Avec 500 millions de dollars de recettes en une semaine, le dernier Rockstar réussit le démarrage le plus lucratif pour un produit de divertissement. Et, peut-être, restera comme le titre qui signala un changement d'attitude du grand public par rapport au jeu vidéo.
Selon l'éditeur, le dernier volet de la populaire saga se serait vendu à près de 3.6 millions d'exemplaires le jour du lancement pour des recettes avoisinant les 310 millions de dollars. A la fin de la première semaine de disponibilité du jeu, le total atteignait les six millions d'exemplaires vendus et les 500 millions de dollars de recettes, dépassant les prévisions des analystes (entre quatre et cinq millions d'unités) et les propres estimations de Take Two (aux alentours des 400 millions de dollars selon les sources de Variety). A titre de comparaison, le day one de Halo 3, dont la sortie avait déjà été qualifiée par Microsoft de "plus gros lancement de l'histoire d'un produit de divertissement," avait lui pesé 170 millions de dollars sur le marché américain. Le titre avait par la suite totalisé 300 millions de dollars de recettes dans le monde pour sa première semaine de disponibilité, un chiffre donc atteint par Grand Theft Auto IV en vingt-quatre heures (mais sur deux plateformes ; Halo 3 n'est sorti que sur Xbox 360). Variety note par ailleurs que le dernier Rockstar a battu le record cinéma précédemment établi par le film Les Pirates des Caraïbes : Jusqu'au bout du monde (404 millions de dollars pour ses six premiers jours d'exploitation), même si le journal estime délicates ces comparaisons, les coûts et les business models des deux médiums étant complètement différents. Il y a une semaine, John Riccitiello, PDG d'Electronic Arts, confiait d'ailleurs au Financial Times avoir entendu qu'Hollywood redoutait la sortie de Grand Theft Auto IV, de peur que celle-ci ne fasse de l'ombre au blockbuster Iron Man.

Mais plus important que les millions (d'exemplaires, de dollars…), plus important même que la qualité du jeu (la note moyenne flirte toujours avec les 99% que ce soit chez GameRankings.com ou chez Metacritic), la vraie réussite du titre serait pour certains d'avoir enfin réussi à ouvrir cette brèche longtemps espérée vers le grand public non-joueur. Même si l'on n'a pas complètement évité les habituelles chasses aux sorcières, le lancement de Grand Theft Auto IV a ainsi fait la une de journaux à priori non spécialisés jeu vidéo, allant parfois jusqu'à subjuguer une presse plutôt prompte à accuser le loisir de tous les maux. Qu'il s'agisse de quotidiens respectés tels que le New York Times ou USA Today, beaucoup ont replacé les excès du titre dans un contexte et jugé la production Rockstar pour ce qu'elle avait vraiment l'ambition d'être : "une irrésistible œuvre de satire," "un épisode interactif des Sopranos" ou bien "un jeu génial." "Dans l'ensemble, la presse généraliste donne l'impression d'au moins considérer l'idée que ce jeu n'est pas plus une menace que les comic books ou le rock'n'roll ne l'étaient à l'époque où ces derniers étaient également le sujet de controverses," conclut le magazine Gamespot dans une revue de presse effectuée il y a quelques jours.

Encore flous, en revanche, sont les effets précis de la sortie de Grand Theft Auto IV sur la bataille Xbox 360/Playstation 3. Même si Take Two n'a pas précisé sur quelles plateformes avaient été vendus les fameux six millions d'exemplaires, chaque constructeur avance ses propres opinions ou statistiques. Selon Microsoft – le plus vocal dans ce domaine–, plus de 60% des copies écoulées aux Etats-Unis durant la première semaine auraient été pour la Xbox 360. La sortie de GTA IV outre-Atlantique aurait également résulté en une augmentation des ventes de consoles de 54% par rapport à la semaine précédente, 40% d'entre elles étant achetées en même temps que le jeu. Interrogé par le magazine Videogaming247, Kaz Hirai, président de Sony Computer Entertainment, a lui préféré se montrer vague mais confiant. "Je crois que la franchise Grand Theft Auto a toujours été associée à la plateforme Playstation et, d'après les chiffres que j'ai pu voir, j'ai l'impression que les joueurs sont du même avis," a-t-il déclaré, sans néanmoins révéler les chiffres en question. Les charts australiens ou anglais donnent eux aussi l'avantage à la version Xbox 360. Selon les statistiques de l'institut Chart Track, rapportées par GamesIndustry.biz, cette dernière aurait représenté 55% des exemplaires vendus en Grande-Bretagne durant la première semaine. La sortie de GTA IV sur le territoire aurait par ailleurs eu le même effet dopant sur les ventes de consoles haute définition : +125% par rapport à la semaine précédente pour la Xbox 360 et +127% pour la Playstation 3.

Quant au bras de fer EA / Take Two, l'annonce ce matin des records de ventes battus par Grand Theft Auto IV semble n'avoir fait que très peu d'effet aux investisseurs. Les opinions sur le déroulement futur de l'O.P.A. sont toujours aussi partagées mais selon Kotaku, la stabilité du prix de l'action Take Two indique que les résultats de GTA IV, aussi spectaculaires soient-ils, étaient attendus ; la seule chose qui maintiendrait l'action à son niveau actuel est le désir du marché de voir cette transaction se réaliser. Il y a quelques jours, Strauss Zelnick, président du conseil d'administration Take Two, confiait au New York Times que le succès du dernier Grand Theft Auto justifiait le refus des offres d'Electronic Arts. L'éditeur avait alors répondu via le biais du magazine GamesIndustry.biz que l'horloge continuait à tourner et que les chances de réussite de l'opération étaient désormais de "50/50, au mieux." "Je crois que l'on est plutôt sur du 80/20," a estimé un analyste interrogé par Kotaku.