On se croyait vacciné avec les sorties mouvementées de consoles japonaises, les baisses de prix provocantes quelques mois plus tard, les communiqués racoleurs, les retards de jeux, les fausses promesses, et VLAN, le nouvel arrivant Microsoft réinvente le jeu en baissant dramatiquement le prix de sa console un mois après sa sortie ! La Xbox, où la première console qui ne sait pas ce qu’elle vaut. Réflexions.

La Xbox passe de 479 € à 299 € six semaines après son lancement européen ! A défaut d’explications en provenance directe de Microsoft, la baisse brutale du prix de la Xbox si vite après son lancement européen peut être expliquée d’au moins trois façons :  a) réaction dramatique à un échec commercial si profond que Microsoft est obligé de jouer d’emblée sa dernière carte avant la sortie d’une GameCube (3 mai) susceptible de lui donner un coup de grâce.  b) stratégie prévue de longue date où l’Europe serait le terrain choisi par Microsoft pour essayer de vendre la Xbox au prix qu’elle devrait coûter partout mais que le géant américain se serait interdit de faire aux USA et au Japon où la Xbox a été directement introduite à un prix plus « raisonnable » (USA : 337 € / Japon : 301 €).  c) Microsoft, puissance financière incalculable, avance au coup par coup, s'offre le luxe d'improviser. La société américaine refusant de communiquer les véritables chiffres de vente en Europe, masquant par son silence les témoignages alarmant sur le terrain, faisant le gros dos aux réclamations concernant les rayures qui semblent apparaître sur quelques DVD, il ne reste plus aux observateurs qu’à spéculer sur ce qui ressemble de plus en plus à une débâcle. Y a-t-il oui ou non une stratégie commerciale maîtrisée de la Xbox en Europe ? Jusqu’à quel point, porté par sa puissance financière phénoménale et son omniprésence sur le terrain des logiciels, Microsoft joue-t-il les apprentis sorciers sur un secteur dominé par les japonais depuis 25 ans ? Une industrie au fond, jamais domestiqué : pas de standardisation des systèmes, prix à peine contrôlés, communications sauvages parce que visant un public jeune, culture mal comprise, sans surveillance de "sages" ? Imagine-t-on Microsoft baisser de 40 % le prix de vente de la dernière version de son logiciel fétiche Windows s’il ne trouvait pas immédiatement son public ? Un tel virage stratégique est-il faisable sans sombrer dans le ridicule en dehors de l’étrange monde des jeux vidéo ? Le quotidien économique Les Echos rappelle, dans un article aujourd’hui, qu’avec ses réserves financières de plus de 43 milliards d’euros, Microsoft est tout à fait en mesure d’encaisser les mauvaises ventes de sa console et donc, sans doute, de vendre la console à perte au Japon (34 800 yens / 301 €), ou au compte goutte en Europe. Selon l’agence Reuters, l’analyste Mark Meeker de Morgan Stanley laisse entendre que Microsoft pourrait perdre 1 milliard de dollars sur le dos de la Xbox avant de retrouver un équilibre financier vers la fin 2004. Une assise économique, en revanche, dont ne peuvent se prévaloir les nombreux éditeurs ayant travaillé pour la Xbox. Vendre seulement quelques milliers d’unités de jeux qui ont coûté des millions de francs à développer pourrait faire beaucoup de mal aux éditeurs qui ont parié sur un parc de Xbox important pour amortir leur coûts de développement. Certains, comme, Brian Farrell, le directeur général de THQ, n’ont ainsi pas hésité dernièrement à demander publiquement à Microsoft de baisser le prix de vente de sa console « plutôt maintenant que plus tard ». Les ventes de la Xbox ont fini par tellement ralentir aux Etats-Unis (300 000 unités en mars) sans jamais décoller au Japon (estimations de 180 000 unités à 400 000 écoulées selon les sources) et en Europe (± 20 000 en France) que cela pourrait affecter la société Flextronics International qui assemble les Xbox au Mexique et en Hongrie ! Quelle que soit sa capacité à encaisser, critiques et pertes financières, Microsoft ne pouvait plus longtemps rester passif. Ce qu’on ne comprend pas, finalement, c’est ce qui a pu se passer dans la tête de Microsoft Europe pour croire que la Xbox se vendrait à un tel prix alors que, même plébiscitée, la PlayStation 2 a eu du mal à s’imposer dans les foyers et dans les médias avant de baisser son prix à 299 € un an après sa sortie ; alors que la GameCube et l’héritage Nintendo allaient être bientôt proposés pour deux fois moins cher que la Xbox. Aveuglement ? Ignorance grossière du secteur ? Excès de confiance ? Accoudé à n’importe quel comptoir de bars, de magasins de jeux vidéo ou de bureaux d’études, tout un chacun diagnostiquait la Xbox trop chère à la vente. Microsoft n’a pas cru que ces réserves se répercuteraient directement sur les ventes ? L’assurance forcenée de Michel Cassius, Directeur du Publishing Xbox Europe, à déclarer lors de son passage à Paris qu’à 479 € « La Xbox vaut son prix. » et que « Tout ce qu’elle comprend comme composants dernier cri justifie son prix » transforme cette soudaine baisse de prix en un aveu, soit d’imposture, soit de baratinage caractérisé. La baisse du prix est-elle une bonne chose ? Oui, bien sûr, puisque la Xbox devient instantanément compétitive avec la PlayStation 2 (299 € + télécommande DVD gratuite) et la GameCube (249 €) pour les joueurs / consommateurs. Malgré des jeux Xbox encore vendus au-dessus de la moyenne (69 € contre 59 € chez la concurrence), la console Xbox est enfin en Europe le vrai produit d’appel qu’elle aurait dû être depuis le début. Après tout, si la Xbox coûte cher parce qu’il y a un disque dur intégré, ou un lecteur de DVD, ce n’est pas le consommateur qui l’a réclamé, mais bien Microsoft qui l’a décidé. En baissant le prix de la Xbox en Europe, Microsoft assume enfin ses choix industriels, sa position de challenger, et ravale sûrement son orgueil. Une fois le légitime vent chargé de critiques et de railleries retombé, il restera les faits : la Xbox est enfin abordable. François de la Boissière