphérique permettent de saisir les moindres mouvements de la main. Les applications sont donc nombreuses : light gun, épée virtuelle, couper du sushi, pilotage d'avions, pêche, voire maracas ou batterie (à la Taiko Drum Master) avec une deuxième manette. Mais comme une vidéo vaut mieux qu'un long discours, on vous recommandera de télécharger le teaser mis à disposition par le site IGN.
Et ce n'est pas tout. A la base de la manette se trouve une prise permettant de brancher divers add-ons, Nintendo n'ayant dévoilé pour le moment que le pad analogique. Doté de deux boutons "Z" supplémentaires, celui-ci semble particulièrement adapté aux jeux d'action en vue subjective ; la télécommande pour contrôler la caméra, pointer et tirer, le pad analogique pour se déplacer. Un système directement inspiré, on s'en doute, du couple souris-clavier du PC et qui rendra peut-être ce genre de jeux enfin supportable sur consoles. D'autres add-ons sont également possibles, suivant les besoins des développeurs pour leurs titres ou pour émuler les manettes de la SNES ou de la N64 puisque la machine est théoriquement rétro-compatible avec l'intégralité de la logithèque Nintendo. En ce qui concerne la NES, il suffit simplement de tourner la télécommande en position horizontale.
On ne peut que très sincèrement saluer Nintendo pour avoir réussi l'impensable : surprendre tout le monde malgré la myriade de rumeurs et de spéculations qui ont noyé tous les forums de la planète depuis des mois. Malgré tout, l'annonce suscite plus de questions que de réponses. La plus évidente est certainement de savoir si tout cela se révèlera pratique et confortable à l'usage pour les genres les plus populaires, parmi lesquels les indispensables jeux de plate-forme Mario, les Zelda, les Smash Bros Melee et autres Mario Party. D'ailleurs, y aura-t-il des genres auxquels cette télécommande bizarre ne sera pas du tout adaptée ? De manière plus générale, les développeurs seront-ils prêts à dédier du temps (et donc de l'argent) pour concevoir des titres qui ne fonctionneront à priori que pour Revolution ? En ce qui concerne les portages, les éditeurs prendront-ils le temps nécessaire d'adapter un titre à ce schéma de contrôle unique ? En rejetant quasi-complètement le moule Sony-Microsoft, Nintendo prend un risque certain qui achèvera d'isoler le constructeur dans son rôle d'acteur de niche du marché des consoles de salon ou, au contraire, le hissera une nouvelle fois au rang de pionnier et de sauveur de l'industrie.
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