Si les jeux vidéo étaient des albums musicaux, on boufferait à longueur de journée du faux punk, du gangsta rap ou des bandes originales de film. A côté de cela, le genre indie rock, popularisé en son temps par les Stone Roses, My Bloody Valentine et autres Ride, se fait plus rare. Ce qui, quelque part, tombe sous le sens. Même si l'on assiste à une lente montée en puissance du développement indépendant (via la plate-forme de distribution en ligne Steam, entre autres), le médium reste encore majoritairement la chasse gardée des majors tels qu'Electronic Arts ou Activision. Dès l'écran principal, Stubbs the Zombie, lui, donne le ton avec une bande-son réellement alternative (que l'on retrouve d'ailleurs sur un excellent CD) : des groupes comme Cake, les Dandy Warhols ou les Flaming Lips y électrifient les années 50 américaines, proposant une relecture excitante des classiques les plus populaires de l'époque.
Stubbs a tout du jeu rebelle. Un jeune studio voulant montrer qu'il est possible de réaliser des bons jeux "sans costards-cravate obsédés par le pognon ou clowns marketing", un éditeur normalement spécialisé dans les conversions de jeux sur Mac... et un univers singulier, pas très loin des obsessions surf band et science-fiction des Pixies, période Bossanova. En apparence, c'est Punchbowl, petite ville parfaite entièrement robotisée et automatisée, compteur bloqué sur le visage bienveillant des magic fifties. Sous terre, cependant, un cadavre mort trop tôt entend bien jeter un désordre nécessaire dans les rues de la cité rétro-futuriste. "Rien n'est plus synonyme d'effondrement complet de toutes les lois naturelles qu'une invasion de zombies," explique Wideload, le développeur, "et ce genre de chaos constitue un point de départ attractif pour un jeu vidéo. Qui plus est, les zombies ont été montrés comme des ennemis pendant trop longtemps. Nous leur donnons autant la parole qu'au reste des personnages."
Cette expérience du chaos est effectivement l'un des aspects les plus réussis du titre. Dans la peau dégoûtante de Stubbs, le joueur dévore les cerveaux et se constitue ainsi une petite armée de morts-vivants, laquelle déferlera ensuite sur les passants ou sur les adversaires. Accessoirement, un organe peut se transformer en explosif et un pet, en catastrophe bactériologique. Si le gameplay peut parfois sembler un peu trop dépouillé, cependant, c'est parce que Wideload s'éparpille au lieu d'approfondir ses concepts de base (la contamination, le corps comme arme). Stubbs peut ainsi conduire certains véhicules. Mais pourquoi faire ? Depuis quand les zombies ont-ils le permis ? Même chose en ce qui concerne la fonction de possession des ennemis, une promesse alléchante pour ce qui n'est, en fait, qu'un jeu d'action à la troisième personne parfaitement dispensable.
C'est lorsqu'il refuse tout compromis que Stubbs se révèle le plus attachant. Par exemple, lorsqu'il se laisse aller à un humour parfois très politiquement incorrect ("Q. Qu'est-ce qui est orange et qui va bien aux hippies ? R. Le feu," lira-t-on sur le site web officiel). Tellement incorrect, en fait, que les scènes de "cannibalisme" du titre ont récemment attiré la colère des têtes bien pensantes de l'institut national des médias et de la famille aux Etats-Unis. Ce genre de jeu est, paraît-il, "dangereux pour la santé des enfants" selon un sénateur américain. Des accusations que Wideload pourrait presque prendre comme un compliment ; ne disait-on pas la même chose du rock'n'roll, il y a plus de cinquante ans ? Et c'est finalement cela qui rend le titre si précieux. Malgré ses défauts, Stubbs the Zombie parvient à faire vivre un vrai esprit indépendant au beau milieu des productions bien balisées du mainstream. Et concrétise, du coup, une proposition intéressante de contre-culture jeu vidéo.
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