Les joueurs ne sont pas les seuls à plébisciter la simulation fun de guitare électrique. Selon le Wall Street Journal, le titre est devenu un indispensable pour bon nombre de groupes rock. Qui y trouvent une expérience à la fois familière et résolument singulière.
Alors oui, il y a une raison pour laquelle, en ce moment, les articles d'Overgame sont souvent rédigés à la dernière minute. Et cette raison (cette excuse ?) se nomme Guitar Hero. Rien d'étonnant à cela ; en plus de faire la quasi-unanimité chez les joueurs et les critiques, le titre, sorti en mai en France et il y a un an aux Etats-Unis, touche presque au statut de phénomène de société en faisant des apparitions guest star dans des séries télé ou en métamorphosant de sages présentateurs de JT en bêtes de rock'n'roll. Malgré tout, impossible de démarrer une discussion sur le sujet de Guitar Hero dans un forum ou une section commentaires sans qu'un troll ne débarque et ne pose cette question, toujours la même : pourquoi perdre son temps à refaire cent fois le redoutable solo du "Bark at the Moon" d'Ozzy Osbourne en mode Expert quand on peut s'entraîner à faire la même chose avec une vraie guitare ? Ha !

Bien sûr, la réplique est évidente ; l'un n'empêche absolument pas l'autre. D'un côté, la réalité, la vraie guitare, une expérience certes infiniment plus riche mais nécessitant également de longues heures de répète, de la patience et des doigts à vif. De l'autre, le jeu vidéo, fun, facile à prendre en main mais difficile à maîtriser complètement. Deux challenges à la fois très similaires et très différents. En fait, le Wall Street Journal révèle que Guitar Hero cartonne même chez les musiciens professionnels. Selon le quotidien, le titre est devenu un accessoire essentiel dans les bus de tournée et les studios d'enregistrement car il permet aux artistes de vivre un fantasme que la réalité n'offre pas toujours. "Parfois, prétendre être une rock star pour quelques minutes est plus fun que de l'être réellement," avance l'article.

Parmi les accros, on compte ainsi Korn, Trent Reznor de Nine Inch Nails, ou Tool. Détail amusant : Guitar Hero se révèle souvent être d'une difficulté surprenante pour les guitaristes confirmés, même s'ils connaissent par cœur le sujet. "J'ai rencontré Josh Homme des Queens of the Stone Age [à Portland], racontait Clark Vogeler, guitariste du groupe The Toadies, dans le numéro d'octobre du magazine Electronic Gaming Monthly. Je lui ai demandé ce que ça lui faisait de voir son morceau 'No one knows' dans le jeu. Il m'a répondu d'un air frustré, 'Je ne peux même pas jouer ma propre chanson !'" Même constat pour Michael Einziger, le guitariste d'Incubus, qui s'est dit "choqué de la difficulté" lorsqu'il a voulu rejouer "Stellar", extrait de l'un des albums du groupe. "Il admet qu'il s'est fait battre largement par sa petite sœur de 14 ans," indique le Wall Street Journal.

Marcus Henderson, le guitariste responsable de l'enregistrement des morceaux de Guitar Hero II, confirme : "en mode expert, il y a de quoi s'entortiller complètement les doigts – c'est même plus difficile que sur une vraie guitare." L'un des lecteurs du site Slashdot avance une explication. Selon lui, c'est l'impossibilité de glisser verticalement de corde à corde, signifiant que tous les accords se font sur des déplacements latéraux, qui fait la difficulté. Du coup, y a-t-il quoi que ce soit à apprendre de Guitar Hero ? Red Octane et Harmonix, créateurs et développeurs du concept, espèrent que leur titre suscitera au moins des vocations. "Pourquoi n'essaieriez vous pas une vraie guitare ?" peut-on lire sur l'un des écrans de chargement du jeu. Et Vogeler, lui, voit dans le logiciel un excellent tutorial pour démarrer l'apprentissage de l'instrument sur de bonnes bases. Même si l'opinion d'Einziger reste ferme. "Ca n'a rien à voir avec une vraie guitare, estime-t-il. Tout est basé sur la rythmique." Similaire et, en même temps, très différent.