Dans le magazine américain EGM, Jack Tretton, président de Sony Computer USA, revient sur les attaques qu'a subies la Playstation 3 ces dernières semaines. Et suggère involontairement que si problème il y a, il concerne peut-être l'image que véhicule la société.
Cela fait déjà un bon mois que Sony est sur la défensive ; la Playstation 3, dernière console du constructeur, est en effet attaquée de toutes parts. Les joueurs lui reprochent son prix excessif, son line-up maigrichon. Les analystes s'inquiètent des chiffres de vente, doutent de la capacité du fabricant à respecter ses objectifs de livraison pour la fin mars. La presse, elle, synthétise toutes ces opinions et oppose la disponibilité très correcte de la PS3 dans les magasins à la rareté de Wii, suggérant une demande finalement très tiède pour la machine Sony.

Dans "Battlestation!", un dossier passionnant dont des extraits avaient été publiés il y a quelques jours sur le site 1Up, le dernier numéro du magazine papier américain Electronic Gaming Monthly pose finalement une question très pertinente : la situation que connait actuellement Sony avec la Playstation 3 est-elle réellement inquiétante ou bien assiste-t-on plutôt à une espèce d'hystérie collective, un désir pervers du public de voir brûler ses idoles de la veille ? Le constructeur, bien entendu, penche pour la dernière option. "Le problème que nous avons... c'est la société en général. Nous avons été le leader indiscutable pendant plus d'une décennie maintenant, et les gens attendent désormais que nous trébuchions, et ça n'est pas arrivé, donc ces mêmes personnes essaient de créer des rumeurs qui ne sont basées sur aucun fait. La réalité est que quelque soit la mesure de succès adoptée – et je vous mets au défi d'en trouver une qui ne soit pas à notre avantage – le lancement de la Playstation 3 a été le plus réussi que nous ayons jamais mis en œuvre."

L'homme qui est monté couteau aux dents à la défense de la console est Jack Tretton, le président de Sony Computer Entertainment America. Dans une longue interview constituant la pièce de résistance du dossier, le responsable s'attache à réfuter point par point les critiques émises. Le line-up actuel ? Sony en est "très fier" et Tretton note que Resistance : Fall of Man a été "notre titre le mieux noté et la vente numéro un sur la plate-forme", ce qui, en soi, ne veut pas dire grand-chose. Le responsable rappelle néanmoins que "nous avons édité des milliers de très bons jeux sur toutes nos consoles Playstation durant toutes ces années". "Ca ne va pas soudainement changer pour la PS3," promet-il, avant de mentionner plus loin durant l'entretien les noms de MotorStorm, de Killzone 2 et de Warhawk. Le prix ? Selon Tretton, la Playstation 3 propose "la meilleure expérience de jeu comparée à celles de toutes les autres plateformes à leurs sorties respectives". Outre "les très bons jeux, les parties gratuites en réseau et le visionnage de films Blu-Ray", il avance également la longévité des consoles Playstation comme avantage décisif. La Playstation 2, en effet, malgré son âge et l'arrivée des remplaçantes nouvelle génération, reste l'une des machines de salon les plus vendues. "Imaginons que j'aie acheté l'une des consoles concurrentes, argumente-t-il. Combien d'entre elles ont duré cinq ans ? Aucune. Combien d'entre elles continuent à disposer d'un bon support logiciel ? Aucune. [...] Historiquement, nos consoles ont toujours supporté l'épreuve du temps. Pas trois ans, pas cinq ans, mais dix ans. Donc combien de temps va vous durer votre prochain investissement jeu ? Parce que ça change tout en terme de valeur."

Tretton aborde également une multitude d'autres sujets durant cette interview. On note en particulier le Playstation Network ("Ce n'est que le début et il n'est pas encore là où nous aimerions qu'il soit. Mais il est gratuit, et je pense qu'il est intéressant, et il va s'améliorer") ou l'absence de vibration dans le Sixaxis ("J'ai joué à beaucoup de titres qui intégraient cette fonctionnalité, et ça ne m'a personnellement pas paru très convaincant. Nous estimons que le retour de force ne fait pas partie de notre futur"). Les commentaires les plus intéressants, cependant, concernent le format UMD, créé par Sony et utilisé par la PSP. Selon le responsable, il y a effectivement eu "erreur", mais pas forcément de la part du constructeur. "Nous avons supposé que les studios de cinéma comprenaient notre public et leurs goûts... qu'ils savaient ce qu'ils faisaient, explique Tretton. Ils ont noyé le marché de films – je ne suis pas sûr que ces films étaient nécessairement du goût de notre public. Je sais que ces films étaient vendus à des prix qui ne convenaient pas à notre public. En tant que consommateur, je poserais ces questions : si vous me facturez 19.99$ pour un DVD, pourquoi vous me faites payer 29.99$ pour un UMD ? Je paierais 20 dollars pour ces films – je paierais certainement 15 dollars – mais je ne paierais pas 29 dollars."

Bien sûr, comme le souligne le journaliste de Newsweek N'Gai Croal dans le dossier d'EGM, il est encore un peu tôt, trois mois après la sortie de la Playstation 3, pour parler d'échec commercial ou même de déception. Ce que l'on ressort de cette interview, cependant, est que si Sony connait effectivement un problème, c'est peut-être aussi un problème d'image. Dans les réactions de joueurs rassemblées par le magazine, on trouve beaucoup de références à la "hype", à "l'attitude" de la société, voire même à son "arrogance". Il y a d'abord cette tendance très marquée de Tretton à invoquer le passé pour masquer les incertitudes du futur, comme si le succès de la machine était déjà acquis. Divers hauts responsables Sony se sont par ailleurs rendus célèbres grâce à quelques citations bulldozer, affirmant entre autres que la nouvelle génération ne démarrerait qu'avec la Playstation 3 ou que la machine proposerait une expérience "4D". Tretton lui-même, durant l'entretien avec EGM, accouche d'une réplique déjà culte. "Si vous arrivez à trouver une PS3 n'importe où dans les Etats-Unis qui est restée plus de cinq minutes sur les étalages, je vous donne 1200 dollars," affirme-t-il. Même si le magazine précise que l'interview a été conduite début janvier, les exemples de piles de machines disponibles chez les revendeurs, déjà à l'époque, ne manquaient pas. La direction Sony, trop sûre d'elle, agacerait-elle les joueurs ? Certains le pensent. "Sony a besoin d'une approche plus humaine avec la presse et les consommateurs, estime un responsable marketing anonyme interrogé par EGM. Qu'ils descendent de leur trône et admettent qu'une véritable bataille se joue, que les consommateurs ont des alternatives très intéressantes [à la PS3], et que Sony apprécie réellement la loyauté, la passion, et le support que des millions de fans leur ont accordé toutes ces années."