La première bande-annonce du titre, tout juste sortie, révèle un héros en quête d'une vie différente. Un thème intéressant au moment où Take Two cherche son second souffle et où les actionnaires, lassés des scandales, viennent de prendre les rênes de la direction.
Dire que la bande-annonce était attendue relève du plus ridicule des euphémismes. On parle là d'une série dont le dernier épisode original (San Andreas, sorti en 2004 sur Playstation 2) s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires rien que durant ses six premiers jours de disponibilité aux Etats-Unis. D'un titre pour lequel Microsoft s'est très certainement battu bec et ongles, arrachant au passage la définition même de l'exclusivité juteuse à Sony. D'un jeu phénomène culturel cité en exemple à toutes les occasions, des meilleures (le gameplay) jusqu'aux pires (la violence).

Rockstar avait d'ailleurs bien préparé le terrain. Après avoir daté en début de mois la sortie de la bande-annonce, l'éditeur s'était payé la semaine dernière trente minutes d'antenne sur la chaîne américaine FX. Diffusé à deux heures du matin, le gigantesque spot hypnotique montrait un simple compte à rebours et invitait les insomniaques curieux à se diriger vers le site web officiel. L'opération, quasi-virale, avait particulièrement impressionné Rob Fermier, l'un des employés d'Ensemble Studios (la série Age of Empires). "On atteint là des niveaux phénoménaux, notait le programmeur. C'est une promo (télé) pour la promo (site web) de la promo (bande-annonce) d'un jeu vidéo. Evidemment, j'ai eu vent du spot via un autre site web, ce qui rajoute encore un autre niveau de promo..."

Bref, la bande-annonce a enfin fait sa grande entrée et après une petite heure de tuyaux bouchés, la fameuse vidéo peut désormais être téléchargée via une multitude de miroirs (la version HD en 1280x720 a marché pour nous chez Rockstar). Pas de bol, aucun détail de gameplay n'est révélé. On se rabattra donc sur le pur spectacle des graphismes, évidemment fabuleux. Au contraire des précédents volets, qui utilisaient l'antique Renderware développé par Criterion (Burnout, Black), Grand Theft Auto IV est basé sur un moteur 3D maison, le RAGE, déjà rodé dans Table Tennis. Selon l'éditeur, interrogé par Gamespot, la bande-annonce a été "capturée directement du jeu en 720p et en temps réel sur une console de nouvelle génération", qui pourrait donc être aussi bien la Xbox 360 que la Playstation 3. Des scènes photo-réalistes de la vie quotidienne défilent sur une musique de Philip Glass (Koyaanisqatsi nous dit-on), choix rafraîchissant qui évite judicieusement le piège du tube hip-hop attendu et annonce la "corruption morale, le chaos" qui sont au cœur scénaristique de la série depuis au moins GTA III. "La vie est compliquée, commence alors la voix-off. J'ai tué des gens, fait passer des gens, vendu des gens. Peut-être qu'ici, les choses seront différentes."

Un nouveau départ, donc, thème intéressant car tous les signes indiquent que le titre se déroulera à Liberty City, tout comme Grand Theft Auto III, premier épisode de la trilogie de troisième génération qui a marqué le passage spectaculaire de la 2D à la 3D. Mais le nouveau départ sera peut-être aussi pour Rockstar. Car coïncidence frappante, c'est aujourd'hui que les actionnaires majoritaires de Take Two, fatigués d'années de magouilles et de scandales, ont procédé à un véritable coup d'Etat en imposant leur propre conseil d'administration. Et c'est également aujourd'hui que Wired publie un article épique relatant grandeur et décadence de l'éditeur rock star. "Les ventes de Bully sont tombés à plat, constate le magazine. L'année précédente, l'adaptation du film The Warriors avait connu un destin similaire. Et désormais, même le coup sûr GTA semble battre de l'aile. Vice City Stories, une déclinaison pour la PSP sortie en octobre et portée sur PS2 en mars, est la pire vente dans l'histoire de la franchise." Autant dire que les enjeux sont colossaux. Les développeurs ayant clairement annoncé la couleur d'un IV solennel, les joueurs n'attendent désormais du titre rien de moins que le véritable successeur de Grand Theft Auto III, une transition générationnelle qui se devra d'aller plus loin que le simple clone de San Andreas en HD. Et pour les actionnaires, c'est une chance, à condition que le jeu soit un succès, de pouvoir "payer les amendes et régler les derniers procès" accumulées par Rockstar et Take Two, estime Wired. "L'ironie est extraordinaire, remarque le magazine. La société qui a défini le concept de criminalité virtuelle est désormais impliqué dans des affaires réelles." Eh ouais. La vie, à l'inverse de l'univers fantasmatico-satirique de Grand Theft Auto, est bien compliquée.


[Bande-annonce, entre autres, sur le site officiel. Liste de miroirs chez Joystiq. La sortie américaine de Grand Theft Auto IV est fixée au 16 octobre 2007 sur Xbox 360 et Playstation 3. L'Europe devrait suivre le 19 octobre.]