Pour le PDG d'Epic, c'est la console que tout le monde a mais que personne n'allume, une déclaration provoc' qui masque une certaine vérité : les possesseurs de Wii, plutôt casual et satisfaits de peu, achètent moins de jeux que les autres. Explications.
Ce n'est pas la première fois que la machine Nintendo est prise pour cible : diverses figures de l'industrie vidéo l'ont déjà qualifié de gimmick ou de gadget, quand celle-ci n'était pas carrément "de la merde." Interrogé ce week-end par le magazine IGN, Mike Capps, président d'Epic Games, tient lui un propos plus nuancé, concédant que le constructeur "sait ce qu'il fait" et reconnaissant à la Wii des qualités certaines (entre autres, celle d'avoir fait rejouer ses parents, ce qui n'était apparemment pas arrivé depuis l'époque de l'Atari 2600). Le responsable suggère néanmoins que le succès de la console tiendrait avant tout au pouvoir de séduction de son système de contrôle unique, un phénomène de bouche à oreille à double tranchant qu'il compare à un "virus." "Tu achètes la console et tu y joues avec tes amis et ceux-ci disent, 'Woah, c'est génial, je vais en acheter une,' constate-t-il. Deux mois plus tard, tu as arrêté d'y jouer, mais tes amis l'ont acheté et eux aussi ont arrêté d'y jouer après deux mois, mais entre temps ils l'ont montré à quelqu'un d'autre, et ce quelqu'un d'autre est allé l'acheter, etc. Tous les gens que je connais en ont acheté une et ils ne l'allument jamais. De toute évidence, il y a des personnes qui adorent cette machine et qui y jouent et qui adorent ses jeux, mais j'attends toujours le titre qui me donnera envie de jouer à ma console."

Justement, le New York Times explore aujourd'hui les raisons pour lesquelles le public Wii, pourtant en très large nombre, achète moins de jeux comparé à celui des consoles concurrentes. Selon le quotidien, la moyenne annuelle se situerait à 3.7 jeux par an pour les possesseurs de la console Nintendo, contre 4.7 pour les possesseurs de Xbox 360 et 4.6 pour les possesseurs de Playstation 3. Bien sûr, chacun expliquera le phénomène à sa manière. Beaucoup de hardcore gamers estiment ainsi la logithèque Wii exempte de titres réellement conçus pour eux, un point que Shigeru Miyamoto a une nouvelle fois réfuté il y a peu. Se pose par ailleurs régulièrement la question de la qualité de la production en provenance des éditeurs tiers, envahie selon certains de portages PS2 et de titres vite faits mal faits conçus uniquement dans le but de capitaliser sur la popularité de la machine. Pour le New York Times, cependant, une bonne partie du problème résiderait dans les habitudes d'achat du nouveau public séduit par Nintendo. Mères de famille et joueurs occasionnels ne seraient pas aussi avides de nouveauté que les traditionnels core gamers. "Ces nouveaux joueurs se satisfont des titres qu'ils ont et, bien souvent, ne vont pas plus loin que le Wii Sports fourni avec la machine," confirme l'article.

La situation pose à priori un problème évident. Certains studios, ainsi, considèrent désormais le développement de titres casual Wii comme à peine moins risqué que celui d'un projet traditionnel à plus gros budget. "Personnellement, je n'ai pas trop étudié ce marché, mais il me semble que pour une poignée de titres qui se vendent à un ou deux millions d'exemplaires, il y en a beaucoup qui ne se vendent pas du tout, remarque Ray Nakazato, président de feelplus, développeur de Lost Odyssey, chez Gamasutra. Bien que les coûts de développement soient très petits, je pense personnellement qu'il s'agit d'un marché très risqué." Pour d'autres, en revanche, le pari Wii a payé au point de sauver la société de la faillite. L'éditeur Majesco, moribond en 2006, a ainsi connu une résurrection spectaculaire grâce à un virage casual adroitement négocié, supporté par le succès de la série Cooking Mama. Seul Nintendo ne semble pas concerné par ces considérations puisque la société continue à transformer en or tout ce qu'elle touche. Après avoir complètement dominé les derniers charts américains avec 2.7 millions de Super Smash Bros. Brawl vendus, le constructeur compte désormais faire de l'arrivée prochaine de Wii Fit en Occident un évènement, événement qui, selon l'analyste Michael Pachter, a toutes les chances de faire une nouvelle fois mouche chez les "non-joueurs." "Je parie qu'ils vont en vendre un million par semaine pour chaque kilo qu'Oprah [NDR : reine black du talk show féminin et idole des femmes au foyer] dira avoir perdu grâce au titre," prédit-il avec humour au New York Times.